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À l’approche du 4 juillet, Clio nous interpelle !

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Cet éditorial du 22 juin 2011 est publié de nouveau afin que les exortations des Thomas Paine, Gabriel Hanotaux et Friedrich Schiller contenues dans cet éditorial demeurent un repère efficace dans la mobilisation internationale actuelle pour faire taire « les Canons d’août » de l’OTAN qui menacent le futur de l’humanité.

À l’approche du 4 juillet, Clio nous interpelle !

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« Un homme aux talents multiples, John Quincy Adams siégea pendant 17 ans comme représentant du Massachusetts au Congrès américain après avoir occupé la Présidence de 1825 à 1829. Il était poète et ardent défenseur de la science. [1]
Son poème « Fragments d’une épître inachevée à la muse de l’histoire » fut écrit dans l’enceinte où se déroulaient les débats à la Chambre des Représentants. Le poème rend hommage à Clio la muse des historiens et poètes épiques.
Quincy Adams fut inspiré par une horloge qui se trouvait au-dessus de la porte nord de l’entrée de la Chambre des Représentants. L’horloge était intégrée à une statue de marbre sculptée en 1810 par Carlo Franzoni. La statue nommée « le chariot ailé de l’histoire » nous montre Clio debout dans un chariot tenant dans ses mains un manuscrit dans lequel elle note les actes du Congrès.
John Quincy Adams, se lamentant du débat amer sur l’esclavage, invite Clio à descendre de son chariot pour rejoindre le débat sur le plancher de la Chambre des Représentants : ...”
Muse ! Quit thy Car ! Come down upon the floor : /and with thee bring that volume in thy hand : / Rap with thy marble knuckles at the door/ and take at a Reporter’s desk thy stand/ Send round thy Album, and collect a tome. ...”

« Chaque nation, chaque culture est confrontée à la nécessité d’apporter un changement profond et soudain quant aux critères qui seront choisis pour juger les qualités requises d’un leader, et ce à chaque moment d’une grave crise. À cet égard, la survie de la nation dépend du consentement à effectuer un tel changement : de mettre au premier rang les rares individus exceptionnels qui, semblables à des « âmes immortelles », ont le courage et la sagesse de se tenir debout, contre vents et marées, au dessus des opinions populaires de leur époque. La présence ou l’absence du rôle de ces individus exceptionnels lors de périodes de crises graves est un facteur déterminant de l’histoire et pour le futur de l’humanité. Nous sommes à une croisée des chemins : soit nous choisissons la sérénité, soit nous choisissons l’autodestruction. Ce sont des choix qui s’imposent à toute culture lorsque survient un grand péril comme celui auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. »  [2]

Dans une période de crise systémique comme celle que nous traversons aujourd’hui, la mission de l’individu aux qualités exceptionnelles devient double :

1) d’abord, s’assurer que la grave crise qui frappe les pays de la région transatlantique et qui s’étend rapidement à l’ensemble de la planète, puisse être surmontée rapidement, efficacement et de façon sécuritaire : c’est-à-dire sans politique d’austérité meurtrière, sans répression des « grèves de masse », sans déclencher des guerres civiles, et sans l’hyperinflation dans les prix des denrées alimentaires.

2) Ensuite, développer parmi notre jeunesse un nouveau leadership qui puisse apprécier les aspects systémiques de l’Histoire afin de devenir plus aptes à ne pas répéter les folles erreurs des générations passées.

La loi Glass-Steagall et un “Watergate II” ?

À ce stage avancé de la crise, il ne reste qu’une seule option aux pays de la communauté transatlantique : mettre en faillite les usuriers et reconstruire un système de crédit productif international à taux de change fixe de type hamiltonien — et cette option se nomme Glass-Steagall.

La question stratégique la plus importante pour la survie de la première république des temps modernes, les États-Unis d’Amérique, est donc de nous assurer que soit voté, dans les plus brefs délais, le projet de loi H.R. 1489 du Congrès américain qui rétablira la loi Glass-Steagall de Franklin Roosevelt.

Plusieurs décisions importantes seront prises au début du mois de juillet en Europe et aux Etats-Unis. Celles-ci ont trait au futur de l’euro et à la profondeur des coupures de budgets dans 46 états américains. Notre échéancier pour le passage de la loi Glass-Steagall nous est donc dicté en quelque sorte par ces événements : il serait imprudent de ne pas considérer le 4 juillet comme une date « limite » à cibler.

Lors d’une conférence le 11 avril 2009, Lyndon LaRouche a émis un pronostic sur les troubles psychologiques du Président Obama et comment il devenait périlleux pour la nation de tolérer une personnalité narcissique comme chef d’État et chef des forces armées. Heureusement l’article 4 du 25e amendement à la constitution américaine prévoit une procédure constitutionnelle pour remplacer un président qui serait incapable physiquement ou mentalement de s’acquitter des obligations de son mandat.

Jusqu’à tout récemment, le remplacement du Président Obama était une chose difficile à accepter pour la plupart des élus démocrates à Washington. Depuis quelques jours, les réticences se sont évaporées alors qu’une coalition bipartisane au Congrès discute ouvertement de l’ « impeachment » du président pour son refus de respecter la constitution et les exigences du “War Powers Act” .

La mise en garde de Thomas Paine

Le pamphlétaire de la révolution américaine, Thomas Paine, dans son célèbre tract « The Crisis Pamphlet » parle contre ceux qui avaient l’intention de rejoindre l’armée révolutionnaire seulement durant la saison estivale, c’est-à-dire les « summer soldiers » et les « sunshine patriots ». Voilà le problème auquel nous serons confrontés dans notre mobilisation politique durant la période estivale. Seule une identité mondiale-historique peut aiguillonner la population.

« These are the times that try men’s souls. The summer soldier and the sunshine patriot will, in this crisis, shrink from the service of their country ; but he that stands by it now, deserves the love and thanks of man and woman. Tyranny, like hell, is not easily conquered ; yet we have this consolation with us, that the harder the conflict, the more glorious the triumph. What we obtain too cheap, we esteem too lightly : it is dearness only that gives every thing its value. Heaven knows how to put a proper price upon its goods ; and it would be strange indeed if so celestial an article as FREEDOM should not be highly rated. » Thomas Paine « The Crisis Pamphlet » (1776).

L’individu historique et les générations futures

L’Histoire s’intéresse « aux âmes dont l’action a rayonné sur leur temps et l’avenir. L’individu historique, c’est, par excellence, le grand homme, le héros, le prophète, le saint, celui qui a saisi, prolongé, réalisé en son jugement, en sa volonté et en son œuvre, les aspirations de sa génération et de son temps pour leur donner un essor nouveau. Sans le héros, pas de progrès, pas d’histoire ; la vie de l’humanité stagnante ne mérite pas d’être narrée.

« Le héros, c’est l’incarnation de la faculté qui distingue l’homme dans la nature : la liberté. Le surhomme est une individualité surhumainement libre. Il rompt le sommeil des époques endormies et détermine le mouvement qui s’appelle progrès : il sait ce qu’il veut et il veut. La carrière du grand homme est un des enseignements les plus émouvants de l’histoire, par le drame qui l’anime toujours…lui ne doit pas se lasser de commander aux foules et de les aimer. Susciter les grandes âmes et les fortifier, les arracher à l’étreinte du siècle qui les étouffe, les lancer en avant quand elles hésitent, c’est un des plus nobles devoirs, une des plus belles récompenses de l’histoire.

« …Raconter l’homme à l’homme pour améliorer l’homme, tel est le devoir que l’historien s’est tracé.

« … L’histoire expose les actes des hommes et les juge pour travailler au bonheur et à la grandeur de l’humanité, c’est-à-dire qu’elle crée, au-dessus et au-delà des hommes, l’humanité. La plus minime des erreurs historiques altère le total : les fautes politiques sont des fautes d’ignorances, autrement dit des fautes d’histoire. « Si jeunesse savait », dit le proverbe ; et chaque nouvelle génération est une jeunesse. L’histoire lui apporte les économies de l’expérience. Ne pouvant faire davantage, elle fait du moins cela, et c’est ce qui engage sa responsabilité.

« … Le poids de l’histoire pèse sur l’humanité présente et future et lui a tracé, d’avance, sa conduite : le devoir. Devoir veut dire dette. Qui remplit son devoir, paye ce qu’il doit…Mais, ce compte, cette balance, de dettes, puisqu’elles viennent du passé, ne peut s’établir que par l’histoire. » Gabriel Hanotaux « De L’Histoire et des Historiens » (1919).

En 1789, le poète et dramaturge Friedrich Schiller développa cette même idée de l’obligation « … de payer à la génération prochaine la dette qu’il ne peut s’acquitter envers la précédente » dans sa leçon inaugurale par laquelle il ouvrit son cours d’histoire à l’université d’Iéna.

« … C’est à amener notre siècle humain qu’ont travaillé, sans le savoir et sans y tendre, toutes les époques précédentes. A nous sont tous les trésors que l’industrie et le génie, la raison et l’expérience ont finis par amasser dans la longue vie du monde. Ce n’est que de l’histoire que vous apprendrez à apprécier les biens auxquels l’habitude et la possession incontestée dérobent si aisément notre reconnaissance : biens chers et précieux, qui sont teints du sang des meilleurs et des plus nobles, et ont dû être conquis par le pénible travail de tant de générations ! Et qui, parmi vous, s’il joint un esprit éclairé à un cœur sensible, pourrait songer à cette haute obligation sans éprouver le secret désir de payer à la génération prochaine la dette dont il ne peut s’acquitter envers la précédente ? Il faut qu’une noble ardeur s’allume en nous à la vue de ce riche héritage de vérité, de moralité, de liberté, que nous avons reçu de nos ancêtres, et qu’à notre tour nous devons transmettre, richement augmenté, à nos descendants : l’ardeur d’y ajouter chacun notre part, de nos propres moyens, et d’attacher notre existence éphémère à cette chaîne impérissable qui serpente à travers toutes les générations humaines. Quelques diverses que soient les carrières qui vous sont destinées dans la société civile, vous pouvez apporter votre tribut. Le chemin de l’immortalité est ouvert à tout mérite, je veux dire de l’immortalité véritable, de celle où l’action vit et se propage, quand bien même le nom de son auteur devrait se perdre et ne pas la suivre. »
Friedrich Schiller « Qu’est-ce l’Histoire universelle et pourquoi l’étudie-t-on ? »

À nous, républicains de la planète, à l’approche de ce 4 juillet 2011, d’œuvrer pour les générations futures en perpétuant l’esprit de 1776 et de 1787, c’est-à-dire en rétablissant une politique de crédit hamiltonien productif à taux de change fixe et en créant, à travers un traité international, une communauté de principes d’États-nations souverains qui travaillent au bonheur et à la grandeur de l’humanité.