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« Abandon de créances, plan Marshall, réquisitionner la banque centrale… » On dirait du Cheminade !

25 mai 2012

(Nouvelle Solidarité) – La panique gagne l’Euroland. Au moins trois courants s’opposent avec hystérie et violences verbales. Les premiers, affirment qu’il faut persister à appliquer coûte que coûte les dogmes aveugles de Merkozy, car selon eux, seules l’austérité et la règle d’or permettront de sauver l’euro.

Non, affirment les autres, notamment François Hollande mais aussi Barroso et Monti. Il faut y ajouter, disent-ils, grâce à des euro-obligations et quelques grands travaux et sans remettre en cause les mécanismes de renflouement aveugles, une «  dose » de croissance, car in fine, c’est la croissance qui ramène les revenus indispensables pour honorer les montagnes de dettes qui nous écrasent.

Viennent ensuite tous ceux qui pensent qu’il est de toute évidence trop tard pour rattraper la machine infernale qui est lâchée et que le moment est venu, si l’on veut sauver l’euro, de restructurer, via des abandons de créances, des moratoires et des rééchelonnements sur des décennies, le mur de la dette qui vient sur nous. Dans ce courant, Jacques Delpla de BNP Paribas dont nous avons rapporté les propos il y a quelques jours.

Dans le journal Le Monde, trois articles plaident pour cette nouvelle approche. Yanis Varoufakis, professeur d’économie à l’université d’Athènes affirme que la seule possibilité réaliste qu’ait la Grèce de demeurer dans la zone euro est de remettre en cause les termes du mémorandum imposant une austérité mortifère au pays. Et il rappelle quelques faits irréfutables : « L’Etat grec en faillite empruntait, mi-mai, 4,2 milliards d’euros au Fonds de sauvetage européen (FSE), puis reversait aussitôt cette somme à la Banque centrale européenne (BCE) afin de rembourser les obligations d’Etat grecques que la BCE avait auparavant acquises dans une vaine tentative de relever leur prix. Ce nouvel emprunt a substantiellement fait croître la dette grecque, mais a assuré à la BCE un bénéfice d’environ 840 millions d’euros. (…) La chancelière allemande soutient à juste titre que nous ne pourrons éviter le piège de la dette en accumulant encore plus de dette. (…) Des Etats insolvables sont en l’occurrence contraints d’emprunter afin de rembourser une banque centrale qui elle-même prête à des banques insolvables qui reçoivent des capitaux de la part d’Etats insolvables et en même temps leur prêtent une partie de l’argent qu’elles ont elles-mêmes emprunté à la Banque centrale ! S’agit-il là d’une économie prudentielle et austère à laquelle un pays comme la Grèce devrait se plier ? Ou sommes-nous face à une mécanique devenue folie ?

Ce cercle vicieux doit absolument être brisé. Sinon, la zone euro finira comme l’Union latine, par une simple note de bas de page dans les livres d’histoire du futur. Mais qui appuiera sur le bouton de ce "disjoncteur" salvateur ? Le président Hollande est-il en mesure de le déclencher ? (…) C’est ici que le prochain gouvernement grec pourrait entrer en scène et assumer le rôle de coupe-circuit. Suis-je en train de proposer que la Grèce fasse du chantage à l’Europe ? Certainement pas. Depuis quand dire la vérité et refuser de souscrire des emprunts que l’on n’est pas en mesure de rembourser serait-il du chantage ? En adoptant cette position fondée sur des principes, la Grèce agira comme un bon citoyen européen et offrira à des dirigeants comme le président Hollande une formidable occasion d’enrayer la gangrène qui ronge actuellement le corps et l’âme de l’Europe. »

Suit l’article de Catherine Gerst, ancienne directrice générale de Moody’s France, intitulé «  Restructuration de la dette et plan Marshall sont les seules options possibles  ».

Pour elle aussi, si l’on veut «  éviter la sortie de la Grèce avant ou après le 17 juin, il n’y a pas d’autre voie qu’un nouveau plan de restructuration de sa dette globale, qui inclut non seulement celle de l’Etat grec, mais aussi l’ensemble des dettes des ménages et des entreprises grecques. Il faudra faire de nouveaux abandons de créances, c’est-à-dire de la destruction de dette, donc de monnaie, et par là de capital. A quoi s’ajoute un étalement du solde restant sur plusieurs décennies. Les pertes seront supportées par les contribuables européens, les banques européennes et autres investisseurs, les banques internationales. A elle seule, une telle restructuration ne sera pas suffisante, si on n’y ajoute l’équivalent d’un plan Marshall en faveur de la Grèce. Il faut ensuite immédiatement se saisir du cas de l’Espagne d’abord, puis du Portugal et de l’Irlande, plus menaçants encore pour la survie de la zone euro ».

Pour conclure, toujours sur cette page étonnante du Monde de ce jour, l’économiste Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS, estime qu’il faut « relancer l’économie grecque, dût l’euro en périr ».

Certes, dit-il, l’Union Européenne peut décider de suspendre son aide à Athènes, mettant le gouvernement grec dans l’incapacité d’honorer ses dettes. « Mais ce dernier peut alors prendre conjointement deux décisions lourdes de conséquences. Tout d’abord, il peut répudier la totalité de sa dette. Les gouvernements de la zone euro, engagés directement à travers le Fonds européen de stabilisation financière, et la Banque centrale européenne (BCE), devront alors "prendre leurs pertes" »

« Il peut, dans le même temps, réquisitionner la banque centrale de Grèce et lui faire émettre autant d’euros que nécessaire pour couvrir ses besoins de financement à court terme. Cette mesure, illégale, n’en est pas moins techniquement possible. Pour l’essentiel, il s’agit de jeux d’écritures. »

«  Le gouvernement grec a donc dans ses mains des instruments de rétorsion face aux menaces. Mieux vaudrait donc discuter et renégocier le mémorandum, ce qui est très précisément la position du chef de Syriza, le parti de la gauche radicale, Alexandre Tsypras  ».

Les électeurs ne peuvent pas ne pas se souvenir de la campagne électorale de Jacques Cheminade quand ils voient apparaître les mots Abandon de créances, moratoire, tri des dettes, plan Marshall, réquisitionner la banque centrale… il ne manque que Glass-Steagall. Mais bon, j’avais oublié, tout le monde en parle déjà !