News / Brèves
Back to previous selection / Retour à la sélection précédente

Comment le retrait américain de Syrie changera la donne

Printable version / Version imprimable

S&P—La décision du président Trump d’entamer le retrait des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan, annoncée le 19 décembre contre l’avis de plusieurs membres de l’administration – dont le secrétaire à la Défense, le général James Mattis, qui a démissionné le lendemain – marque un changement stratégique majeur.

En témoigne la réaction hystérique des milieux néoconservateurs transatlantiques, de gauche comme de droite. N’est-il pas paradoxal de voir ceux qui scandaient il y a quelques années « US go home ! » dire aujourd’hui que les États-Unis doivent absolument rester sur place, et qu’en faisant un tel « cadeau » à Poutine et Rohani, la décision de Trump ne peut que conduire le monde au chaos ?

Mettre fin à la guerre sans fin

Il faut dire que ce retrait de Syrie sonne comme le gong. Il scelle l’échec complet de la stratégie occidentale et de la logique coloniale de Sykes-Picot : échec du changement de régime à Damas, échec de la partition de la Syrie par la création d’un pseudo État kurde dans le Nord-Est syrien, échec de la stratégie visant à détruire les structures étatiques ne servant pas les intérêts anglo-américains dans la région, etc. Et surtout échec de la vision unipolaire imposée depuis la chute de l’URSS et après le 11 septembre 2001. De plus, les États-Unis, par cet acte, font un premier pas décisif les libérant de l’emprise de « la relation spéciale » avec Londres, c’est-à-dire du système impérial britannique : le « muscle » américain s’affranchira-t-il enfin du « cerveau » britannique ?

JPEG

Plan du géopoliticien Bernard Lewis pour le Moyen-Orient, mis en échec par la décision de Trump

Vendredi 29 décembre, en Irak, Donald Trump a annoncé que le retrait des troupes sera terminé d’ici à quatre mois, ajoutant que « les États-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde ». Le 31 décembre, il s’est même attaqué dans un tweet aux « généraux ratés », en référence notamment au général à la retraite Stanley McChrystal, l’ancien commandant en chef des armées US en Afghanistan, qui avait été viré après que le magazine Rolling Stone eût révélé les propos insultants qu’il avait proférés à l’encontre du président Obama (voir le portrait hilarant dépeint dans le film War Machine, où Brad Pitt joue le rôle d’un Général Glen McMahon déterminé à gagner une guerre que tout le monde sait ingagnable).

La veille, McChrystal était apparu sur ABC News, déclarant à propos du retrait de Syrie : « Si vous retirez la présence américaine, vous risquez de créer une plus grande instabilité, et bien sûr il deviendra beaucoup plus difficile pour les États-Unis d’orienter les événements. L’argument selon lequel on peut prendre nos bagages, rentrer à la maison, et livrer la région à elle-même, n’a jamais réellement fonctionné au cours des 50 ou 60 dernières années ». Autrement dit, puisque ce ne sera jamais stable, nous ne devrions jamais partir. En réponse, Trump a rappelé : « J’ai fait campagne pour en finir avec les guerres sans fin  ».

Suite...