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Sommet Chine-Afrique Jour 1 : et si on remplaçait l’aide au développement par le co-développement ?

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« Le développement est la clé pour résoudre tous les problèmes »

Les 3 et 4 septembre, à Beijing, le sommet Chine-Afrique réunira les 54 dirigeants et délégués des pays africains sur des politiques de développement mutuel avec la Chine. Jusqu’à mardi, Solidarité et Progrès vous sort de la vallée des paumés, modelée par les médias grand public, pour vous montrer en action la politique « gagnant-gagnant » et les principes de l’économie physique, proposées au monde par l’économiste américain Lyndon LaRouche, et adoptées par les BRICS et la Chine avec son Initiative une ceinture une route.


L’événement du jour : ce dimanche vient de se conclure la 7e conférence ministérielle du Forum de la coopération sino-africaine. « Vient de se conclure », puisqu’il est 19 heures à Beijing, en Chine, au moment où nous rédigeons ces lignes.

Des ministres de 49 pays d’Afrique ont assisté à cette conférence, présidée par Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de Chine et Lindiwe Sisulu, ministre des Relations Internationales et de la Coopération d’Afrique du Sud.

Cette rencontre avait pour but de préparer les deux jours du sommet des chefs d’État qui se dérouleront demain (heure de Beijing, bien évidemment). Il a été rappelé par les deux présidents de la conférence ministérielle que l’objectif du Forum, du sommet et de leur conférence ministérielle est de « construire une communauté où tous les membres pourront vivre en paix et dans la tolérance. »

L’ensemble des ministres ont défini les secteurs prioritaires de la coopération bilatérale entre la Chine et l’Afrique pour les trois années à venir (2019-2021). L’accent a été mis sur la multiplication de parcs industriels de moyenne et haute technologie, où seront également installés des centres de formation, ainsi que le développement de fermes pédagogiques, où « la science agronomique contribuera à l’autosuffisance alimentaire », qui est l’un des objectifs de la coopération sino-africaine. Éradiquer, comme cela a été fait en Chine, la pauvreté extrême reste donc un objectif majeur. Les secteurs, et l’agenda 2019-2021, définis aujourd’hui par les ministres vont être soumis à l’approbation des chefs d’État ce lundi.

Le chiffre du jour : le commerce entre la Chine et l’Afrique était de 8,6 milliards d’euros en 2000, il est aujourd’hui de 147 milliards d’euros (sachant que 25 % des importations chinoises en Afrique sont des machines-outils et des éléments du transport ferroviaire). Selon le ministre chinois du Commerce, le Forum et le sommet de ce week-end pourraient convenir d’un objectif de 300 milliards de dollars (258 milliards d’euros) pour les échanges d’ici 2020.

Agenda : demain, en marge du sommet des chefs d’État, un certain nombre d’ateliers et de rencontres auront lieu. Même s’il est impossible de tous les énumérer ici (nous y reviendrons demain et mardi), nous pouvons noter d’ores et déjà :

  • la rencontre des entrepreneurs sino-africains, lundi ;
  • le Forum des jeunes leaders sino-africains, lundi ;
  • le Forum des peuples sino-africains, impliquant des associations et personnalités de la société civile, lundi et mardi ;
  • la réunion sur la lutte contre le VIH/SIDA, à l’initiative de la Première dame de Chine, Mme Peng Liyuan, réunissant des ministres de la Santé et un certain de Premières dames africaines, Mardi etc.

Le cas de l’Éthiopie

L’Éthiopie est le pays d’Afrique qui connaît la croissance annuelle de son PIB la plus forte : entre 9 % et 10 % depuis 2006. Les investissements chinois sont nombreux et le symbole de cette coopération est la nouvelle ligne de chemin de fer Addis-Abeba— Djibouti, achevée en 2016.

Nous nous focalisons aujourd’hui sur la coopération sino-éthiopienne pour bien comprendre ce que la dynamique (plus que les réalisations à un moment donné de cette dynamique), impulsée par l’Initiative une ceinture une route (ICR), est en train de changer le monde et le continent africain.

Dette [1]

L’Éthiopie a décidé de financer au maximum les grands projets d’aménagement du territoire pour faire décoller son économie. Ainsi pour financer le Grand Barrage de la Renaissance [2] sur le Nil bleu, l’État a lancé, à l’image du financement égyptien du doublement du Canal de Suez, une souscription populaire sous la forme de bons d’État auprès des Éthiopiens. Il a ainsi pu lever 1,8 milliards d’euros. Même schéma concernant une déchetterie-usine d’incinération moderne à Addis-Abeba, la capitale. Là, où, en mars 2017, 114 personnes perdaient la vie, suite à un éboulement d’un tas de déchets, une déchetterie moderne, avec un centre de triage et de recyclage, et une usine d’incinération qui produira 185 GWh annuellement ont ouvert leurs portes le 19 août 2018. Le coût, assumé par l’Éthiopie, est de 88 millions d’euros.

Paix et développement

En Occident, les experts, surtout lorsqu’ils sont incompétents, ont trop d’influence dans nos sociétés. L’opinion selon laquelle il faut d’abord l’arrêt des conflits, d’abord la démocratie, d’abord une constitution, avant quelconque discussion sur des projets économiques, des projets de développement, cette opinion se trouve malmenée par l’exemple récent de l’Éthiopie. En effet, la dynamique de développement, d’équipement en infrastructures dans le pays a créé une géométrie différente dans laquelle un certain nombre de problèmes politiques et militaires graves avec l’Érythrée, son voisin, et avec des groupes d’opposition armés sont aujourd’hui en passe d’être résolus. Le 8 juillet de cette année, le Premier ministre d’Éthiopie a rencontré le président d’Érythrée, une première depuis la guerre de 1998-2000, aboutissant le lendemain à une déclaration conjointe formalisant leur rapprochement et stipulant que les deux pays ne sont plus en guerre. « Une nouvelle ère de paix et d’amitié s’ouvre », affirme la déclaration. Le 12 août, un groupe armé éthiopien, le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF), en lutte armée contre le pouvoir depuis 1984, a conclu un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement, incluant le dépôt des armes et l’intégration dans le processus électoral comme parti d’opposition.

Développement et paix sont donc complémentaires et fonctionnent en même temps, pourvu que des projets, qui redessinent concrètement un meilleur avenir en commun, soient les maîtres à bord.

Immigration

Même s’il est trop tôt pour mesurer les effets de cette politique de développement sur l’émigration contrainte des Éthiopiens, il est malgré tout certain qu’elle réduira de plus en plus la contrainte et fera que, demain, les Éthiopiens émigreront par choix (pour se former, se qualifier, étudier, découvrir un pays et sa culture, établir des partenariats...). En effet, parmi les immigrés arrivant en Europe, les Éthiopiens, les Érythréens et les Somaliens sont nombreux à fuir et la misère et les violences de clans. On sait déjà que les flux de ces populations originaires de la Corne de l’Afrique sont en baisse de 25 % depuis 2016 selon les derniers chiffres de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU.

Le rapprochement entre l’Érythrée et l’Éthiopie, d’une part, et l’adhésion de plus de 15 pays africains à l’Initiative une ceinture une route de la Chine (et sûrement plus de pays, à l’issue du sommet Chine-Afrique de ce début de semaine), d’autre part, nous montre des perspectives gagnant-gagnant.

Si, en France, nous trouvons le courage de mettre nos vieilles habitudes à la poubelle, comme la Françafrique, la politique du Franc CFA, le malthusianisme de l’AFD, et que nous adoptons à la place une politique de co-développement (et non d’aide au développement), en lien avec une politique d’immigration —politique proposée par Jacques Cheminade en 2017—, alors nous pourrons aussi participer et contribuer positivement à cette dynamique gagnant-gagnant.


[1Nous reviendrons sur cette question de la dette dans la relation sino-africaine dans les prochains jours. Dans le contexte de la sortie d’un certain nombre d’articles en Occident, ces derniers jours sur le sujet, nous pouvons déjà affirmer que les citations des journalistes occidentaux de certains dirigeants, comme Mahathir, Premier ministre de Malaisie, pour étayer l’idée selon laquelle on assiste à un emballement incontrôlée de la dette des pays coopérant avec la Chine, entraînant leur dépendance, sont fausses car hors contexte, segmentées. Le silence des mêmes journalistes sur les conditionnalités du FMI nous donnent à penser à une opération politique à quelques jours d’un sommet historique.

[2Ces quinze dernières années, le pourcentage de la population qui a accès à l’électricité, en Éthiopie, a doublé, passant de 13 % en 2002 à 27 % aujourd’hui. Le Grand Barrage de la Renaissance, une fois achevé, doublera quasiment la puissance énergétique du pays