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Lettre Ouverte aux Parlementaires Canadiens

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Existe-t-il toujours, aujourd’hui en politique, de ces rares individus qui, contre vents et marées, ont le courage et la sagesse de se tenir debout au-dessus de l’opinion populaire de leur époque ? Des hommes et femmes qui, selon l’expression de Gabriel Hanotaux « sont en mesure de saisir, de prolonger et de réaliser les aspirations des générations actuelles,…de les arracher à l’étreinte du siècle qui les étouffe et de les lancer en avant quand elles hésitent ? »

Les divers sommets des chefs d’État de la région transatlantique n’ayant rien résolu, c’est désormais l’ensemble des nations qui risquent de sombrer dans le chaos et d’être englouties dans la tempête financière qui continue de faire rage et de s’étendre.

Le refus de nos élites politiques d’agir de façon décisive contre la finance folle fait également augmenter le risque que les « Canons d’Août  » se fassent à nouveau entendre non seulement au Proche-Orient, [1] mais également en Asie.

Parce qu’une fois la mèche allumée la poudrière proche-orientale exploserait, et les « stratèges utopistes » associés aux oligarques de « la City  » étendraient le conflit à ceux qu’ils identifient comme étant une menace à leur hégémonie : les géants asiatiques.

Selon la logique des « Docteurs Folamour » à Londres et à Washington, la Russie et la Chine plieront les premiers devant un « nuclear chicken game  » ou devant toute autre démonstration de force nucléaire et négocieront des concessions importantes.

Mais voici qu’une importante faction de l’establishment britannique choisit la journée où les États-Unis célèbrent leur « Independence Day » pour lancer aux Américains une bouée de sauvetage !

Lyndon LaRouche, l’économiste américain à l’origine de la campagne internationale pour rétablir le Glass-Steagall Act de 1933, a répondu, dès le lendemain, de la façon suivante :

« Il semble bien qu’une importante faction en Angleterre ait soudainement choisi la journée du 4 juillet pour présenter une proposition d’urgence qui pourrait bien devenir une opération de sauvetage de dernier recours du monde transatlantique, actuellement au bord de l’abîme en raison de la pire crise économique de l’histoire de l’Europe moderne.

« Si cette tentative devait réussir, les mesures envisagées doivent être mises en œuvre immédiatement. J’estime qu’un changement de cap comme celui entamé hier peut-être le socle nécessaire permettant de protéger la planète de la plus grande menace de l’histoire moderne. Les mesures nécessaires doivent être appliquées immédiatement, mais suivant un mode et une séquence très précises.

« Il s’avère que les options disponibles dans ce moment tragique de notre histoire, ne sont pas en contradiction avec le lancement d’une véritable réforme de type Glass-Steagall, mais une telle tâche ne peut être entreprise par la grande majorité des responsables gouvernementaux et financiers au pouvoir aujourd’hui. La pensée dominante dans ces milieux et les institutions académiques qui leur sont associées ne peuvent que nous conduire à un désastre imminent et irréparable. Mes qualifications dans ce domaine sont uniques. Un système de valeurs entièrement nouveau doit être adopté : il faut suspendre la pratique du monétarisme, la remplacer par un système de valeurs physico-productives, et ceci très rapidement

« Les arguments avancés hier dans certaines sections de la presse britannique montrent qu’une issue est possible, et que certains cercles opérant depuis Londres et ailleurs sont suffisamment intelligents pour reconnaître la nature essentielle de la réforme qui doit être immédiatement mise en œuvre… »

Menacée de tout perdre, Londres se résout au Glass-Steagall Act

Face à la menace de tout perdre que lui font courir les éléments les plus irrationnels de la finance folle, ces puissants intérêts Londoniens ont décidé de liquider certaines banques de « la City  », et de rejeter les réformes monétaires comme celle proposée par la Commission Vickers en Angleterre, le «  ring fencing  », et la« règle de Volcker » aux États-Unis, toutes deux jugées insuffisantes.

Comme le rapportait le bimensuel Nouvelle Solidarité  : « Depuis le 4 juillet, les appels en faveur du Glass-Steagall de Roosevelt, venant de l’élite financière britannique se multiplient : c’est devenu la ligne de conduite du Financial Times, le plus important quotidien de la City de Londres ; de Lord Myners, ancien Secrétaire aux services financiers sous Gordon Brown, directeur au fonds d’investissement RIT Capital Partners de Lord Jacob Rothschild et éditeur des quotidiens The Guardian et The Observer ; et de Peter Hambro, un magnat de l’or et l’un des héritiers de la célèbre dynastie bancaire anglo-danoise Hambros Bank ! »

[Voir la liste complète dans Financial Watch ]

Si le passage d’une législation de type Glass- Steagall en venait à être votée par une majorité des pays du G8, cela arrêterait immédiatement les opérations de sauvetages bancaires pour les banques qui ont spéculé et perdu. Les banques dites « universelles » seraient scindées en deux et les gouvernements ne seraient tenus de protéger que les banques traditionnelles de dépôt et de crédit. Cela ne règlerait pas la crise économique, mais empêcherait que l’hyperinflation prenne son envol et jette nos populations dans le sang et la boue.

Pour régler la pire crise économique de l’histoire, il nous faut immédiatement faire suivre la politique du Glass-Steagall global, par deux autres mesures complémentaires :

Les trois mesures interdépendantes nécessaires pour assurer la survie et le développement du Canada :

Une loi « Glass-Steagall » : Aux États-Unis un projet de loi (H.R.1489- The Return to Prudent Banking Act) [2] a été introduit au Congrès par la Représentante Marcy Kaptur (D.OH). Notre mouvement associé aux États-Unis, le LaRouche Political Action Committee (LPAC), est présentement en pleine mobilisation nationale pour créer le soutien nécessaire qui permettra l’adoption de ce projet de loi effaçant de fait la bulle financière internationale.

Au Canada, le Parlement doit rejeter le modèle de banque universelle qu’il a autorisé par diverses législations entre 1986 et 1987 et revenir au principe des quatre piliers.

Les banques commerciales doivent être protégées par l’État tandis que les banques d’investissement doivent se charger elles-mêmes de mettre de l’ordre dans leurs bilans sans que les contribuables soient mis à contribution, ce qui veut dire, en pratique, que des milliers de milliards de créances et de titres toxiques devront être annulés, même si cela provoque l’insolvabilité des banques.

2) La deuxième mesure d’urgence est la création, soit d’une institution de crédit public semblable à celle qui a été utilisée par Roosevelt pour financer son New Deal, la Reconstruction Finance Corporation  [3] ou, mieux encore, la création d’une banque d’État, modelée sur la banque créé par Alexandre Hamilton, la First National Bank of the United States . [4]

3) Troisièmement, il nous faudra créer des millions d’emplois productifs en construisant, par le biais de nouvelles institutions nationales de crédit public, les composantes pancanadiennes du grand projet d’infrastructure à l’échelle continentale que représente l’Alliance Nord-américaine pour l’eau et l’énergie (NAWAPA). [5]

Un projet capable d’augmenter de façon quantitative et qualitative nos ressources hydrologiques et énergétiques. En appliquant les principes de l’économie physique, nous rejetons la logique de l’ALÉNA qui engendre inégalités et injustices, et adressons les besoins socio-économiques réels des citoyens Canadiens, Américains et Mexicains dans le respect de la souveraineté des trois pays.

L’Alliance Nord-américaine pour l’eau et l’énergie (NAWAPA) se définie comme un projet d’infrastructure d’envergure continentale capable de satisfaire les critères ci-hauts mentionnés. Le projet prend comme point de départ l’idée de capter une partie de la pluviométrie abondante de l’Alaska et du Yukon pour l’acheminer vers d’autres régions du Canada, des États-Unis et du Mexique souffrant de pénuries.

NAWAPA remplira sa promesse de fournir des millions d’emplois productifs pour toute une génération de jeunes adultes qui, pour une large part, ne sont pas qualifiés et se définissent eux-mêmes comme une « no future generation ». Ce sont pourtant ces jeunes générations montantes qui sont notre plus précieuse ressource — il nous faut tout mettre en œuvre pour que l’on puisse développer une génération de jeunes travailleurs qualifiés sans lesquels aucune économie ne pourrait survivre.

Avec la réalisation du projet NAWAPA, l’humanité prendra en main sa propre évolution et celui de son environnement au lieu d’être assujettie aux caprices de la nature et des conditions locales.

Construire NAWAPA ravivera un optimisme scientifique et technologique dans la nation, autant chez les jeunes que chez les moins jeunes. À travers ce grand chantier NAWAPA, le Canada deviendra un exemple vivant pour d’autres peuples et nations qui s’en inspireront pour réaliser leurs propres objectifs de développement. Un exemple dont l’humanité aujourd’hui en péril a terriblement besoin.