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Nouvelles Routes de la soie : partenariat renforcé entre Marseille et Shanghai

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Karel Vereycken

S&P—« 1000 milliards de dollars sont programmés par la Chine dans le cadre des Routes de la soie. On y participe ? L’accord de Marseille-Fos avec Shanghai est un bon exemple de projet concret », a lancé, un brin provocateur, Jean-Pierre Raffarin lors d’un colloque sur les perspectives offertes par les Nouvelles Routes de la soie, organisé le 31 mai par le Grand port maritime de Marseille.

La lune de miel entre Pékin et la cité phocéenne est ancienne. Au XIXe siècle, et jusqu’au début des années 1960, tous les Chinois venant en Europe y débarquaient après un mois de voyage. Et puis les relations se sont distendues, jusqu’à ce que l’ancien maire de la ville, Robert Vigouroux, resserre les liens à l’occasion du jumelage avec Shanghai, en 1987.

Unis par cet accord de coopération, le plus grand port de France et le plus grand port du monde vont encore resserrer leur coopération. Les deux places portuaires ont signé « un accord de coopération opérationnelle portant sur les sujets de réduction des impacts, d’écologie industrielle et de massification des flux de marchandises autour du report modal de longue distance ». [1]

L’évènement s’est déroulé sous le haut patronage et en présence de Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et représentant spécial du gouvernement pour la Chine, en présence de Zhai Jun, ambassadeur de Chine en France et de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et président de la métropole Aix-Marseille-Provence. Cet accord n’est que le début d’un grand partenariat avec la Chine.

Les atouts de Marseille

Bien que d’énormes investissements restent à faire, Marseille est déjà le seul port méditerranéen à disposer de tous les modes de transport pour desservir l’arrière-pays (fleuve, train, route et pipeline). Son port dispose d’atouts considérables :

  • ses quais sont en eau profonde et d’accès très facile, ce qui permet aux gros, voire très gros navires d’accoster ;
  • en 2017, 20,4 millions de tonnes ont été débarquées, soit 10 % de plus qu’en 2016 (une progression deux fois supérieure à celle de la moyenne européenne) ;
  • environ 80 % du terrain n’est pas utilisé à Fos, dont la surface totale avoisine 10 000 ha, soit la superficie de la ville de Paris (105 km²) ;
  • via le réseau des plateformes multimodales Medlink sur l’axe Rhône-Saône (Pagny, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Villefranche-sur-Saône, Lyon, Vienne-Sud, Valence, Avignon-Le Pontet et Arles), l’accès est direct vers Lyon et le centre de l’Europe, ce qui épargne cinq jours de navigation par rapport aux ports du nord de l’Europe (en outre, Marseille ne pâtit pas d’obstacles montagneux, contrairement aux ports italiens et espagnols).

Rappelons également que Marseille abrite le siège social de CMA-CGM, le troisième armateur mondial, qui travaille étroitement avec le pouvoir chinois depuis de nombreuses années. Doté d’une flotte jeune et diversifiée de 494 navires, le Groupe CMA CGM dessert plus de 420 ports de commerce sur 521 mondiaux. Il est présent sur toutes les mers du globe avec plus de 200 services maritimes. Son siège social réunit à Marseille 2400 collaborateurs. L’entreprise, qui compte 6 300 clients français, est le premier employeur privé de Marseille, ville où il a été créé en 1978. Présent en Chine depuis 1992, l’armateur y emploie plus de 2000 salariés dans 60 bureaux. Toutes les trois heures, un navire de la société française réalise une escale en Chine. Aujourd’hui, « grâce à Exim Bank of China, nous avons pu financer une partie de [la construction de nos nouveaux] porte-conteneurs. Dans le domaine de la construction navale, la Corée était une référence. Ces dernières années, la Chine est parvenue à améliorer ses coûts et surtout la qualité de sa production », a souligné Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM. 

« Aujourd’hui, Marseille est la ville française qui éveille le plus notre intérêt, après Paris, bien sûr », confie Zhu Liying, consul de Chine à Marseille. Pour preuve, en octobre 2017, le 12e Forum économique franco-chinois a pour la première fois quitté l’Ile-de-France pour Marseille.

Porte d’entrée vers l’Afrique

Beijing n’exclut pas de faire de la cité phocéenne un point d’entrée privilégié en Europe. Son maire, Jean-Claude Gaudin, se félicite de la visite de 25 délégations chinoises en 2017, contre six en 2016. Déjà, la métropole accueille 2000 ressortissants chinois, dont plus de 500 étudient à l’université.

Et pour Neige Geng, consultante franco-chinoise, « Marseille est une porte d’entrée vers le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest ». Et comme le précise un article de L’Express :

Il faut dire que les 40 000 emplois dans le numérique recensés par Aix-Marseille French Tech, ainsi que les filières locales de recherche d’excellence, notamment dans les secteurs de l’énergie et des drones, ont de quoi séduire.

A cela s’ajoute un écosystème dans les télécommunications parmi les plus développés au monde. En deux décennies à peine, la ville est devenue en effet le point d’arrivée de nombreux câbles sous-marins, notamment ceux provenant d’Asie via le canal de Suez, et la cité phocéenne concentre aujourd’hui une part importante des investissements mondiaux dans ce secteur.

Sur une carte, Marseille est la ville parfaite. Des câbles sous-marins déployés sur près de 20000 kilomètres partent de la ville pour relier l’Europe du Sud et l’Afrique, mais aussi le Proche-Orient et l’Asie. C’est un peu l’équivalent numérique d’un nœud ferroviaire ou autoroutier. Les données sont obligées de transiter par là avant de rejoindre leur destinataire. Ce ce qu’a bien compris la société néerlandaise Interxion, leader européen des data centers, qui vient d’inaugurer le 16 mai son deuxième établissement à Marseille, baptisé « MRS2 » et compte bien faire de Marseille un grand hub numérique mondial.

Industrie et emploi

En voyage officiel à Pékin, le 9 janvier dernier, Emmanuel Macron signait avec le groupe Quechen Silicon Chemical la construction d’une gigantesque usine de silice à Fos-sur-Mer. Un méga-investissement de 100 millions d’euros avec 130 emplois à la clé.

La présence chinoise dans la ville, ce sont aussi des dizaines de grossistes de textile qui s’installent désormais sur les hauteurs, dans l’énorme Marseille International Fashion Center 68 (MIF 68) inauguré le 19 février. Il s’agit de 60 000 mètres carrés de locaux commerciaux financés en partie par le promoteur immobilier Xavier Giocanti, compagnon de Christine Lagarde, et qui feront bientôt de Marseille le plus grand marché de gros du textile français, en dehors du Cifa à Aubervilliers, au nord de Paris.

Les entreprises chinoises créent des emplois qualifiés en France. C’est le cas chez Moteurs Baudoin, vieille entreprise familiale marseillaise spécialisée dans le maritime, rachetée par le groupe chinois Weichai Power. « La stratégie des Chinois a ici été clairement industrielle, pas financière, pointe Emmanuel Tellier, vice-président. Depuis leur arrivée, ils ont investi 50 millions d’euros dans l’entreprise, qui s’est diversifiée. En huit ans, le chiffre d’affaires a été multiplié par quatre, et la part de l’export est passée de 30 à 85 % des ventes.  » Côté emploi : 110 emplois en 2008, 150 aujourd’hui.

Une entreprise parmi d’autres mais un cas qui démontre, à l’opposé des clichés en vogue, que l’investissement chinois en France peut apporter un plus et être un facteur décisif contribuant à la réindustrialisation tant attendue de notre pays.

[1] Très concrètement, la société française CMA CGM a annoncé le 7 novembre 2017 que les neuf porte-conteneurs de 22 000 EVP commandés au chantier chinois CSSC seraient propulsés non plus au fuel mais au gaz naturel liquéfié (GNL). Une première mondiale pour des navires de cette taille. Selon l’armateur, qui travaille sur cette propulsion alternative depuis 2010 avec Engie, Total et GTT, le GNL permettra d’améliorer de 20 % l’indice d’efficacité énergétique (EEDI) du navire par rapport à une propulsion classique. Avec une série de performances qui anticipent les futures normes : plus d’émissions de soufre et de particules fines ou presque, 85 % d’oxyde d’azote en moins et jusqu’à 25 % de CO2 en moins.


[1Très concrètement, la société française CMA CGM a annoncé le 7 novembre 2017 que les neuf porte-conteneurs de 22 000 EVP commandés au chantier chinois CSSC seraient propulsés non plus au fuel mais au gaz naturel liquéfié (GNL). Une première mondiale pour des navires de cette taille. Selon l’armateur, qui travaille sur cette propulsion alternative depuis 2010 avec Engie, Total et GTT, le GNL permettra d’améliorer de 20 % l’indice d’efficacité énergétique (EEDI) du navire par rapport à une propulsion classique. Avec une série de performances qui anticipent les futures normes : plus d’émissions de soufre et de particules fines ou presque, 85 % d’oxyde d’azote en moins et jusqu’à 25 % de CO2 en moins.