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Les autres nations veulent s’inspirer de la gestion de l’offre

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Une entrevue avec le président de l’Union des Producteurs Agricoles, M. Marcel Groleau

Marcel Groleau, President de l’Union des Producteurs Agricoles a donné une entrevue à Jean-Philippe Lebleu, correspondant pour 21st Century Science & Technology lors du 5e Congrès Mondial des Agronomes tenu à Québec du 17 au 21 septembre 2012.

JPL : Ce Congrès Mondial des Agronomes se situe dans un contexte d’effondrement du système financier, et beaucoup de gens vont parler de réformes comme le Glass-Steagall, comme je viens de vous l’expliquer, en disant qu’il est nécessaire actuellement de changer les règles du jeu.

Groleau : Oui.

JPL : Sinon, on ira nulle part. Dans ce contexte, selon vous, y a-t-il moyen vraiment de doubler la production alimentaire mondiale sans changer ces règles-là ?

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Marcel Groleau, président de L’Union des producteurs agricoles (UPA)

Groleau : Pas vraiment. Je l’ai mentionné à la fin de ma conférence, la prochaine génération de politiques agricole et alimentaire, puisque maintenant on ne peut plus parler de politiques agricoles, il faut aussi parler de politiques alimentaires ; donc la prochaine génération devra être inspirée par des prérogatives d’alimentation pour tous, plutôt qu’uniquement des prérogatives commerciales. Cela veut dire s’assurer d’avoir des stocks alimentaires, assurer de la distribution de ces stocks, s’assurer de favoriser la production locale pour les produits de base dans chaque pays. C’est donc une modification importante de l’approche par rapport à la situation actuelle. C’est un revirement complet.

JPL : Par rapport à cela, la gestion de l’offre au Québec et au Canada, une politique de contrôle et de protection de la production, semble être floue pour les gens de l’extérieur.

Groleau : Oui.

JPL : Pour notre auditoire international, pourriez-vous dire quelques mots sur les avantages de la gestion de l’offre dans le contexte actuel ?

Groleau : Quand je parlais de production de base par pays, pour nous au Canada, les produits sous la gestion de l’offre sont la base de notre agriculture. C’est pour cela que l’on veut préserver ce que l’Organisation Mondiale du Commerce appelle dans son jargon les « produits sensibles ». Ce qui se retrouve sous les politiques de la gestion de l’offre au Canada sont nos produits « sensibles ». On veut pouvoir protéger ces produits-là d’une compétition indue, ou du « dumping » international. C’est pour cela qu’il y a des tarifs à l’importation, pour nous protéger du « dumping ». Cela n’empêche pas que l’on fasse du commerce dans ces produits-là, on importe des fromages au Canada, mais la quantité est déterminée, ce n’est donc pas une fermeture totale au commerce dont on parle, c’est une gestion du commerce qui permet d’avoir une gestion domestique de la production qui n’est pas entravée par un commerce débridé. C’est ça la gestion de l’offre.

JPL : Selon vous pourquoi la gestion de l’offre est-elle sous attaque depuis les dernières années, notamment par l’OMC ?

Groleau : Dans une logique de libéralisation du commerce, la gestion de l’offre est une aberration. C’est uniquement pour ça. Donc, les gens qui veulent poursuivre cette logique de la libéralisation du commerce, ne veulent pas que d’autres nations s’inspirent du Canada de la gestion de l’offre pour leur propre situation. Alors il y a une sorte de front commun pour empêcher le Canada, et surtout ne pas donner envie à aucun autre pays, d’utiliser ce mécanisme.

JPL : Je voulais vous poser une question relative à ce dont nous avons discuté plus tôt aujourd’hui (voir encadré 1). Suite à la déclaration de l’EPA aux USA, 156 membres du Congrès américain qui ont demandé de mettre un stop à l’éthanol, et aussi plusieurs organisations, même le CEO de Cargill et le Président du …, le plus grand producteurs de porcs au monde, ont demandé un moratoire ou une réévaluation de la production d’éthanol, sans compter les différents états américains comme le Missouri qui demandent un moratoire. Quelle est la position de l’UPA là-dessus, et peut-elle poser un geste similaire aux différentes personnes et organisations contre cette nouvelle politique de l’éthanol ?

Groleau : On Québec, l’UPA avait appuyé un premier plan de production d’éthanol, il y a de cela dix ans environ, à l’époque où le prix du maïs était très bas, et nous avions des surplus de céréales au Québec. Aujourd’hui on travaille toujours dans le court terme, on a de la difficulté à travailler dans le long terme. Je pense que la prochaine génération de bioénergie, devrait provenir de la biomasse et non pas des céréales. Au Québec, nous avons une quantité impressionnante de résidus de bois, de paille et autres résidus organiques qui pourraient servir à la production d’énergie avant les céréales. Donc, je ne pense pas que notre avenir soit dans la filière maïs/éthanol. Il n’y a pas d’avenir maintenant pour nous dans cette filière-là. La prochaine filière sera celle de la biomasse, à partir de résidus et non pas de céréales.

JPL : Il faut qu’il y ait une intention politique de nourrir 9 milliards de personnes qui soit prioritaire, sinon…

Groleau : Sinon c’est l’instabilité politique qui va nous accompagner. Si on ne réussi pas à relever ce défi-là, si le prix des aliments devient inabordables, ce n’est pas seulement en Afrique, dans les pays d’Asie et de l’Amérique centrale que ça va faire mal, c’est chez nous aussi. Toute notre économie est basée actuellement sur un coût de l’alimentation très bas. C’est bien, parce que cela permet à tout le monde de se nourrir plus facilement, et c’est une composante importante de notre économie actuellement. Si on veut maintenir notre système économique, il faut maintenir des coûts alimentaires le plus bas possible. Pour ce faire, il faut utiliser les céréales et la production agricole destinée à l’alimentation, pour l’alimentation. Il faut maintenant se tourner vers les résidus pour développer l’éthanol plutôt que vers les céréales.