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Le Liban, de nouveau dans l’œil du cyclone

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Christine Bierre
Editrice-en-chef du journal Nouvelle Solidarité

S&P—L’affaire Hariri connaîtra-t-elle un dénouement heureux en France ce weekend ? Le Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri, retenu en Arabie saoudite selon des sources libanaises, a accepté l’invitation du président Macron à venir en France avec sa famille pour y passer quelques jours. Ils sont attendus ce samedi matin. « Mais ce n’est pas du tout un exil politique », précise-t-on à l’Élysée. Selon le président libanais Michel Aoun, Hariri devrait ensuite rejoindre Beyrouth.

Fin d’une histoire rocambolesque ou début d’une nouvelle ère de déstabilisation du Liban, c’est surtout la deuxième hypothèse qu’il faut craindre désormais. Les faits remontent au 4 novembre dernier. Convoqué à Ryad dans l’urgence par le prince héritier Mohamed Ben Salman (MBS), Saad Hariri a annoncé depuis l’Arabie saoudite, dans une déclaration lue à la télévision qui prit tout le monde par surprise, y compris ses plus proches, sa démission du poste de Premier ministre du Liban.

Les raisons de sa démission ? M. Hariri s’en est pris violemment à l’Iran et au Hezbollah, dont deux membres font pourtant partie de son propre gouvernement. Sa vie serait « menacée », a-t-il affirmé, dans un contexte rappelant celui dans lequel son père avait été assassiné. Il pointa du doigt le Hezbollah, allié de l’Iran, l’accusant d’avoir « créé un Etat dans l’Etat » et d’avoir établi une « mainmise » sur le Liban.

Dès le début cependant, les autorités libanaises et une partie de la classe politique étaient convaincues que Saad Hariri a été forcé par les autorités saoudiennes de lire une déclaration dont il n’était pas l’auteur, et qu’il aurait même été placé en résidence surveillée.

Depuis, ces craintes ont été pleinement confirmées par le garde du corps personnel de Saad Hariri qui l’accompagnait lors de ce voyage à Ryad, rentré entretemps au Liban. A son arrivée à l’aéroport de Riyad, a-t-il rapporté, le jet privé du Premier ministre aurait été encerclé par la police saoudienne, qui lui a aussitôt confisqué son téléphone portable ainsi que sa Smartwatch, qu’il ne quitte jamais.

Le 15 novembre, le président libanais Michel Aoun est allé plus loin, affirmant devant les médias libanais que Saad Hariri et sa famille étaient « détenus » en Arabie saoudite. Il a qualifié cette détention d’« acte hostile à la souveraineté libanaise » et de « violation de la convention de Vienne et de la déclaration des droits de l’homme ».

Le président Aoun a aussi annoncé que le Liban porterait l’affaire à un niveau international pour obtenir le retour de M. Hariri. Il aurait même, à en croire le correspondant de France Info au Liban, fait pression sur Emmanuel Macron, menaçant de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU. Selon un tweet reprenant ses propos, le président Aoun aurait dit :

Rien ne justifie que M. Hariri ne revienne pas après 12 jours. Nous le considérons donc comme en captivité et détenu, ce qui est contraire à la Convention de Vienne régissant les rapports diplomatiques entre pays.

Vers une nouvelle guerre au Moyen-Orient ?

L’offensive occidentale contre Bachar el-Assad ayant été battue en brèche, et l’élimination de Daech, groupe terroriste abondamment financé par les Occidentaux pour faire tomber le pouvoir syrien, étant très proche, tous les acteurs de cette terrible guerre rebattent les cartes. A commencer par les grands perdants de cette guerre que sont l’Arabie saoudite et Israël, sans oublier la France et les Etats-Unis.

L’Arabie saoudite est dans une situation particulièrement délicate, guettée d’un côté par la faillite suite à une chute de près de moitié du prix du baril de pétrole, et se sentant en même temps défiée par son ennemi mortel de toujours, un Iran sorti renforcé d’une guerre contre la Syrie qu’il a largement contribué à gagner.

Une guerre qui a aussi révélé au grand jour ce que les spécialistes connaissaient depuis longtemps : le rôle joué par l’Arabie saoudite dans la montée d’un islamisme djihadiste pouvant être déployé pour des attentats ponctuels tels que ceux du 11 septembre aux États-Unis, mais aussi sur des théâtres de guerre comme la Syrie, l’Irak ou le Yémen.

Sous pression de toutes parts, l’Arabie saoudite donne cependant l’impression de vouloir se réformer. Le 24 octobre, le prince héritier Mohamed Ben Sultan (MBS) annonçait que son pays était prêt à adopter un islam « modéré » et à libéraliser les mœurs.

En septembre, la police religieuse a été démantelée. Par ailleurs, le jour même où Hariri annonçait sa démission depuis Riyad, le pouvoir engageait, sous la main de fer de MBS, une purge massive de sa propre élite : plus de 1000 membres de la famille royale et responsables ont été arrêtés, dont les chefs des principaux clans, accusés de corruption, et plus de 1700 comptes en banques saisis, faisant rentrer dans les caisses exsangues du royaume 800 milliards de dollars !

Disgraciés aussi les princes Bandar Ben Sultan et Turki, tous deux au cœur de la juteuse affaire Al-Yamamah, un accord signé entre le Royaume et la

firme britannique BAE

, il a exprimé au Président libanais tout son soutien et celui de son parti, Solidarité & Progrès, dans ces heures difficiles que connaît une fois de plus le Liban.