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Projet de Constitution du Commonwealth du Canada
§5.2 La loi naturelle

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Cette section 5.2 sur la loi naturelle est extraite du Projet de Constitution du Commonwealth du Canada.

La notion de loi naturelle opposée à Aristote et compatible avec le droit républicain est principalement définie pour l’entendement humain dans les termes de référence suivants.

L’individu rationnel situe la source de cette rationalité dans sa perception que chaque vie individuelle est mortelle, un simple éphémère dans la plénitude et la durée de l’humanité et au sein de l’univers dans son ensemble. Pour s’élever au dessus de la condition mortelle d’un simple animal, l’individu doit apporter une contribution à un Bien durable par delà les limites de quelque simple bénéfice immédiat pour ses passions de mortel, à un Bien qui rayonne de la pratique de cet individu vers la plénitude et la durée de l’humanité, ainsi que dans l’univers dans lequel se trouve l’humanité dans son ensemble.

Ce n’est que lorsque l’individu s’élève au dessus de l’hédonisme et de l’irrationalité intrinsèque de l’hédonisme, en devenant l’instrument d’un dessein plus élevé et plus grand que sa vie mortelle, que deviennent possibles pour l’humanité la moralité, la rationalité et la vraie loi.

Le problème auquel est confronté chaque individu mortel est celui de découvrir de quelle façon les conséquences des actes de l’individu, ainsi que de ses actes d’omission, sont organisés par rapport à la plénitude et à la durée de la réalité au-delà de la portée de la vie éphémère et mortelle de cet individu. A cette fin, il ne peut exister aucune moralité ni loi efficaces, à moins que l’individu soit gouverné par la connaissance de la composition légitime des rapports de cause à effet dans l’univers plus globalement.

Il se trouve que l’espèce humaine démontre l’efficacité pour le bien ou pour le mal des politiques d’une société par la montée et le déclin des cultures et des nations au cours de millénaires. L’espèce humaine démontre la justesse ou la faillite des politiques qu’elle adopte par l’aptitude qu’ont ces politiques à déterminer ce qui se nomme de la manière la plus appropriée le potentiel de densité démographique relative de l’espèce humaine, c’est-à-dire le progrès de l’homme dans sa maîtrise accrue de la nature, exprimé par un accroissement du pouvoir de l’individu, pouvoir exprimé à son tour par l’avancement de la connaissance de l’individu pour la pratique.

Ces pas en avant sont la preuve que certaines directions dans l’amélioration de la connaissance gouvernant la pratique s’accordent plus étroitement avec l’ordonnancement légitime de l’univers. Même si la connaissance humaine à n’importe quelle moment reste toujours imparfaite, toujours en attente d’être dépassée par la prochaine révolution scientifique dans la technologie liée à la pratique productive humaine, il existe un aspect de ce progrès qui persiste à travers toutes ces révolutions scientifiques : les principes vérifiables de la découverte qui règlent la succession des marches en avant d’une telle connaissance.

Donc, même si nous considérons généralement le progrès technologique comme une source de bienfaits matériels accrus au profit de la nation et des individus qui la composent, il existe quelque chose de divin qui accompagne la possibilité de tels bienfaits. Ce corrélatif divin est l’harmonisation accrue des actions de l’homme dans la Création avec l’ordonnancement légitime de la Création. De cette manière, l’homme devient un Jardinier mieux équipé et plus efficace au service du Créateur, organisant des changements dans l’univers suivant ces principes légitimes incorporés dans la composition légitime de la Création.

La tradition érasmienne en éducation a su démontrer qu’un enseignement classique dans un langage cultivé accompagné de principes classiques de composition poétique et musicale, de peinture, de sculpture, d’architecture, et de géométrie produisent chez le diplômé d’une école secondaire ainsi organisée un individu chez qui toutes les potentialités ont été cultivées, un individu ayant le pouvoir, selon le mot de Shelley, de communiquer et d’assimiler des conceptions profondes et passionnées concernant l’homme et la nature. L’aptitude supérieure d’une personne bénéficiant d’une telle éducation classique pour la science n’est qu’un des aspects inséparables d’un ensemble plus global. La technologie est le devoir de l’homme, le travail humain au jour le jour. C’est la totalité des potentialités divines de l’individu qui définit l’objet manifeste servi d’une manière indispensable par le progrès technologique.

C’est la cohérence du progrès scientifique avec les conceptions de grande poésie, de grande musique, de grand théâtre, de grande peinture, de grande sculpture, et de grande architecture que le peuple d’une grande nation cherche à perfectionner et à célébrer en commun, comme expression réfléchie du Bien dont les potentialités divines de l’homme rendent l’humanité capable. C’est ce Bien dont la république constitutionnelle est proprement l’instrument.

L’importance particulière que revêt la Renaissance pour la compréhension par l’humanité de ces conceptions de loi naturelle réside dans la mise en évidence du développement de l’État-nation républicain souverain. Un peuple qui parle l’un des dialectes ou argots locaux relativement bestiaux est un peuple abruti qui est moralement incapable de se gouverner lui-même. Le développement de l’individu en termes de langage cultivé, lui conférant le pouvoir de penser, d’assimiler et de communiquer des conceptions profondes et passionnées concernant l’homme et la nature représente la base nécessaire pour organiser les affaires de l’humanité. L’organisation des affaires humaines doit être convenablement fondée sur des État-nations souverains, parmi des peuples qui partagent des principes moraux appropriés et qui délibèrent également sur des questions de gouvernement dans un langage cultivé commun.

Nous, républicains d’aujourd’hui, sommes les héritiers de St. Augustin, de la Renaissance italienne et des grands mouvements érasmiens de l’Angleterre et de la France du seizième siècle, représentés en France par Henry IV, Richelieu, Mazarin, Colbert et l’ordre enseignant des Oratoriens. C’est uniquement en concevant l’unité de deux populations anglophone et francophone en termes de cet héritage érasmien que le Commonwealth du Canada trouve la base d’une unité qui puisse durer.

Au Canada, que l’usage commun d’une langue anglaise et d’une langue française cultivées soit la règle pour les affaires nationales, mais ceci ne saurait être durablement accompli que si les formes les plus nobles des langues anglaise et française étaient des mesures d’excellence de culture populaire et que si les contributions de tes immigrants venant de nombreuses parties du monde étaient affectueusement assimilés pour partager l’héritage commun de toute ta population. Là où se trouvent deux langues comme au Canada, les différences émanant du langage doivent être comblées par une unité puissante dans la perception consciente des principes moraux partagés et en vertu desquels chacune de ces langues est élevée au plus haut degré de culture dont elle est capable.