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Sauver l’Europe ? Pour Michel Rocard la priorité consiste à couper les banques en deux

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13 mai 2012

(Nouvelle Solidarité) – Mauvaise surprise pour tous ceux qui ont dépensé argent, encre et salive pour tenter de ridiculiser la mesure phare du candidat présidentiel Jacques Cheminade, celle de la nécessité impérative de « couper les banques en deux  », séparant rigoureusement les activités classiques de dépôt et d’épargne du poison spéculatif distillé dans les salles de marchés.

En effet, alors que Jamie Dimon, le grand patron de la banque JP Morgan, avait juré il y a un mois qu’il ne s’agissait que d’une « tempête dans un verre d’eau », aujourd’hui, après avoir découvert l’information en feuilletant le Wall Street Journal, il est bien obligé d’admettre qu’un trader de la banque à Londres, surnommé «  la baleine de la Tamise  », en faisant des paris hyperspéculatifs sur des CDS, a provoqué des pertes d’au moins 2 milliards de dollars au cours des six derniers mois.

Comme le note la presse financière, ce scandale ne fait qu’ajouter de l’eau au moulin de tous ceux qui plaident pour la scission bancaire. Robert Reich, l’ancien ministre du Travail de Bill Clinton, a immédiatement saisi la balle au bond en exigeant qu’on rétablisse au plus vite le fameux Glass-Steagall Act, la loi imposée en 1933 par Franklin Roosevelt imposant la stricte séparation des banques.

En France, c’est Michel Rocard qui rappelle l’urgence de cette situation. Interrogé le 10 mai sur Radio Classique - Public Sénat par Guillaume Durand, l’ancien Premier ministre, pour qui l’avenir de l’Europe se joue « dans les dix jours qui viennent  », a estimé que le volet croissance souhaité par François Hollande est menacé par «  les sommes colossales qui sont dans les paradis fiscaux et qui sont finalement dans une sorte de bataille contre l’Etat  ». « Cette menace, a-t-il poursuivie, est mondiale, elle concerne tout le monde, et pas seulement la France de manière isolée. L’avantage d’avoir une expérience de gauche et l’élection de François Hollande en France, c’est que la France aura probablement le courage de prendre de son côté quelques-unes des mesures qu’il faudrait prendre mondialement, mais qui ne commenceront que si certains montrent l’exemple.

« Je pense à la séparation absolue des banques de dépôt – quand on gère les dépôts des autres et de l’économie, il ne faut pas prendre de risque. Cela devrait être interdit. Et ça a été interdit pendant 70 ans, grâce à Franklin Roosevelt en 1933 et on l’a abandonné. Ça s’appelait le Glass-Steagall Act, dont le nom est ressorti de temps en temps. C’est dans les années 1995-2000 qu’on a abandonné cela, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, et depuis, nous avons des grandes crises financières tous les cinq ans. Il y en a encore une qui menace. Là, nous ne sommes plus en Europe, mais mondialement, et c’est gravissime en effet. Ça menace tout le monde. Mais on peut tout de même prendre des mesures de protection, localisées, et j’espère beaucoup que non seulement le Président Hollande pourra les imposer en France, mais qu’en plus, ce sera le cœur des négociations européennes.

« Car en Europe, il ne faut pas seulement négocier la sortie de la crise de l’euro, et un complément d’incitation à l’investissement, et à la poursuite de la recherche scientifique, qui est la croissance de demain, qu’il ne faut pas naufrager dans le souci de payer la dette. C’est ça l’enjeu des discussions. Mais c’est aussi le problème de savoir si on va pouvoir se protéger de la crise mondiale qui, elle, nous menace toujours. Et qui était le grand oublié de la campagne électorale. »

Vu les intérêts en jeu, l’on comprend mieux pourquoi certains se sont acharnés avec une telle passion à faire taire Jacques Cheminade...