Writings of / Ecrits de Lyndon LaRouche
BRICS Silk Road / Route de la soie
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Conférence d’Ottawa sur NAWAPA
le Canada dans le monde eurasiatique de demain

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Intervention et dialogue avec Lyndon LaRouche
Nous expérimentons présentement une grave crise mondiale. Il s’agit de l’une des plus graves, probablement, à moins que nous ne l’enrayons, de la plus grave crise de l’histoire de l’Europe moderne. Nous avons connu au 14e siècle, suite à la faillite d’un certain nombre de banques italiennes, les banques Lombardes, le fameux Age des Ténèbres. Nous faisons face aujourd’hui à quelque chose de similaire, mais à une époque différente possédant des caractéristiques différentes.

Des remèdes existent. Cependant ces remèdes requièrent un certain type d’optimisme à propos de l’avenir de l’humanité. Et nous voilà face à ce défi, les États-Unis, le Mexique et le Canada, pays qui constituent essentiellement la partie principale de l’hémisphère Nord des Amériques. Nous nous trouvons aussi à un moment où nous avons l’option d’une proche collaboration avec certaines parties de l’Asie, particulièrement la partie russe de l’Asie ; la connexion, entre le nord de la Sibérie, l’Alaska et le nord du Canada vient naturellement à l’esprit. Nous avons des régions dans la partie nord de l’hémisphère, sur deux continents, qui sont très faiblement peuplées mais qui sont riches en ressources minières, entre autres, et qui peuvent également contribuer grandement à la gestion de l’eau, la gestion de l’eau douce de leur continent respectif, ou du moins de la partie nord de ces continents.

Et si nous pouvons relier ces régions, de la Sibérie à l’Alaska, au Canada jusqu’au États-Unis et au Mexique, nous aurons alors les fondations pour une grande renaissance économique dans ces régions du monde ; le nord de la Sibérie, par exemple, sera encore pour très longtemps d’une importance significative pour l’extraction minière et le transport. Nous avons une situation similaire avec le nord du Canada et l’Alaska, deux régions faiblement peuplées à cause du climat, mais dont le sous-sol est riche en ressources, ce qui signifie qu’elles possèdent un puissant levier pour le développement de leur nation respective, et pour participer au développement de l’hémisphère dans son entièreté.

Nous avons eu, récemment, bien sûr, cette réunion en Russie, à laquelle j’étais un participant indirect mais enthousiaste pour le développement d’un système ferroviaire, centré autour d’un tunnel sous le détroit de Béring, partant du Nord de la Sibérie jusqu’en Alaska et descendant par la suite à Edmonton et à d’autres villes, jusqu’aux États-Unis, un système ferroviaire qui, moyennant évidemment quelques développements additionnels, se prolongerait en Amérique Centrale et en Amérique du Sud.

Ce type de développement ferroviaire signifierait que la plus grande partie du monde, incluant l’Afrique, l’Eurasie et les Amériques, se trouverait reliée par un réseau de chemins de fer, ce qui représente une façon beaucoup plus efficace et beaucoup plus économique de transporter des marchandises, en un laps de temps très raisonnable, partout dans le monde. Cela signifie utiliser nos ressources d’une façon plus efficace et plus propre. Cela signifie une grande amélioration des perspectives des populations dans ces régions.

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General Map of NAWAPA
Carte générale de NAWAPA

Prenons l’exemple de la région nord du Mexique : Le Mexique a, depuis un bon moment déjà, un projet de développement qui concerne particulièrement la côte du Pacifique, ce qui est d’une grande pertinence pour le sujet dont nous traitons aujourd’hui, et qui a des ramifications jusque dans l’état de Sonora. Maintenant, nous avons ici un problème au niveau de l’immigration : Il y a eu un grand afflux de population qui fuyait le Mexique, en raison, entre autres, de faibles opportunités d’emploi, pour aller aux États-Unis. Maintenant, c’est le contraire, ceux qui ont émigré aux États-Unis, généralement utilisés comme main d’œuvre à bon marché, se font tout à coup renvoyer au Mexique – 1 ou 2 millions de Mexicains, voire plus—là où il n’y a aucune possibilité d’emploi pour eux. Pourtant, il existe un projet parfaitement réalisable, ce projet hydraulique, qui rendrait disponible une grande partie de l’état de Sonora pour le genre de production à laquelle ces familles œuvraient auparavant. Cela connecterait ce système hydraulique à celui des États-Unis et du Canada, jusqu’en Alaska, ce qui permettrait une meilleure gestion de l’eau douce. Nous serons alors capable de résoudre les graves problèmes d’approvisionnement en eau douce sur le continent, surtout dans les régions où on utilise l’eau fossile, c’est-à-dire de l’eau qui repose dans ces endroits depuis très longtemps mais que nous sommes en train d’épuiser. Nous assistons à un affaissement complet du centre des États-Unis, un véritable effondrement du terrain en raison de l’épuisement de ces systèmes hydrauliques. Nous avons un projet capable de résoudre ce problème ( NAWAPA, North American Water and Power Authority- ed.) mais depuis trop longtemps il reste à l’état de projet.

Ensuite, si vous regardez à l’autre extrémité, dans la région arctique, les Russes ont de très bons bateaux là-bas, qui sont propulsés à l’énergie nucléaire, ce qui veut dire que la totalité de cette région Arctique est maintenant ouverte au transport. Et, considérant ce qu’il y a à transporter, cela est très précieux. Cela veut dire que toute la région est maintenant accessible en tant qu’aire de développement, du moins concernant l’industrie minière et d’autres domaines qui lui sont liés.

Une coopération basée sur la souveraineté nationale

Voilà donc une chance d’entrer dans une nouvelle ère pour cette partie du monde, pour l’Asie à travers la Sibérie, pour le Canada, l’Alaska, les États-Unis et le Mexique. Et à partir de là vers les autres parties du monde.
Le moment est venu, où ayant connu tant de crises, nous avons vécu des périodes de guerres- deux guerres au siècle dernier, deux grandes guerres, deux guerres mondiales comme on dit ; nous avons également eu la longue période de la guerre froide ; nous avons maintenant le conflit qui détruit les États-Unis et les laisse exsangue en raison du coût et de l’effort nécessité par cette guerre dans le Sud Ouest Asiatique ; le moment est maintenant venu de rebâtir. Le temps est venu de rebâtir par la paix, de rebâtir non pas selon les bases de la mondialisation, mais plutôt sur celles d’états-nations souverains coopérant en partenariat suivant la tradition de l’excellent Traité de Westphalie, la Paix de Westphalie. Le temps est venu de s’extirper de ces guerres, et d’amener les états-nations à un mode de coopération où leur souveraineté est garantie.

Et bien sûr, cela est très important pour nous, en Amérique du Nord. Le Mexique est très fier de sa souveraineté ; les États-Unis sont fiers de leur souveraineté ; et le Canada est fier de sa souveraineté sur son territoire. Il ne devrait y avoir aucune contrainte imposée, d’une nation sur une autre, ni aucune dilution de ces souverainetés.

Mais nous pouvons coopérer, dans la tradition du Traité de Westphalie, la Paix de Westphalie. Nous pouvons considérer l’avantage de notre voisin, notre partenaire, et découvrir, en coopérant avec eux, les États-Unis assistant le Canada dans son développement, le Canada assistant les États-Unis, les États-Unis et le Canada appuyant le Mexique et vice-versa, que le principe de Westphalie, ‘‘l’avantage de l’autre’’, le bénéfice de l’autre, peut être la vraie base des relations entre états-nations, entre états-nations souverains. Si nous pouvons faire cela, entre nous, avec un projet comme celui dont nous discutons ici, aujourd’hui, nous pourrons probablement inspirer d’autres parties du monde à se joindre à nous, et ainsi se sortir du fouillis dans lequel nous sommes, et dans lequel nous avons été depuis environ un demi siècle, voire même plus longtemps, et démarrer un système d’états-nations souverains, mais des états-nations souverains basés sur les principes du Traité de Westphalie, la Paix de Westphalie, afin de coopérer et de faire bénéficier l’autre. Et nos motifs ne devraient pas être d’entrer en compétition avec les autres ; ni d’essayer de se combattre l’un l’autre pour prendre avantage sur l’autre, mais plutôt de voir ce que chacun d’entre nous peut accomplir comme nation afin de contribuer au bénéfice de l’autre.

Et cela a été proclamé dans la Paix de Westphalie. Et si l’on se rappelle à quoi ressemblait cette époque, et si nous apercevons certaines similarités entre ce type de situation de guerre et les guerres du siècle passé, les guerres récentes en Asie du Sud-ouest et la menace de voir ces guerres s’étendre, de voir le terrorisme s’étendre dans les Amériques aujourd’hui de la même façon qu’en Asie du Sud-ouest, on réalise que le temps est venu d’établir la paix.

Tout récemment, nous avons eu une situation similaire, avec la conférence d’Annapolis, tenue à l’intérieur des États-Unis, à laquelle participaient plusieurs nations provenant de plusieurs régions du monde, en particulier de l’Asie du Sud-ouest. Il y avait la Syrie, Israël et d’autres nations, se réunissant à Annapolis et s’élevant à une attitude de coopération – ce n’est pas encore parfait, ce n’est pas encore concrétisé. Mais nous avons fait un grand pas en avant. Ce n’est pas un grand accomplissement, ni un grand traité, mais c’est un changement d’attitude qui promet une opportunité de mettre fin au fouillis qui règne en Asie du Sud-ouest. Et en coopérant à cet objectif, dans d’autres parties du monde, nous pouvons accomplir la même chose.

Et je dirais : Le temps est venu d’opérer un changement fondamental dans le mode de fonctionnement récent des nations. Les guerres du siècle dernier, la continuation des guerres, et les menaces de guerres dans ce siècle, le début d’une crise financière qui est une des pires, certainement la pire de l’histoire moderne, à moins que nous ne la maîtrisions.

Nous sommes maintenant au point où il est impératif de maîtriser cette crise financière. Nous le pouvons. Je ne vais pas en discuter beaucoup aujourd’hui. Mais on peut faire un pas dans cette direction avec la construction de grands projets, en particulier s’ils impliquent une coopération entre nations dans la construction d’infrastructures, ou une coopération entre nations dans le développement de matières premières là où nous en avons besoin, afin de contrer la pénurie de matières premières qui nous menace ; ou une coopération pour développer de nouvelles sortes d’énergies qui nous permettront d’obtenir des énergies plus propres, plus efficaces, plus puissantes, ce genre de choses. Si nous pouvons atteindre ce type de coopération maintenant, alors il y a une chance pour toute l’humanité. Et ce que nous faisons dans cet hémisphère, dans l’hémisphère nord des Amériques, ce que nous proposons de faire avec le Canada, les États-Unis incluant l’Alaska, ainsi que le Mexique, en conjonction avec les Asiatiques, grâce à ce qui sera un tunnel entre l’Asie et l’Alaska, et le développement d’un nouveau système ferroviaire, un système ferroviaire moderne, c’est d’unir ces parties du monde qui sont parmi les territoires les plus riches en matières premières de la planète afin d’accomplir ce genre de projet.

Voilà essentiellement mon intention, Voilà ma mission. Maintenant, c’est à vous de jouer.


Dialogue avec Lyndon LaRouche

Modérateur : Si vous avez des questions, il y a un microphone ici et M. LaRouche devrait pouvoir être avec nous pour un autre trente à quarante minutes.

La Relation Canada-USA-Mexique

Q (en espagnol) : Bonsoir M. LaRouche. Je m’appelle Jesus Maria Martinez et ma question porte sur une visite qu’a faite Jose Lopez Portillo au Canada à la fin des années 1970 ou au début des années 1980. À cette époque, il avait proposé au gouvernement canadien de collaborer aux efforts du Mexique pour l’obtention de l’énergie nucléaire. Lopez Portillo avait alors dit qu’il était important qu’il y ait une collaboration mondiale autour de ce genre de projet nucléaire. Et il avait alors suggéré que le Canada se joigne à cette entreprise et aide le Mexique à construire la vingtaine de centrales nucléaires qu’il envisageait. Est-ce que vous croyez que ces projets devraient être ressuscités et mis sur la table dans l’esprit de cette collaboration dont vous parlez entre le Canada, les États-Unis et le Mexique ?

LaRouche : Oui, absolument, c’est nécessaire. Le Canada a une certaine capacité, en termes de technologie nucléaire, et cela lui permet de faire partie de la communauté internationale de la technologie nucléaire. Les projets hydrauliques sont importants. L’utilisation de l’énergie nucléaire, comme source d’énergie, est importante pour la région arctique de la Sibérie, du Canada et de l’Alaska. C’est important, en particulier, pour combattre les effets de ce climat et pour maîtriser cette glace qui vient là parfois, en dépit des rumeurs de réchauffement climatique.

C’est extrêmement important pour nous dans les Amériques, particulièrement en Amérique du Nord, d’établir un précédent pour le monde qui puisse, d’une certaine façon, être admiré. Le Mexique est en fait historiquement beaucoup plus proche des États-Unis que la plupart des gens de l’extérieur pourraient le croire. C’est-à-dire que la lutte pour l’indépendance du Mexique, la lutte pour son développement au 19e siècle et au 20e siècle, fut une lutte héroïque qui s’attira la sympathie de l’Américain typique et du leader américain. Pour mon grand-père, par exemple, cette lutte du Mexique était très importante. Et il en va de même pour le Canada. Le Canada est un type de pays différent, mais il a sa propre tradition ou quelques traditions. Nous avons les nôtres.

Bien sûr, nous n’aimons pas particulièrement les oligarchies, ni les aristocraties. Nous avons eu des expériences désagréables avec elles et c’est pourquoi nous sommes des républiques dans notre façon de penser. Nous nous voyons comme des citoyens. Nous nous voyons comme des égaux, au moins pour ce qui est des droits. Et c’est un honneur pour nous de coopérer, c’est un honneur pour nous d’agir envers nos voisins d’une façon bénéfique. En tout cas, la plupart des gens que je respecte agissent ainsi. Et par conséquent, il est extrêmement important qu’on puisse obtenir ce type de coopération en Amérique du Nord, sinon je ne pense pas qu’on puisse l’obtenir ailleurs sur la planète, pour l’instant.

Néanmoins, il y a un désir de coopérer, la Chine a un grand désir de coopération pour le long terme. Et la Russie aussi, pour le moment. L’Italie désire aussi ce genre de collaboration. La France aussi. Je pense que la plupart des gens en Allemagne le veulent aussi. C’est aussi ce qu’on voit au Danemark, en Suède et ailleurs. Donc, il y a un désir pour ce genre de coopération mais la performance reste très pauvre au niveau de la réalisation.

Je pense qu’il y a une tendance naturelle pour une alliance, entre voisins, pour le Mexique, les États-Unis et le Canada. Je pense qu’en disant, « nous pouvons être souverains, nous n’avons pas besoin de mondialisation, nous n’avons pas besoin d’abandonner notre souveraineté, nous pouvons être souverains. Nous pouvons tous être voisins et nous pouvons coopérer d’une façon positive, sans se combattre l’un l’autre, en œuvrant à des projets collectifs en vue de notre intérêt commun ». Il est capital que nous réussissions cela.

J’ai l’habitude de ce genre de problème : Lopez Portillo était un ami très cher au moment où nous travaillions ensemble. Nous étions beaucoup plus proches que la plupart des gens ne le réalise. Je pense que c’est une chose très précieuse d’avoir un ami comme Lopez Portillo, aujourd’hui décédé, qui a été tant maltraité par les gens qui opprimaient le Mexique à l’époque.

Et de se rappeler un ami, et cet ami en particulier qui, en son temps, a fait quelque chose de bon pour son peuple, et même s’il s’est vu frustré dans ses projets pour sa nation, il est néanmoins bon de se souvenir de cela, d’honorer cela et de faire que son rêve, qui est un rêve valide, devienne réalité. Cela nous rapproche en nous faisant savoir que nous coopérons les uns les autres à un intérêt commun.

La nécessité d’agir

Q : M. LaRouche, j’aimerais d’abord vous remercier d’être avec nous. Je suis Peter Margot de Montréal et j’aimerais vous poser une question pratique : nous sommes dans une année d’élections présidentielles aux États-Unis et le Canada connaît aussi des problèmes avec un gouvernement minoritaire qui ne peut pas vraiment prendre de décisions importantes ; quel est selon vous le potentiel politique pour réaliser une partie de vos espoirs visionnaires, dans le cadre de la situation politique actuelle en Amérique du Nord et ailleurs ?

LaRouche : Eh bien, tout d’abord, prenons le territoire de l’Amérique du Nord, encore que ce que je dis de cette région s’applique aussi à l’Europe, et à l’Afrique, entre autres : très bientôt, il se produira un grand changement aux États-Unis. Très, très bientôt. Objectivement, nous faisons présentement face à la pire dépression, la pire dépression économique de l’histoire de la civilisation européenne depuis le Nouvel Âge des Ténèbres au 14e siècle. Cela ne veut pas nécessairement dire que nous allons entrer dans un Âge des Ténèbres. Cela signifie que la présente crise financière, qui nous frappe maintenant, à moins qu’elle ne soit stoppée, provoquera un Nouvel Âge des Ténèbres, d’ici quelques mois.

On ne peut pas faire de prédictions précises en politique, parce qu’il y a une question de volonté, un facteur de volonté publique, certaines des routes prises sont déterminées par des décisions volontaires. Par conséquent, les crises comme celle-ci ne sont pas gouvernées par des principes mécaniques. Elles sont gouvernées par des principes, mais pas des principes mécaniques. C’est pourquoi nous ne connaissons pas exactement la date où quelque chose se produira si on laisse les choses comme elles sont.

Mais nous savons que nous en sommes très proches. Nous sommes déjà dans le processus d’un effondrement général, sur toute la planète. Toute l’Europe est en train de s’effondrer. Les systèmes bancaire et financier de l’Europe s’effondrent. Les systèmes bancaire et financier des Amériques s’effondrent, dans l’ensemble, en particulier ceux de l’Amérique du Nord. Et vous avez des problèmes similaires dans d’autres parties du monde bien qu’il y ait un facteur asiatique qui semble, de façon trompeuse, meilleur. Mais si les marchés de l’Europe et des États-Unis s’effondrent, la Chine va s’effondrer, la Russie va s’effondrer, l’Inde va s’effondrer et la misère en Afrique va devenir insupportable.

Par conséquent, nous sommes maintenant à un point où les gens vont être forcés de prendre des décisions. On ne va pas pouvoir continuer de suivre le cours des événements comme nous le faisons présentement, je pense que c’est apparent pour vous implicitement dans ce que vous dites. Cette dépression s’en vient, elle est profonde, elle est comparable à celle du 14e siècle. Pouvons nous l’arrêter ? Oui.

Mais si vous regardez la situation aux États-Unis, vous comprendrez mieux ce qui est en train de se produire. Il y a là, parmi les 80% des familles possédant les revenus les plus faibles, et parmi les gouvernements des États et des municipalités, par opposition au gouvernement fédéral, une intensification de demandes pour des réformes telles que la protection contre les saisies de maisons ; la protection des institutions bancaires, celles qui sont essentielles pour que les communautés continuent de fonctionner ; et pour d’autres mesures de ce type qui doivent être mises en place. Donc la volonté est là, au plus profond des gens, une volonté croissante qui se propage rapidement, afin que soit mise en place une réforme, une réforme qui puisse nous sauver.

Au même moment, vous avez une grande réticence au sommet, en particulier parmi les précandidats présidentiels. Nul d’entre eux, jusqu’à présent, n’a fait quoique ce soit qui indique qu’il agirait de façon compétente s’il était élu.

Mais je suis plus optimiste. Parce que je sais qu’ils vont être forcés de changer leur façon de penser durant les prochaines semaines et les prochains mois. Et, par conséquent, la possibilité d’un changement politique fondamental existe aujourd’hui, particulièrement en Amérique du Nord.

Mais la chose-clé ici est le facteur subjectif : la chose importante dans une crise comme celle-ci est de ne pas s’asseoir, se plaindre et pleurnicher, mais plutôt proposer quelque chose de concret, qui est faisable et qui va transformer la peur et le désespoir de la population en un sain optimisme. Comme Franklin Roosevelt l’a dit : Il n’y a rien qui soit autant à redouter que la peur elle-même. Cependant, nous devons faire quelque chose pour éliminer la cause de cette frayeur. Et pour éliminer la cause de cette frayeur, il faut des actes concrets qui répondent aux besoins de la population, au moment où elle est prête à répondre, parce qu’elle voit le problème et parce qu’elle comprend que ces actions sont compétentes.

Alors, c’est le mieux qu’on puisse faire. Je pense qu’il n’existe pas de garantie de succès dans l’histoire, il n’y a pas de certitude mécanique d’un côté ou de l’autre. Mais, comme vous l’avez indiqué, nous faisons face à une grave crise, du moins c’est implicitement ce que vous avez dit, et cette crise, de la façon dont elle se développe présentement, n’est pas bonne pour l’humanité, pas bonne pour nous, pas bonne pour personne.

Par conséquent nous avons besoin d’un facteur d’optimisme : cela doit être concret et cela doit être valide. Cela doit avoir une base dans la population, une base de soutien. Et c’est normal d’avoir une résistance à cela qui vienne des gens au sommet.

Laissez-moi vous donner un exemple de cela : un des problèmes que nous avons aux États-Unis est que nous avons perdu nos fermiers ; nous avons perdu nos industries, nous venons de perdre l’industrie automobile. Elle n’est pas encore complètement disparue mais c’est la direction où elle s’achemine. Et nous avons été pris en main par des intérêts principalement financiers tels qu’exemplifiés par les fonds spéculatifs et diverses autres choses du même type qui sont des parasites. Les parasites, ces fonds spéculatifs, ont acheté la plupart des candidats. Regardez les campagnes électorales aux États-Unis : la plupart des candidats sont la propriété des fonds spéculatifs. Ils ne sont pas prêts à faire quoique ce soit pour apporter le genre de réformes, qui pourtant vont de soi, qui sont nécessaires et qui fonctionneraient, et cela même si nous avons des gens qui espèrent ces réformes ou des réformes semblables à celles-ci.

Par conséquent, vous avez une situation typique, dans laquelle nous devons utiliser le fait, qu’il va y avoir une révolte générale, contre les prédateurs financiers qui se sont emparés de la politique et qui ont acheté la plupart des candidats. Et donc, le moment est venu où, si nous proposons un ensemble bien défini de solutions aux gens, qui commencent à se réveiller, emplis de peur, en révolte contre ce qui se produit, et que ce soient des solutions pratiques et qui impliquent une collaboration internationale, je pense que nous pouvons gagner. Je ne peux pas le garantir, mais cela vaut la peine d’essayer. Et c’est mieux que de rester assis et de ne rien faire.

Une renaissance des infrastructures

Q (en espagnol) : M. LaRouche, je suis Antonio Valdez Villanueva, et j’aimerais vous remercier pour tout ce que vous dites. Je représente ici quelques-uns des plus grands syndicats du Mexique et je pense que ce que vous faites est important pour toutes nos nations. Ma question est très spécifique : j’aimerais savoir pourquoi nos nations ont, ces dernières années, abandonné ces grands projets d’infrastructure ?

LaRouche : Et bien, c’est le résultat de la mondialisation, comme cela s’appelle. Vous pouvez voir qu’aux États-Unis, en particulier, depuis approximativement la période de l’assassinat du président John F. Kennedy, nous avons dérivé, très rapidement, vers une guerre en Indochine pour laquelle il n’y avait pas de raison légitime. Cette guerre, qui a traîné de 1964 à 1975, nous a réellement affaiblis. Il y a eu un développement semblable en Angleterre, sous le gouvernement de l’époque, au Royaume-Uni, qui a aussi fait quelque chose de similaire pour commencer à détruire les industries, les technologies du pays.

Nos économies se sont détériorées, dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie, et de l’infrastructure, depuis à peu près 1967-68, depuis à peu près l’époque de la chute provoquée de la livre sterling sous le gouvernement Wilson et depuis la crise de 1968 aux États-Unis, qui était le résultat de l’effondrement de la livre sterling. Et puis vint le changement de 1971-1972 : depuis, nous nous désagrégeons.

Ce qui est arrivé, c’est que les institutions politiques et financières ont accepté de suivre, si l’on peut dire, certaines tendances qui consistaient à laisser se détruire l’industrie et les infrastructures pour plutôt dépendre de régions où il y a de la main-d’œuvre à bon marché. Elles nous ont fait piller ces régions de leur main-d’œuvre à bon marché, pendant qu’on laissait se détériorer les industries et l’agriculture dans les endroits les plus développés. Quelle terrible erreur !

À cause de cela, la productivité réelle par habitant, la productivité physique du travail, au niveau international, a généralement décliné, en dépit d’améliorations significatives pour une partie de la population, environ 300 millions de personnes sur le 1.1 milliard d’Indiens et d’améliorations significatives pour une minorité de la population chinoise et d’autres effets similaires. Malgré ces améliorations significatives dans certains pays, comme certaines régions de la Chine et de l’Inde et d’autres pays, la productivité physique nette par habitant sur la planète a sérieusement décliné. C’est particulièrement évident pour les infrastructures économiques de base, pour l’industrie et l’agriculture, l’aménagement des terres et ce genre de choses.

Nous avons donc suivi cette tendance pendant longtemps. Nous sommes maintenant arrivés au moment où cette tendance nous a mené au point d’effondrement, un effondrement qui ressemble à ce qui s’est produit au milieu du 14e siècle en Europe lors de la plongée dans un Nouvel Âge des Ténèbres.

Nous voyons que dans l’histoire de l’humanité, telle que nous la connaissons, particulièrement depuis environ 700 ans avant Jésus Christ, depuis que nous avons des données adéquates sur ce genre de choses, que dans toute notre connaissance de l’histoire de la civilisation eurasiatique telle qu’elle s’est étendue sur les Amériques, il existe un mouvement qui tend à se répéter de progrès et de déclin, progrès et déclin. Nous avons maintenant connu une longue période de déclin, en fait depuis à peu près l’assassinat de Kennedy, un déclin économique. Et des habitudes qui ne sont pas les meilleures sont venues s’y greffer.

Le moment d’une Renaissance est donc venu. Et, à mon avis, nous devons regarder l’expérience européenne, en particulier le fait que l’Europe a vécu des guerres de religion qui l’ont dévastée de 1492, date de l’expulsion des juifs d’Espagne, jusqu’en 1648, date du Traité de Westphalie. Il y a eu des moments où ces conflits perdaient de leur intensité ; mais à travers toute cette période, 1492-1648, l’Europe se désagrégeait. Et, alors même qu’elle luttait pour faire naître notre société moderne, elle se détruisait par des guerres de religion et d’autres choses similaires. Nous connaissons aujourd’hui quelque chose de semblable.

Et nous devons faire deux choses : d’abord, la chose la plus pressante, nous devons résoudre le problème devant nous, créer une Renaissance en économie, une Renaissance dans notre façon d’agir socialement. Mais aussi, nous devons penser au-delà de cela. Nous devons penser au long terme. Voulons-nous réussir à sauver la société de ce qui se prépare maintenant tout en ignorant les dangers qui nous guettent dans le futur ? Ou devrions-nous plutôt utiliser cette occasion, non seulement pour résoudre le problème immédiat, mais aussi pour planifier le futur ? Et c’est pourquoi j’insiste sur 1648 et la Paix de Westphalie. Alors que les gens en politique, en général, pensent à la façon de prendre avantage de pays compétiteurs, pour le bénéfice de leur propre pays, dans la Paix de Westphalie, nous n’avons pas fait cela : la Paix de Westphalie, qui a rendu possible la paix de la civilisation européenne et ses progrès, lorsqu’elle en a connu, était faite sur la base de l’avantage de l’autre. Lorsque nous pensons à ce que nous pouvons faire dans notre pays, pour les gens d’un autre pays, ou lorsque nous pensons de façon similaire à propos des relations sociales en général, alors nous faisons ressortir le meilleur de nous-mêmes. Et cela c’est notre meilleure chance de survie.

Je peux vous dire que durant ma vie, j’ai aujourd’hui 85 ans, j’ai connu des guerres et quelques autres choses du même type et j’ai vu ceci : nous avons abandonné la Paix de Westphalie. Nous avons cessé de reconnaître que ce qui est important est que nous sommes des êtres humains et non pas des animaux. Les animaux meurent. Les êtres humains ne meurent pas vraiment. Ils meurent physiquement, oui. Mais ils peuvent apporter une contribution, alors qu’ils sont vivants, qui bénéficiera aux générations futures, ou aider à faire des choses qui profiteront aux générations à venir. C’est lorsque nous nous engageons à nous aider les uns les autres, en tant que nations, sans abandonner notre souveraineté ou la souveraineté du voisin, que le meilleur émerge de nous. Je pense que notre meilleur espoir est de reconnaître cela : l’importance de l’avantage de l’autre, tel que proclamé dans le principe d’ouverture du Traité de Westphalie. Et lorsque nous pensons aux trente ans de guerres de religion qui ont dévasté l’Europe centrale, et que, soudainement, des gens qui se dévoraient pratiquement les uns les autres, en sont venus au moment de se dire : assez ! assez ! Alors nous réalisons que la chose importante est de penser à l’avantage de l’autre, plutôt qu’à nous-mêmes. Et lorsque nous sommes unis sur cette base, alors la paix est durable, et la prospérité est durable.

Et je pense que nous devons revenir à cela.

Le rôle du Canada

Q : Bon après-midi M. LaRouche. Mon nom est Meredith Hayes et je suis de Montréal. J’ai eu le plaisir de travailler avec les jeunes de Montréal ainsi qu’avec ceux de Boston, de Californie et d’ailleurs aux États-Unis. Ma question porte sur ce qui doit être fait du point de vue d’actions spécifiquement canadiennes pour répondre à la crise actuelle. Vous avez parlé exhaustivement du type d’interventions législatives et politiques qui doivent être implantées aux États-Unis, qui y ont été implantées auparavant et qui peuvent l’être à nouveau, pour instaurer une solution rooseveltienne à la crise économique mondiale, mais c’était pour le cas des États-Unis. Et je me demandais simplement si vous pouviez nous donner votre opinion sur ce qui peut être fait au Canada spécifiquement, au niveau politique et législatif, pour faciliter ce processus de réforme économique et contribuer à cette Renaissance dans le cadre de cette nouvelle économie optimiste.

LaRouche : Eh bien je pense que la première chose, la chose évidente, c’est que l’économie canadienne et l’économie américaine sont interconnectées. Lorsque l’économie américaine fonctionne bien, je pense que l’économie canadienne tend à se porter mieux. Et cette interdépendance est aussi vraie pour le Mexique, ce qui signifie essentiellement que c’est vrai pour toute l’Amérique du Nord.

Vous pouvez commencer à définir quelques missions évidentes, prenez par exemple le cas de l’eau. Ou prenez le cas des chemins de fer, ou regardez cette interdépendance du point de vue des matières premières. Le Québec par exemple a un très riche potentiel en matières premières. C’est également vrai pour d’autres parties du Canada. Vous avez une capacité industrielle et agricole au Canada qui est très appréciable en termes des standards de production du passé.

La population des États-Unis et du Canada tend à penser d’une façon très similaire sur les questions économiques ; il y a des différences, bien sûr, mais sur les questions économiques, sur les opportunités économiques, c’est assez semblable. La façon dont les industries automobiles canadiennes et américaines sont imbriquées, par exemple, démontre cela. Il en va de même pour la façon dont les Grands Lacs et le fleuve St-Laurent ont été intégrés pour certaines fonctions économiques. La même chose est vraie pour les relations entre le développement agricole au Canada, en particulier dans les provinces des Prairies, et aux États-Unis, lors de nos meilleures périodes.

Puis, vous pensez au potentiel en matières premières des régions arctique ou subarctique du Canada et vous y ajoutez celui de l’Alaska et de la Sibérie. Vous considérez alors quelques-unes des meilleures opportunités de développement de toute la planète : parce que, avec des systèmes d’énergie adéquats, avec des systèmes d’énergie nucléaire à haut flux de densité énergétique en particulier, nous pouvons maintenant gérer la plupart des problèmes d’eau et la plupart des problèmes de matières premières de la planète. Et assumant que d’ici une vingtaine d’années nous développions la fusion thermonucléaire, en tant que technologie que nous puissions pleinement exploiter, nous serons alors capables de résoudre la plupart des problèmes que nous pouvons prévoir pour quelques siècles.

Et, bien sûr, lorsque vous parlez du Canada et des États-Unis, la capacité culturelle est si similaire que c’est pratiquement la même chose. Il suffit de se dire : nous avons un pays souverain, le Canada est un pays souverain, les États-Unis, qui sont très comparables, la langue anglaise tend à nous rapprocher, et nous avons des besoins très communs ainsi qu’un besoin de coopérer. Lorsque vous incluez le Mexique et que vous regardez les problèmes actuels du Mexique et que vous y joignez ces opportunités et ces besoins des États-Unis et du Canada ensemble, avec cela vous détenez un projet d’ensemble pour le continent.

Et la connexion Alaska-Sibérie sera particulièrement importante parce qu’ici la Chine va devenir un facteur indirect majeur. La Chine est vraiment sous-développée. Et ne vous y trompez pas, même si la Chine se porte bien, d’une certaine façon, la Chine connaîtra des problèmes sur le long terme qui sont vraiment terrifiants à moins qu’ils ne soient bien compris. Il faut comprendre à quel point ils sont terrifiants. Puis il faut aborder le problème d’un niveau supérieur et il devient ainsi possible de trouver des solutions. Mais la Chine sera, si elle n’est pas détruite par la crise actuelle, un grand marché pour les infrastructures et l’industrie, spécialement les infrastructures. L’Inde est dans une situation similaire quoique l’Inde soit différente. On ne doit pas confondre l’Inde et la Chine.

Donc il y a d’énormes opportunités d’emploi. Et cela signifie, en général, un retour aux technologies de pointe. Un retour à l’agriculture, à l’industrie et aussi aux infrastructures. Et là les problèmes disparaissent. Nous avons besoin l’un de l’autre. Le Canada et les États-Unis ont besoin l’un de l’autre, et, d’une certaine façon et pour des raisons particulières, le Mexique se trouve dans la même situation vis-à-vis des États-Unis et du Canada.

Modérateur : Désolé M. LaRouche, est-ce que vous pourriez répéter ce que vous disiez à propos de la Chine ? nous avons perdu la communication juste au moment où tu parlais de la Chine. (L’audience à Ottawa a perdu une partie de la réponse de M. LaRouche, à cause d’un problème technique. Cependant, l’intégral de la réponse se trouve dans ce texte.)

LaRouche : Et bien la Chine est une source de main-d’œuvre à bon marché impressionnante et elle est remarquable pour sa façon d’assimiler des technologies et les produire pour la consommation mondiale. Ses relations avec l’Allemagne et ses relations avec les États-Unis sont pour cela cruciales. Mais en même temps la Chine a une grande partie de sa population et de son territoire sont sous-développés. Alors, d’un côté la Chine peut produire et se maintenir à flot aussi longtemps que nous restons un marché pour elle et que l’Europe reste un marché pour elle, mais d’un autre côté, si la Chine ne développe pas ses infrastructures économiques de base et si elle n’élève pas le niveau de vie des 80% de sa population qui sont les plus démunis, alors la Chine aussi connaîtra une crise.

Mais lorsque vous mettez ces problèmes ensemble, et que vous considériez ce que l’Europe pourrait faire si elle sortait de son marasme, et ce que la Russie pourrait contribuer, prenez ce projet sibérien, alors vous voyez qu’en quelques générations nous pouvons créer les conditions d’un développement prospère d’une durée de quelques siècles pour la Chine et la Sibérie, et aussi pour les États-Unis, l’Europe, le Canada et ainsi de suite.

Donc, nous éprouvons des difficultés, mais ces difficultés, quand elles sont perçues d’un point de vue adéquat, sont aussi des opportunités.

Le financement à la Franklin D. Roosevelt

Q : M. LaRouche, mon nom est Jim Weber, je suis du Canada et j’ai deux questions ; la première porte sur le financement du projet de train à lévitation magnétique ; je me demandais si cela devait être financé par le trésor public ou s’il y avait moyen de faire autrement afin que l’argent puisse revenir dans la communauté ? Aussi je suis un peu sceptique … j’aimerais savoir s’il y a eu des évaluations du coût par mille pour un tel projet ? Merci.

LaRouche : Je n’ai pas les chiffres devant moi, mais ces calculs ont été faits. En réalité, c’est moins cher que le rail conventionnel s’il y a une utilisation suffisante.

Il y a plusieurs facteurs à considérer ici et je parlerai d’abord du coût d’affaire. Nous sommes beaucoup trop dépendants des camions sur les autoroutes et c’est très inefficace. Le transport à longue distance, par opposition au transport à courte distance, devrait revenir sur les chemins de fer. Pour les déplacements importants du fret de haute qualité, la vitesse est extrêmement importante, la vitesse et l’efficacité pour la livraison. Tandis que pour le fret de qualité inférieure, vous pouvez utiliser le transport maritime par exemple. Mais si vous avec un fret d’une grande valeur par tonne, vous voulez le transporter rapidement, sinon vous ajoutez un coût dans l’économie et les frais généraux montent trop rapidement.
Mais, nous avons fait ces calculs il y a quelques années et nous les avons vérifiés et revérifiés, je n’ai pas les chiffres devant moi, mais le maglev est de fait moins cher qu’un train à friction, quand il est utilisé de façon appropriée, c’est-à-dire lorsqu’il est utilisé pour transporter des gens ou des marchandises de grande valeur sur de grandes distances.

Prenons un exemple, comparons les autoroutes, le maglev, le rail et le transport aérien : le transport aérien est très inefficace pour transporter la marchandise à moins que ce ne soit une marchandise de très grande valeur. C’est beaucoup moins coûteux d’utiliser le rail. Mais si vous utilisez des trains à lévitation magnétique, qui soient des systèmes modernes, vous pouvez faire un certain nombre de choses. Vous pouvez transporter de la marchandise et des gens plus efficacement par maglev que vous ne le pouvez par avion excepté pour les longues distances intercontinentales. Donc cela signifie que vous avez résolu un problème. Le transport aérien est surchargé tandis que les camions, l’automobile et l’autobus sont généralement très coûteux, excessivement coûteux, lorsque vous prenez en compte tous les coûts, incluant le coût à la communauté pour l’entretien des autoroutes, etc. C’est dans tous les cas plus dispendieux.

Donc, d’un point de vue relatif, en termes de paramètres physiques, le maglev est aussi le plus efficace. Et en raison de sa vitesse, et de ce que vous pouvez faire avec lui, et que vous ne pourriez pas faire avec des trains à friction, cela vous donne plusieurs avantages. Mais il faut voir, pour comprendre ces choses-là, qu’on parle d’un changement dans la structure du transport plutôt que de remplacer un mode de transport par un autre.

Cela signifie que nous dépensons trop sur le transport aérien pour de courtes distances. C’est idiot. Nous utilisons aussi le transport aérien pour la marchandise alors qu’on devrait utiliser le rail. Nous utilisons des camions pour de longues distances, alors que le coût d’opération pour le camion, pour le transport de marchandises sur de longue distance, est beaucoup trop élevé. Alors il faut revenir à un transport de type rail et rebâtir un système qui puisse remplir adéquatement cette fonction.

Le financement général de cette opération doit provenir de l’État. Aux États-Unis, cela signifie qu’il va falloir revenir aux politiques de Roosevelt. Nous allons devoir, essentiellement, pour le futur prévisible, consacrer plus de 50% du budget américain pour ce genre d’investissements. Par exemple, il est impératif de cesser de dépendre du pétrole comme combustible. Parce que c’est du combustible de peu de valeur, qui nécessite de grands coûts de transport en raison des longues distances impliquées, et aussi parce que c’est devenu un outil de manipulation. Tandis que si nous avons des réacteurs à haute température refroidis au gas, disons des réacteurs à haute densité de 800 mégawatts, alors nous pouvons utiliser l’eau pour produire du combustible synthétique qui sera beaucoup plus efficace. Nous pourrons le produire aux endroits où se situeront les centrales nucléaires de type approprié. Par conséquent, au lieu de dépendre du pétrole, comme combustible, ou comme réserve de combustible, nous dépendrons de l’eau comme réserve de combustible, pour produire du combustible à base d’hydrogène. Alors voilà ce dont nous parlons essentiellement.

Cela signifie également que le financement public est nécessaire. Cela prend des investissements publics à long terme. Cela ne signifie pas utiliser ce genre d’investissement dans tous les domaines, mais seulement pour les infrastructures économiques de base. Et cela aura un effet d’entraînement pour le reste.

De plus, nous sommes dans une dépression, une dépression financière. Il n’y a pas de montant significatif de capital financier qui soit disponible pour ce genre d’investissement. Cela devra provenir de la réorganisation du système financier et de l’utilisation du financement d’État à long terme, je parle de financement sur 25-50 ans, pour bâtir des infrastructures : les projets d’infrastructures généreront de nombreux projets industriels et autres. C’est la seule solution. Et c’est tout à fait possible.

Le changement de paradigme

Q : Bonjour M. LaRouche, Je m’appelle Steve Bélanger, je viens de Val-d’Or, une petite ville du Québec. Il y a à peine quelques mois, dans la province de Québec, des infrastructures se sont écroulées, et cela a forcé les gens à réaliser qu’on doit s’occuper de ses infrastructures. C’était : « Oh !!!, nous devons prendre soin de nos infrastructures ! » (rire). Comme si c’était une surprise… « Nous devons y penser ». Et, tout récemment, dans ma région, un pont nécessitait des réparations et il y a eu des délais faute d’acier disponible au moment voulu. Et je me dis que nous partons d’une situation où nous manquons d’acier pour réparer les infrastructures existantes et nous voici en train de parler d’en bâtir de nouvelles. Alors nous avons beaucoup de retard à rattraper.

Mais j’aimerais savoir ce que vous pensez de la nouvelle mode dans la communauté d’ingénieurs à propos du « juste à temps » de Kaizen (méthode d’origine japonaise de gérance d’entreprise). Je ne pense pas que tout soit erroné, je pense que cette idée de pousser sur une ligne d’assemblage au lieu de tirer, ou ce genre de chose, je pense qu’il y a de bonnes idées là-dedans. Mais je ne suis pas très familier avec cela. Malheureusement, je n’ai pas lu sur Deming, mais j’aimerais que vous nous disiez ce que vous pensez de la communauté d’ingénierie et que vous nous disiez comment les choses devraient être bâties ?

LaRouche : Et bien d’abord, le problème ici est que nous avons rejeté une orientation agro-industrielle, en termes de l’emploi dans la force de travail, en faveur de ce qu’on appelle des industries de services, en particulier des services non professionnels, des services non qualifiés. En conséquence, la totalité de la population doit être approvisionnée mais avec une portion de la population qui décroît, depuis trente ou quarante ans, une portion de plus en plus petite qui travaille vraiment, au sens de produire quelque chose de physique. Alors nous devons revenir à une orientation agro-industrielle, et en mettant l’emphase sur les technologies de pointe. Ça, c’est du progrès. Par conséquent, c’est ce qu’il faut changer.

Pour ce qui est de la politique du « juste à temps », c’est une mauvaise idée en général. Parce que ce qu’il faut considérer ce sont les quantités économiques. Lorsque vous produisez quelque chose, vous voulez le produire de façon à réduire au maximum la production à court terme, qui est beaucoup plus inefficace en coût que la production à long terme. Généralement, autrefois, nous produisions des choses sur la base de quantités économiques et nous comprenions ce que cela signifiait.

Le problème que nous avons aujourd’hui, c’est que nous avons abandonné la société industrielle. Nous avons une population, qui pour la plus grande part, ne produit rien. Ils peuvent travailler ou être chômeurs, mais ils ne produisent rien. Et par conséquent nous devons revenir à une orientation agro-industrielle utilisant des technologies de pointe. Nous devons également accorder beaucoup plus d’importance aux infrastructures économiques de base. Mais, les gens ne comprennent plus cela parce que nous avons très peu d’individus aujourd’hui qui ont été formés dans ce domaine.

Pour ce qui est des infrastructures : si j’ai un système de réacteurs à haute température refroidis au gas, je peux produire une énergie de qualité supérieure, moins chère en effet, que je ne le pourrais avec d’autres systèmes. Par conséquent, un réacteur à haute température refroidi au gas, de l’ordre d’environ 800 mégawatts, est beaucoup plus efficace pour produire un kilowatt d’énergie qu’un réacteur à température plus basse ou de type ancien. L’idée d’approvisionnement en énergies douces est une idiotie totale. C’est la chose la plus coûteuse, la plus inefficace qu’on puisse avoir.

Par conséquent, un investissement en infrastructure, pour l’industrie, le transport, etc., utilisant de vraies technologies de pointe, est beaucoup plus efficace en termes de réduction de coût que tout autre système.

Et le problème est, que nous avons pris une orientation postindustrielle et par conséquent, l’économie est devenue extrêmement inefficace. Nous avons une pénurie de technologies de pointe dans nos infrastructures, ce qui affecte l’efficacité de l’ensemble. Nous sommes donc allés dans la mauvaise direction, je dirais, depuis le milieu des années 1960, totalement dans la mauvaise direction. C’est vrai de toute l’Amérique du Nord et des autres parties du monde y compris de l’Europe. Et c’est là le problème.

Nous devons y revenir, nous devons revenir à une orientation « technologies de pointe », nous devons en venir à une situation où la population, celle qui entre dans le système d’éducation, recherche des emplois qualifiés dans les professions ou dans la production. Nous allons devoir rehausser la qualité des opportunités d’emplois vers la productivité, des choses de ce type. C’est le genre de politique qu’il nous faut.

C’est un grande question, alors je ne vais pas essayer de tout expliquer en même temps. Mais je répondrais en indiquant cette direction. « Laissez-passer » versus « Laisser-faire ».

Modérateur : M. LaRouche avez-vous le temps pour une autre question ?
LaRouche : Oui, bien sûr.

Q : Allô M. LaRouche. Mon nom est Sacha Lechêne, je suis aussi de Montréal. Je voulais simplement connaître votre opinion à propos d’une certaine ressource renouvelable, sur laquelle il y a peu d’information pour l’instant. Comme vous le savez, l’économie américaine, dans son enfance, ne se serait pas développée de la façon dont elle s’est développée si elle n’avait bénéficié du chanvre. La première copie de la grande constitution américaine a été rédigée sur du papier de chanvre ; et une grande partie des récoltes de George Washington et Thomas Jefferson lui était consacrée. Ceci étant dit, quel rôle pensez-vous que le chanvre puisse avoir en termes de ce développement mondial en agriculture, pour empêcher les famines ; et j’aimerais également savoir quelles pourraient être ses utilisations industrielles, particulièrement dans les plastiques ?

LaRouche : Et bien, le chanvre n’est pas très significatif. C’est simplement une plante fibreuse qui se prête précisément à ce genre d’applications. Ce n’est pas nécessairement la plus efficace mais elle a son utilité et c’est strictement une source d’approvisionnement industriel naturellement produite. Elle peut être utile en cela.

Mais c’est une question d’économie. Vous devez considérer la question d’économie du point de vue de la production agricole, et l’utilité de traiter ce matériel, pour en faire ce que vous voulez en faire.

Modérateur : M. LaRouche, étant donné que c’était bref , est-ce que vous voudriez prendre une question de plus ?
LaRouche : Oh, d’accord. (rires)

Q : M. LaRouche je veux d’abord vous remercier. J’apprécie beaucoup toute l’éducation que vous prodiguez et tout ce que vous faites pour vos convictions. Voici ma question, lorsque je regarde toutes les manufactures à Montréal, ou ailleurs, les manufactures ont cédé la place aux centres commerciaux. Partout où vous allez, il y a des centres commerciaux. Pourtant les biens qui y sont vendus doivent être produits. Mais ils sont produits pour la plupart en Chine, en Inde ou ce genre de place. Cela me dérange. Parce que le plus vous achetez et le plus vous polluez, n’est-ce pas ? Et si vous polluez vous devez prendre soin de cette pollution. Alors comment pouvons-nous faire pour résoudre ce problème ? Vous regardez la finance, le système financier est basé sur des biens, mais maintenant, nous produisons trop de biens, je pense. Et nous ne savons pas quoi faire avec le reste.

LaRouche : Eh bien, ce n’est pas que nous produisons trop, c’est simplement que nous ne donnons pas assez d’argent aux gens pour acheter ces biens ! (rires).

Ce qui est arrivé, c’est que nous avions, jusqu’à environ 1971-72, une politique protectionniste. C’était la politique prédominante à partir de la période de la Seconde Guerre mondiale et pendant la période de l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1960. Nous l’appelions, par opposition au « libre-échange », le « juste-échange ». Par exemple, dans les années 1950, et au début des années 1960, il y avait des sociétés industrielles comme General Electric qui parlaient de défendre le « juste-échange » par opposition au « libre-échange ».

Le « libre-échange », en utilisant de la main-d’œuvre à bon marché, et un marché ouvert pour la main-d’œuvre à bon marché, tend à miner la production utilisant des technologies de pointe, ce qui signifie que vous allez dans des pays, par exemple dans ce qu’on appelle le Tiers Monde, avec ces manufactures volantes qui abandonnent les régions industrielles des États-Unis et de l’Europe, et vous allez dans ces autres pays et vous utilisez leur main-d’œuvre à bon marché. Et vous pillez leur pays. Et cette procédure est ensuite répétée. Ils vont d’un pays à l’autre, le pillent et puis ils changent de pays, le pillent et ainsi de suite.

Au bout du compte, nous avons détruit nos industries parce que nous avons supprimé ce qui s’appelle le « protectionnisme » et la protection était le « juste-échange » : l’idée de prendre le coût de production, et de le répartir sur la durée de vie de l’investissement, afin de garantir une certaine qualité de production. Et pour ce qui est du prix, vous ne pouvez pas permettre à la compétition de miner l’investissement. Et pourtant c’est ce qui s’est produit. L’utilisation de la main-d’œuvre à bon marché a miné l’investissement aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Nous utilisons ce qui est pratiquement de l’esclavage dans ces autres pays où la production s’est déplacée.

Par exemple, prenez le cas de la Chine : la Chine a à peu près 20% de sa population qui a bénéficié de façon significative de l’emploi industriel. Mais 80% de sa population vit toujours dans des conditions effroyables. Il y a en Inde, environ 30% d’une population de 1.1 milliard d’individus, qui a aujourd’hui une qualité de vie quelque peu supérieure à celle qu’elle avait au moment où j’y faisais mon service militaire, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais 70% est encore plus pauvre qu’alors.

Donc le problème est que, les politiques de main-d’œuvre à bon marché, les manufactures volantes en quête de main-d’œuvre à bon marché, semblent être la loi de l’économie. Mais cela signifie, si vous prenez en compte l’ensemble de la population, que vous ruinez toutes les économies où est introduit ce genre de travail. Vous pouvez trouver certaines parties de la population qui ont eu ces emplois et qui se sont enrichies. Mais la majorité de la population s’est appauvrie et ces régions ont été ruinées par ce genre d’emplois.

Cela signifie que nous devons revenir à ce qu’on appelait un « système protectionniste » dans lequel nous disions que « le travailleur vaut la peine d’être embauché, et que l’investisseur vaut son investissement, si c’est un investissement productif ».

Vous décrivez ce processus à Montréal, mais en fait vous pouvez prendre n’importe quelle partie des États-Unis et c’est la même chose. C’est dégoûtant. Nous devons revenir au point où les gens produisent la valeur dont ils ont besoin pour acheter ce qu’il leur faut. Prenez le cas de la santé, prenez le cas du logement, prenez le cas de l’éducation, tous ces facteurs : nous devons donner à notre population un niveau de vie qui l’élève ; nous devons lui donner la qualité de vie que nous pensons qu’elle devrait avoir. Et c’est cela qui détermine le prix.

La vraie façon d’abaisser les prix, c’est d’utiliser de nouvelles technologies, devenir plus efficace, ce genre de chose. Et cela signifie généralement une grande intensité de capital et une grande intensité scientifique. Retournons à ce que nous avions l’habitude d’essayer de faire. Nous allions dans la bonne direction. Nous n’aurions pas dû faire un pas de ce côté et tomber du pont.

L’avantage de l’autre

Modérateur : M. LaRouche, de combien de temps disposons-nous encore ?

LaRouche : De très peu. J’avais pensé à une heure environ, à moins que vous n’ayez quelque chose de vraiment important.

Modérateur : Avez-vous quelques dernières remarques à transmettre aux participants ?

LaRouche : Oui, bien sûr ; comme je l’ai dit, je pense qu’il faut simplement voir ces possibilités dont nous avons discuté en termes de coopération entre le Canada, l’Alaska et le Mexique, et les implications que cela aurait pour la coopération avec d’autres parties du monde telle que la Sibérie et d’autres : nous devons voir que cette coopération a son propre mérite, mérite intrinsèque, particulièrement à un moment de crise comme aujourd’hui, alors que nous avons besoin d’un programme de reprise économique pour compenser l’effondrement de l’économie mondiale ; mais il est encore plus important de voir cette coopération comme étant la réalité de « l’avantage de l’autre ». La réalité selon laquelle, chacun d’entre nous, dans chacune de nos nations, doit penser à ce que nous pouvons faire pour le bénéfice des autres nations. Et penser que le bénéfice que nous apportons aux autres nations, avec ce que nous faisons, cela signifie que nos enfants et petits-enfants bénéficieront de ce bien que nous faisons pour l’ensemble du monde. Et c’est cela, je crois, qui est le principe de Westphalie, qui est ce que le grec ancien appelait Agapè, qui est aussi un élément fondamental de la croyance chrétienne, Agapè qu’on appelle aussi Charité ou Amour : c’est cela le principe essentiel.

Si nous aimons l’humanité, et que nous puissions aimer le bénéfice apporté à une autre nation, que faisons-nous qui soit bon pour elle ? Si nous pouvons penser en ces termes, alors nous sortirons de la mentalité que nous avons vu revenir dernièrement où « l’homme est un loup pour l’homme » et nous pourrons revenir à l’idée que nous ne sommes pas des animaux. Nous ne faisons pas l’élevage d’une progéniture. Nous formons des êtres humains et nous espérons que la prochaine génération aura une vie meilleure que la nôtre parce que nous aurons rendu cette amélioration possible. Et nous voyons des progrès de ce genre, induits par notre amour de l’humanité, comme étant le motif non seulement de ce que nous faisons mais aussi de la façon dont nous le faisons.

Si nous pouvons revenir à cela, à cette conception d’Agapè, à ce principe du Traité de Westphalie, je pense que nous pourrons non seulement nous remettre de la crise qui nous ravage aujourd’hui, mais qu’aussi nous pourrons être sûrs que nos petits-enfants et arrière-petits-enfants bénéficieront de ce que nous faisons. Et peut-être que de cette façon nous éviterons de nouvelles catastrophes comme celles que nous avons connues, en particulier, ces 100 dernières années.

Modérateur : merci beaucoup, M. LaRouche.

LaRouche : Ok, merci à vous. mes Meilleurs Vœux.

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