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États-Unis : après Bolton, Trump rompra-t-il avec le club des milliardaires ?

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S&P—En virant John Bolton, Trump a provoqué l’ire de toute une partie de l’establishment. Bolton, tout comme Mike Pompeo et Mike Pence, représentent des courants extrémistes très influents dans la société américaine ces trente dernières années qui ont permis à l’oligarchie financière anglo-américaine, en dévoyant la politique étrangère américaine, de maintenir le monde dans un état de guerre permanente et d’empêcher toute coopération entre les États-Unis et d’autres puissances comme la Chine et la Russie.

Le monde danse sur un volcan. Alors qu’il frappait à la porte ces dernières semaines, le krach financier est désormais entré dans la demeure, sans que personne n’ose prononcer son nom. Pour la première fois depuis la crise de 2007-2008, la Réserve fédérale américaine (Fed) a dû injecter en catastrophe plus de 300 milliards de dollars dans le marché interbancaire depuis le 17 septembre, et elle promet de poursuivre ces injections de 75 milliards par jour jusqu’au moins début octobre. Cette action, qui n’a pour objectif que de gagner du temps, ne peut que créer les conditions d’une crise bien pire.

Dans le même temps, la situation stratégique reste très tendue, en particulier depuis les frappes contre les installations pétrolières en Arabie Saoudite, que les États-Unis, sous l’impulsion du secrétaire d’État Mike Pompeo, attribuent une fois de plus à l’Iran sans apporter la moindre preuve. Hier, Macron, avant de serrer la main du Président iranien Rohani, s’est joint aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne pour blâmer l’Iran, en pleine contradiction avec ses propres efforts, entrepris depuis le G7 à Biarritz, pour se faire le médiateur d’une détente entre Téhéran et Washington.

Reflétant la prise de conscience par une partie des élites du danger extrême de cette situation, le journal Les Échos du 19 septembre constate qu’avec l’abandon des traités limitant les armes nucléaires, « jamais, depuis la chute du mur de Berlin, le monde n’a été aussi proche d’une grave crise nucléaire ».

En réalité, le destin du monde est suspendu à la bataille interne aux États-Unis. La question est de savoir si la rupture de Trump avec le faucon John Bolton va être suivie d’une rupture avec le club de milliardaires qui contrôle en grande partie le Parti républicain, et qui a largement contribué à sa victoire en 2016. L’histoire dira si la nomination au poste de conseiller adjoint à la sécurité nationale de Matt Pottinger est un pas positif, notamment dans la perspective de sortir de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Pottinger, qui était jusqu’à aujourd’hui le conseiller du président pour l’Asie, parle couramment le mandarin et a travaillé pendant sept ans en Chine. C’est lui que Trump avait envoyé à Beijing pour représenter les États-Unis lors du Forum de la Ceinture et la Route, en avril 2017.

Toutefois, le fait que Pompeo soit toujours à son poste, à mettre de l’huile sur le feu au Moyen-Orient, montre que la question est loi d’être résolue.

De quoi Bolton et Pompeo sont-ils le nom ?

Les trois faucons Bolton, Pence et Pompeo sont représentatifs de factions politiques qui exercent un contrôle très important sur la politique américaine depuis les années 1990.

Comme le rapporte Politico, suite à son éviction, Bolton a participé à un déjeuner privé qui se donnait le mercredi 18 septembre au Gatestone Institute, un nid de néoconservateurs qu’il dirigeait avant d’intégrer l’administration Trump. Cet institut réunit les théoriciens du choc des civilisations les plus virulemment anti-musulmans parmi les cercles américains et britanniques.

Bolton a été présenté aux participants du déjeuner par Rebekah Mercer, l’héritière du milliardaire Robert Mercer, dont le hedge funds a financé la carrière récente du faucon. L’ancien conseiller à la sécurité nationale s’est ensuite lancé dans une diatribe amère contre l’ensemble des initiatives de Trump en matière de politique étrangère. Il a déploré le fait que le président ait stoppé l’attaque contre l’Iran suite à l’abattage d’un drône américain le 20 juin, et qu’il ait écouté pour cela les conseils de l’animateur de Fox News Tucker Carlson. Si cette riposte américaine avait eu lieu, a-t-il affirmé, l’Iran n’aurait pas attaqué la raffinerie de pétrole de l’Arabie saoudite. Bolton a également critiqué l’invitation faite par Trump aux Talibans afghans pour des négociations de paix à Camp David, la qualifiant « d’insulte aux familles des victimes du 11 septembre ».

En réponse aux attaques de l’ancien conseiller à la sécurité nationale, Tucker Carlson a qualifié les néoconservateurs de « gauchistes », rappelant que la première génération de néocons était des trotskystes, membres de la Quatrième Internationale, et qu’ils avaient reconverti l’idée centrale de la « révolution permanente » de Trotsky en une utopie néoconservatrice de guerre et de changement de régime permanents.

Le président Trump a également répondu publiquement à Bolton : « J’ai critiqué le fait que John et d’autres nous ont impliqués militairement au Moyen-Orient (…), a-t-il déclaré. Nous avons dépensé 7500 milliards de dollars au Moyen-Orient (…). Beaucoup de gens s’étaient montrés très critiques lorsque je l’avais nommé dans l’administration, du fait qu’il était tellement en faveur d’aller au Moyen-Orient ; par la suite, il s’est embourbé dans des sables mouvants et a fait de nous une force de police dans cette région. C’est ridicule ».

Les milliardaires Mercer et Koch

Lors de la campagne présidentielle de 2016, John Bolton, Steve Bannon, Breitbart News, la société de données Cambridge Analytica et Kellyanne Conway (actuelle conseillère de Donald Trump) ont tous profité du soutien et des largesses financières de la famille Mercer. S’intéressant d’abord à la campagne du sénateur Ted Cruz, que l’ensemble des conservateurs anglo-américains plébiscitaient, ils ont ensuite jeté leur dévolu sur Trump.

Le milliardaire Robert Mercer a fait sa fortune à Wall Street en manipulant des données pour spéculer sur les devises et autres produits grâce à la modélisation informatique. Ce libertaire fanatique jouit, par le biais de sa fille Rebekah qui gère ses affaires politiques, d’une influence considérable parmi les cercles républicains/conservateurs aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il a parrainé la création par Bannon de ce que l’on appelle la « droite alternative » à partir de jeunes gens addicts aux jeux vidéo. Robert Mercer a été le plus grand donateur de la campagne électorale de Trump (« MAGA », ou Make America Great Again) ce qui lui a permis d’exercer une emprise importante sur l’administration Trump en 2017.

Mike Pompeo et Mike Pence représentent un autre courant très important au sein du Parti républicain : les sionistes chrétiens, un courant messianique parrainé par les tout puissants frères Koch, Charles et David (qui vient de mourir), deux milliardaires du Kansas. Depuis la présidence de George H. W. Bush, cette secte domine la droite religieuse américaine. Ses membres se font les défenseurs ardents d’Israël, mais pas en raison de leur amour pour la population israélienne. Ils prophétisent que la destruction ultime d’Israël dans l’Armageddon entraînera la seconde venue du Christ (!). En 2016, ils sont parvenus à convaincre Trump qu’il aurait besoin de ce courant pour obtenir le vote évangélique, la clé selon eux du succès du Parti républicain ces trente dernières années.

Nous vivons un moment décisif. Le fait que le système financier soit au bout du rouleau crée la possibilité ultime de libérer le gouvernement américain de l’emprise des forces oligarchiques qui le parasitent depuis plusieurs décennies, et de faire les premiers pas vers le « plan LaRouche » (du nom de l’économiste américain Lyndon LaRouche), c’est-à-dire une alliance entre les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde, comme noyau de nations définissant une nouvelle architecture économique et de sécurité internationale basée sur le respect et le développement mutuel.