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A Jackson Hole, les banquiers centraux appellent à une dictature financière mondiale

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NS—Comme l’avait anticipé Jacques Cheminade lors de son éclairage hebdomadaire de cette semaine, l’histoire se souviendra de la rencontre au sommet des banquiers centraux à Jackson Hole dans l’Etat américain du Wyoming, du 22 au 24 août 2019, comme de celle où, face à une crise imminente, furent proposées les idées les plus folles et totalitaires.

Deux propositions y ont été mises sur la table :

  • La première, annoncée avant le colloque, est résumée dans une note de BlackRock, avec 6500 milliards de dollars d’encours sous gestion la plus grande société de gestion d’actifs privés, qui défend l’idée d’un « changement de régime » dans la politique monétaire ;
  • l’autre, avancée pendant la conférence par le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, propose de remplacer le dollar, comme principale monnaie de réserve, par une « monnaie hégémonique synthétique ». Le projet n’est pas sans rappeler les pires folies de Keynes. Depuis 2005, Mark Carney, rappelons-le, est le grand architecte du plan de la City de Londres et repris par la Banque de France visant le verdissement de la finance mondiale.

Ces deux propositions, tout à fait complémentaires, relèvent d’une dictature néomalthusienne mondiale pilotée par la City de Londres. Ou si vous préférez, ce que l’économiste américain Lyndon LaRouche appelait le nouvel « Empire britannique ».

BlackRock et Mark Carney sont tous deux en train de promouvoir un renflouement du système financier via une « bulle verte » géante, créée par la reconversion de l’économie mondiale en mode « bas carbone » ; les propositions faites à Jackson Hole ne sont que les instruments d’une telle utopie politique.

Sur la proposition de BlackRock, un article des Echos précise que :

Pour faire face à la prochaine crise économique, la politique monétaire seule ne suffira pas, argumentent-ils. Les taux d’intérêt sont déjà faibles voire négatifs selon les zones monétaires, et les bilans des banques centrales gonflés par les programmes d’assouplissement quantitatifs lancés à la suite de la crise financière de 2008. Leur solution ? Confier aux banques centrales la gestion d’un compte spécial de dépenses leur permettant de ’mettre de l’argent directement dans les mains des consommateurs des secteurs privés et publics’. Puisque les gouvernements ne semblent pas prêts à utiliser le levier budgétaire pour relancer l’activité et soutenir l’inflation, autant laisser l’initiative aux experts indépendants des banques centrales, expliquent-ils.

L’un des auteurs de la note de BlackRock, l’ancien patron de la Banque nationale suisse Philip Hildebrand, en parle en ces termes dans une interview accordée à Bloomberg : « On va assister à un changement de régime dans la politique monétaire dont le seul précédent connu, en terme d’ampleur, est celui qu’on a vu entre l’avant-crise et l’après-crise, un mélange de responsabilités et d’activités monétaires et fiscales. »

Ceux qui espéraient mettre un terme à l’indépendance des banques centrales et retrouver la souveraineté sur les politiques monétaires feraient mieux de déchanter. Car cette proposition mettrait les gouvernements directement sous la coupe des banques centrales. La monnaie qui sera émise par ce mécanisme n’ira nullement aux productives, mais viendra alimenter directement une dette de plusieurs quadrillions de dollars que même le Quantitative Easing n’a pu éponger assez rapidement.

La seconde proposition, présentée par Carney à la conférence des banquiers de Jackson Hole, appelle à construire un « monde multipolaire » de monnaies « basées sur le virtuel plutôt que sur le physique », suivant le modèle de Facebook baptisé Libra. C’est « le secteur public qui serait le plus à même de fournir cette monnaie, peut-être à travers un réseau de monnaies virtuelles de banques centrales », monnaie qu’on appellerait « Synthetic hegemonic Currency » (SHC).

D’après Mark Carney :

Une SHC pourrait diminuer l’influence prédominante du dollar US dans le marché global […] L’influence du dollar sur les conditions financières mondiales pourrait décliner si une architecture financière était développée autour d’un nouveau SHC, venant supplanter la suprématie du dollar sur les marchés de crédits.

On attend de voir s’élever contre de telles mesures ceux qui accusent la Chine d’hégémonisme…

Nouveau système financier mondial,
les propositions de Lyndon LaRouche

Au sujet de la faisabilité technique de la proposition de Marc Carney, consistant à remplacer le dollar par une monnaie synthétique basée sur un panier de monnaies, Lyndon LaRouche (1922-1919) avait publié en 2000 un article intitulé « A propos d’un panier de biens de consommations : le commerce sans monnaie ».

Avec le système du FMI, avertissait LaRouche, la tentation d’utiliser un ‘panier de monnaies’ comme substitut au rôle que joua le dollar de 1945 à 1963, constitue non pas un remède, mais un piège. (…) Toute combinaison de ces monnaies ressemblerait en tant qu’investissement à ce que fut le Reichsmark allemand au début de juillet 1923. (…) La transition doit se faire sur des valeurs économiques qui existent indépendamment du système du FMI tel qu’il est, et qui pourront aisément le remplacer.

LaRouche appelait à fonder un système monétaire mondial alternatif en se basant sur les gains de l’économie physique fournis par des fonds de développement, annulant «  l’équivalent de 400 trillions de dollars compris en tant qu’actifs financiers nominaux actuels dans le monde entier » des comptes bancaires mondiaux, en particulier les produits dérivés.

Le fil rouge pour cette réorganisation du système financier et monétaire doit être la sauvegarde de l’emploi, de la consommation et de la production, en particulier dans les catégories représentant les infrastructures afférentes, et de maintenir des taux de croissance nette, par tête et par kilomètre carré, dans l’infrastructure lourde et autres outils du même ordre.

LaRouche indiquait alors qu’il pourrait être intéressant de relancer, dans un premier temps, une proposition de Fonds monétaire asiatique, élaborée en 1997 par le japonais E. Sakikabara. En effet, l’auteur identifiait une approche en deux étapes vers un nouveau système monétaire, « dans la mesure où une telle entreprise ne se contenterait pas seulement de se défendre contre des attaques de guerre financière venant de fonds d’investissements et autres spéculateurs », mais viserait également à « promouvoir des mesures urgentes et nécessaires d’investissement dans les infrastructures, combinées à des améliorations financées par du capital de long-terme au sein des nations asiatiques. »

Il ne fait aucune doute qu’aujourd’hui, LaRouche militerait en faveur de la Banque asiatique pour l’investissement dans les infrastructures (BAII), du Fonds des Nouvelles Routes de la soie et autres institutions de crédit mises en place par la Chine dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie.