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La géopolitique, à la rivière !

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Des changements majeurs et durables sont à l’œuvre , en direction d’un monde nouveau basé sur le respect mutuel et la coopération, échappant de plus en plus au vieil impérialisme occidental déclassé. La rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine à Moscou, qui vient de se terminer, comme un prélude aux multiples rencontre bilatérales devant avoir lieu aux abords du sommet du G20 ce week-end, représente un point de référence. L’Ambassadeur russe en Chine, Andrey Denisov, a déclaré dans une interview à l’agence de presse russe TASS : « Lorsque de bonnes intentions drapées dans de beaux discours conduisent au chaos, à l’effondrement des États et, à terme, à des bains de sang et des pertes humaines innombrables, le rôle de stabilisateurs, des facteurs capables d’avoir un effet d’apaisement sur une situation internationale turbulente, est très important. Les relations sino-russes représentent un tel facteur de stabilité. »

De nombreux accords de coopération économique ont été signés, allant dans le sens du renforcement de l’intégration de l’Union Économique Eurasiatique et des Nouvelles Routes de la soie. Le Financial Times rapporte que Beijing va étendre à près de 11 milliards de dollars le financement par la China Development Bank (CDB) de deux entités publiques russes, le Russian Direct Investment Fund (RDIF) et la Vnesheconombank, afin de contourner les sanctions occidentales. Un fond commun entre le RDIF et la CDB va être créé « pour investir en priorité dans les projets de développement à la frontière sino-russe, dans le cadre de l’initiative ’Une ceinture, une route’ de M. Xi et de l’Union Économique Eurasiatique de M. Poutine », a affirmé Kirill Dmitriev, le directeur exécutif du RDIF.

Se référant au Forum de Beijing des 14 et 15 mai sur les Nouvelles Routes de la soie, Poutine a déclaré que « cette initiative du dirigeant chinois mérite la plus grande attention et sera soutenue par la Russie par tous les moyens possibles. » Propos qui entrent en contradiction avec le point de vue du Financial Times qui, au travers du prisme de la vieille géopolitique, ne peut s’empêcher de prétendre que l’initiative chinoise suscite « un scepticisme grandissant à Moscou », et provoque « des peurs à l’idée que la Chine vienne empiéter sur l’Asie centrale. »

Suite à la remise par Poutine à Xi Jinping de la Croix de l’ordre de St André, la plus haute décoration russe, inaugurée en 1698 par Pierre-le-Grand, les deux dirigeants ont tenu une conférence de presse, où ils ont insisté sur leur volonté de maintenir la relation Chine-Russie à ce niveau en la préservant de toute influence extérieure.

Rencontre Trump-Poutine au G20

La Maison-Blanche a confirmé hier que la rencontre aura bel et bien lieu vendredi après-midi, sous un « format bilatéral normal », pendant trente minutes. Comme nous l’avons dit ici, cette rencontre fait trembler toute la planète des néo-cons, qui redoutent l’idée qu’une détente puisse se concrétiser entre les États-Unis et la Russie. Andrei Kortunov, le directeur général du Conseil russe des Affaires internationales, un groupe de recherche rattaché au Kremlin, estime que « même un échec complet de cet entretien sera considéré comme un succès car du point de vue des dirigeants russes, il est essentiel de montrer à sa population ainsi qu’au monde extérieur que nous atteignons un point de basculement, et que nous pouvons commencer à aller vers une relation plus stable. »

Dans une lettre ouverte adressé au président Trump, pour le préparer à la rencontre avec Poutine, le vétéran de la CIA et ancien conseiller stratégique de Reagan, Ray McGovern, souligne le fait que pour les Russes la question fondamentale est le retrait des bases de missiles antibalistiques aux frontières de la Russie, plus encore que l’arrêt de l’extension de l’OTAN vers l’est, à l’œuvre depuis la chute de l’URSS malgré les promesses faites à Gorbatchev. Poutine a d’ailleurs confirmé que la reprise de la Crimée en 2014 avait largement été motivée par sa crainte de voir établir en Ukraine une nouvelle base de missiles. McGovern cite un rapport récent de la DIA (agence du renseignement militaire américain) relativisant la perception de la Russie comme une menace : « Moscou cherche à promouvoir un monde multipolaire dédié aux principes de respect envers la souveraineté des États et de non-interférence dans les affaires internes des autres pays, ainsi qu’à la primauté de l’ONU afin de garantir un équilibre des pouvoirs préservant le monde d’une suprématie par un État ou un groupe d’États. »

Le Figaro rapporte que Macron, qui va se rendre vendredi à Hambourg pour le sommet du G20, veut « rompre avec les dogmes diplomatiques. » Sans doute, le mieux que puisse faire notre nouveau président est de traiter de façon pragmatique avec les autres chefs d’États, contrairement à l’approche idéologique qui a dominé les précédentes présidences, sous la très forte influence des milieux néo-conservateurs. Le Canard Enchaîné de la semaine dernière a d’ailleurs rapporté le fait que la décision de Macron de mettre fin « à dix ans de néo-conservatisme importé en France » a fait grincer les dents de ses principaux conseillers et « des néo-conservateurs qui pullulent dans l’équipe présidentielle et au Quai d’Orsay. »

Il est temps de nous débarrasser de la géopolitique, qui n’est autre que la vision impérialiste « ami-ennemi », et qui nous empêche de considérer que l’intérêt de notre voisin (proche ou lointain) peut être intimement lié à notre propre intérêt. Les Nouvelles Routes de la soie, dans leur extension à l’échelle du monde, représentent l’occasion de le faire une bonne fois pour toutes.

À lire aussi en anglais Russian-Chinese talks