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La géopolitique souffle sur les braises entre l’oncle Sam et le dragon chinois

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S&P—Une véritable campagne concertée vise actuellement à saboter toute possibilité d’établir de bonnes relations entre les États-Unis et la Chine, en exploitant les failles d’un Trump qui, à plusieurs reprises, s’est pourtant dit favorable à une entente avec la Chine, de même qu’avec la Russie. Chaque jour, les tensions se font de plus en plus grandes.

L’une des dernières expressions de cette dégradation est l’annulation par la Chine de la réunion annuelle sur la sécurité, qui devait se tenir à la mi-octobre à Beijing, avec la présence du secrétaire américain à la Défense James Mattis. Le 27 septembre, les autorités chinoises ont fait savoir qu’aucun responsable ne sera disponible pour recevoir celui-ci. Façon diplomatique d’envoyer une fin de non-recevoir.

Il faut dire que les provocations américaines à l’égard de la Chine se multiplient ces derniers jours. Comme nous l’avons rapporté dans la précédente chronique, Donald Trump a publiquement accusé la Chine, lors de sa conférence de presse aux Nations unies, de s’ingérer dans les élections de mi-mandat, qui auront lieu le 6 novembre prochain. Seule « preuve » apportée, un supplément paru le 23 septembre dans l’édition du dimanche du Des Moines Register, le principal quotidien de l’État de l’Iowa, payé par le quotidien chinois China Daily, afin d’y déplorer les effets négatifs de la guerre commerciale sur les échanges entre l’Iowa et la Chine. Le président américain a ainsi estimé que la Chine cherchait à induire les électeurs du monde agricole à voter pour des candidats anti-Trump. Chose notable, à la une du supplément paraissait également la revue d’un livre rappelant les très bonnes relations de Xi Jinping avec l’Iowa.

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Une du supplément du 23 septembre du Des Moines Register, acheté par le China Daily

Dans le même temps, le département d’État américain a annoncé la vente de 330 millions de dollars d’armes à Taïwan, dans une provocation délibérée contre la revendication d’ « une Chine, deux systèmes » de Beijing. L’expert militaire chinois Song Zhongping, cité par le Global Times, a affirmé que cette vente d’armes constituait une « bombe à retardement » dans les relations sino-américaines.

Enfin, le week-end dernier, dans une démonstration de la « liberté de navigation », le destroyer USS Decatur est allé naviguer en mer de Chine méridionale à travers les îles Spratley, dont la Chine revendique la souveraineté, conduisant à une dangereuse confrontation entre le destroyer américain et un navire de guerre de la marine chinoise.

Signe que les tensions entre les deux pays sont au plus haut, l’ambassadeur américain en Chine Terry Branstad, ancien gouverneur de l’Iowa et ami personnel de Xi Jinping depuis les années 1980, a publié le 1er octobre une tribune dans le Des Moines Register très critique vis-à-vis de la Chine.

Sortir du piège de la « géopolitique »

En France, avec quelques nuances et de rares exceptions, la presse se fait l’écho de la propagande anti-chinoise. Le cas de Marianne est symptomatique. D’un côté, Jack Dion écrit un éditorial sur « la peur du grand méchant russe », ridiculisant le «  comique de répétition (…) à voir la main de Moscou partout et celle de Washington nulle part, même quand celle-ci est aussi visible que la paluche de Goliath ». Allusion à la récente annonce par la Pologne de l’implantation sur son sol d’une base militaire américaine, qui n’a suscité aucun émoi dans la classe politique européenne. De l’autre côté, l’hebdomadaire consacre 24 pages contre la Chine. « L’Empire attaque — Quand la Chine nous avalera », lit-on à la une, rappelant les vieilles peurs du « péril jaune » qui avaient saisies la jeunesse soixante-huitarde, au temps où Jacques Dutronc chantait « 600 millions de Chinois, et moi, et moi, et moi »... suite...