Editorials of / Editoriaux de Gilles Gervais
Energy of the Future / L’énergie du futur
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«  Sortir du nucléaire » : un faux débat !

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Qu’ il s’agisse de la mise en œuvre de la «  transition écologique  » (1) si cher au Président François Hollande et à la quasi-totalité des partis politiques en France, ou de la Chancelière Angela Merkel qui promet de donner suite à l’appel lancé en Allemagne pour la « décarbonisation  » (2) complète de la production énergétique, ou simplement le « sortir du nucléaire » de la première ministre Pauline Marois alors qu’elle annonce la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly II, tous ces politiciens, qu’ils en soient conscients ou non, se sont rendus complices, même indirectement, d’une oligarchie financière malthusienne qui a prise la décision d’accélérer, à la fois, la désindustrialisation des pays du secteur avancé et la dépopulation et le génocide dans les pays sous-développés.

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Lors de la fondation du World Wildlife Fund (3) en 1961, il s’agissait pour leurs altesses royales le Prince Philip d’Édimbourg et le Prince Bernhard des Pays-Bas, avec l’appui financier de l’élite anglo-saxonne du 1001 Club, de réduire la population mondiale non plus sous le nom de l’eugénisme comme dans les années 30, mais avec le nouveau paradigme de société postindustrielle et avec une version moderne des mouvements pour un retour à la nature.

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Aujourd’hui les dieux de l’Olympe financier, opérant depuis leurs antres au cœur de la City et à Wall Street, ne peuvent tolérer de nouveaux Prométhéens porte-feu comme les Marie Curie, Lise Meitner, Paul Langevin et Albert Einstein.

En fait l’oligarchie tente d’empêcher par tous les moyens que le plus grand nombre s’enthousiasme à propos de cette merveilleuse épopée que représente la découverte et la maîtrise de l’atome et qu’en honorant la mémoire vivante de ces pionniers une jeunesse se lève pour prendre le relais et assurer le futur.

Des hordes contre la science au service de l’empire

À Birmingham en 1791, des émeutiers saccagent et mettent le feu à la bibliothèque et au laboratoire du savant et collaborateur de Benjamin Franklin, Joseph Priestley, au grand soulagement du roi George III humilié par les « idées de 1776 ». Un autre associé de Franklin, le grand chimiste Antoine Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 sous la Terreur par les Jacobins influencés par les officines de Jeremy Bentham depuis l’Angleterre. En refusant d’accorder un délai d’exécution à Lavoisier afin qu’il puisse terminer une expérience scientifique, le magistrat du Tribunal s’exclame en prononçant la sentence : « La République n’a pas besoin de Savants, ni de Chimistes ...  »


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Les Luddites, les « briseurs de machines » du début du 19e siècle en Angleterre ont, à maintes reprises au cours du 20e siècle, servis de modèle pour la création de divers mouvements contre la science et la technologie financés par des fondations reliées à la City et à Wall Street. Aujourd’hui, si vous grattez sous le vernis des verts-écologistes radicaux vous retrouvez les chemises brunes des jeunesses hitlériennes et leur « mouvement de retour à la nature  ».

La notion d’énergie repose sur un concept scientifique, la densité du flux d’énergie (4). La source d’énergie qu’utilise une société ne doit en aucun cas reposer sur un choix personnel arbitraire ou même un « choix de société » dans le sens d’un consensus populaire, ou d’un vote majoritaire lors d’un référendum. Si telle est notre approche, nous nous dirigeons à coup sur vers un suicide collectif : une réduction massive de la population à 1 ou 2 milliards d’êtres humains, ce que le Prince Philip (5) considère comme l’idéal d’un équilibre planétaire !

La densité du flux d’énergie
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Quand est-il des investissements dans la recherche sur les énergies renouvelables et les subventions massives à la production de ces formes d’énergie ?

«  La réalité est que, du fait de la densité trop faible de flux de ces énergies à la source, leur capacité de produire est incomparablement moindre que celle du nucléaire et des hydrocarbures. Le fait que 1,86 grammes d’uranium suffisent pour produire la même quantité d’énergie que 23,5 tonnes de bois, 6,15 tonnes de charbon ou 30 barils de pétrole (soit 4760 litres), illustre ce principe de la plus grande densité.

«  Difficile d’imaginer ce que serait l’équivalent en solaire ou en éoliennes, tellement elles sont moins denses. La densité du solaire se mesure au degré d’ensoleillement le jour par m2. Dans nos contrées, elle se situe aux environs de 200 à 350 W/m2, c’est-à-dire deux ampoules de 100 watts. Comparez cela aux 750 watts d’électricité qu’il faut pour accomplir le même travail (faire tourner un moteur ou autre appareil) que fournirait un cheval de labeur !

« Il est donc clair que si transition écologique veut dire remplacer les énergies actuelles par des renouvelables (solaires, éoliennes, ...) ou par des énergies comme le gaz de schiste, la contraction du niveau de production d’énergie sera telle qu’elle aboutira à la mort de milliards d’individus et à un chaos innommable dans la société humaine. Il faut imaginer une chute comparable du niveau démographique actuel à celui du Moyen-âge !  » (6)

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La transmutation des déchets nucléaires

« Il ne se passe pas un seul jour sans voir « l’opinion publique » s’indigner du « scandale » des déchets nucléaires. Si l’on admet volontiers que l’énergie nucléaire civile possède quantité d’avantages, une bonne partie de la population mondiale reste convaincue que le « problème » des déchets hautement radioactifs est insoluble. Les solutions proposées jusqu’ici, notamment l’enfouissement des déchets, ne sont acceptables ni sur le plan technique (nombre de sites limité, stockage complexe, longue durée de vie, etc.), ni sur le plan moral (on lègue le problème aux générations futures).

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« Pourtant, cette situation pourrait très vite changer si l’Europe, et la Belgique en particulier, décident de lancer le projet très prometteur du réacteur de recherche Myrrha (Multi-purpose hybrid research reactor for high-tech applications) , conçu par le Centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK-CEN) de Mol, à une cinquantaine de kilomètres d’Anvers.

« Ce projet vise, entre autres, à démontrer la faisabilité technique, via la fission nucléaire, de la « transmutation » (terme emprunté aux alchimistes) des déchets radioactifs à longue durée de vie en déchets à durée de vie écourtée ou en atomes stables inoffensifs, voire en ressources nouvelles. « Myrrha est un projet qui dépasse les frontières de la Belgique. Il intéresse toute la communauté scientifique nucléaire nationale et internationale  », affirme Bertrand Barré, ancien directeur de la communication scientifique d’Areva.

« Rappelons que les découvertes de l’isotope et de la transmutation datent du début du XXe siècle. Les noyaux des atomes d’un même élément de la table de Mendeleïev peuvent avoir le même nombre de protons, mais un nombre différent de neutrons. On dit alors qu’ils sont des isotopes de l’élément en question. Il s’agit d’atomes identiques du point de vue de la chimie, mais différents du point de vue nucléaire. Par exemple, les carbone-12, carbone-13 et carbone-14 sont trois isotopes du carbone. Le 12 représente les six protons et six neutrons du noyau, le 13 représente six protons et sept neutrons et le 14 correspond à six protons et huit neutrons. Les six protons définissent ces trois entités comme étant des isotopes de carbone, et c’est leur nombre de neutrons qui les différencie.

« A la même époque on découvre que l’émission d’un rayonnement à partir de l’uranium s’accompagne de l’apparition de nouveaux éléments chimiques, notamment du thorium qui a sa place propre dans le tableau de Mendeleïev. Dans ce cas là on parle de transmutation.

« Avec le réacteur Myrrha, une première catégorie de déchets, importante, pourra être traitée : les actinides (terres rares) plutonium, neptunium, américium et curium. Si ces éléments sont irradiés par la réaction de fission, ils disparaissent et une palette de nouveaux produits de fission radioactifs à durée de vie plus courte (3 à 7 ans) apparaît. Cette transformation change entièrement la donne en ce qui concerne le stockage des déchets, car tant leur volume que la durée de leur toxicité sont totalement altérés.

« Mieux encore : en bombardant, par exemple avec des neutrons, deux radio-isotopes, le technétium 99 et l’iode 129, dont la demi-vie est respectivement de 200000 et de 16 millions d’années, le premier se transmute en technétium 100, dont la demi-vie n’est que de quelques secondes, et le second en gaz rare : le xénon, stable et très demandé ! Tel le roi Midas capable de transformer le plomb en or, Myrrha pourrait transmuter des déchets hautement radioactifs en matières plus faciles à gérer, voire en ressources précieuses pour l’homme et son développement.

« ...Autre avantage immédiat : la production de radio-isotopes dont on manque cruellement aujourd’hui pour traiter certains cancers et qui ne peuvent être produits dans les systèmes actuels. Rappelons que suite au non remplacement d’un certain nombre de réacteurs de recherche nucléaires, nous sommes confrontés à une pénurie aiguë de radio-isotopes à usage médical, produits à 80%, non pas par dame nature, mais par les réacteurs de recherche !

« On peut donc se demander avec étonnement pourquoi les écologistes, par ailleurs si fanatiques à exiger le tri sélectif des déchets ménagers, ne militent pas en faveur du recyclage des déchets radioactifs et du projet Myrrha ! » (7)

Le contrecoup culturel

Nous laisserons nos lecteurs sur une note d’optimisme avec ce passage tiré du très beau texte L’héritage d’Apollo, (8) écrit en 1974 par Krafft Ehricke, ce grand humaniste et ardent défenseur de l’exploration spatiale décédé en 1984 :

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« Il est ironique de constater que les photos de la Terre prises depuis une grande distance par les astronautes d’Apollo contribuèrent à ce changement. La vue de notre planète comme un joyau d’un bleu chatoyant sur le fond noir feutré de l’espace engendra non seulement une perspective plus éclairée et mieux informée de l’environnement terrestre, couplée à une préoccupation réfléchie concernant notre environnement et le parcours de l’humanité, mais cela fit également apparaître dans plusieurs esprits le spectre moins bien éclairé et néo-ptolémaïque d’un monde fermé au centre d’un néant apparemment hostile, entouré de mondes sans vie et inutiles.

« Ceci constitua un choc en soi. La nature humaine est le produit de ce qui apparût autrefois comme un environnement infini et indestructible. Pendant des milliers de siècles l’homme parcourait une terre sans fin. Les vents illimités, les mers rugissantes, les horizons toujours plus distants, les étoiles dans un ciel sans limite ont fait naître l’infinité dans la nature humaine et doté son esprit d’une volonté indomptable de se réaliser pleinement, de rêver, d’atteindre, de gagner et de laisser une marque sur le monde infini.

« La crise émotionnelle de notre temps découle dans une large mesure du fait que la Terre a cessé d’être ce type de monde. Notre planète est devenue petite, non seulement d’un point de vue astronomique mais également socio-économique et écologique, semblant paralyser l’homme dans une impasse avec ses rêves infinis. A ceux qui ne peuvent voir qu’une fin à la croissance, l’humanité se voit enfermée dans une minuscule réserve cosmique exigeant la soumission à ses contraintes, au moment même où elle semblait pouvoir y exercer un contrôle sans précédent. Pour un esprit pessimiste, désillusionné – et ne voyant qu’à court terme – le concept de « vaisseau Terre » formulé par Adlai Stevenson est devenu le point de fixation émotionnel de la résignation de non-croissance accompagnant la nouvelle vision tournée vers l’intérieur et le rejet du programme spatial comme un « gaspillage de moyens ».

« La cause sous-jacente générale de ces développements est que nous nous trouvons à un point critique dans l’interaction continue de la vie avec l’environnement. Le nouveau système de la vie humaine et le système vivant de la biosphère plus ancien ont commencé à se confronter à travers les demandes croissantes de l’homme en terme de nourriture, d’espace vital, d’énergie, de matières premières et de gestion des déchets. Ce développement récent a été le centre de l’attention et des accusations en termes des effets négatifs sur la société et l’environnement de la productivité industrielle. Dans son sillage, elle a suscité l’appréhension à l’égard du progrès technologique. Mais une prise de position antagoniste de l’environnementalisme à l’égard de l’industrie est contre-productive. L’humanité ne peut de toute évidence exister sans productivité industrielle, ni sans la biosphère ; et la biosphère ne pourrait subsister si l’humanité n’allégeait pas la charge de ses activités par le progrès technologique. Une humanité qui ne progresse pas dans sa maîtrise de la technologie et la qualité de sa productivité industrielle devient un fardeau insoutenable pour la biosphère. Une technologie et une industrie déclinantes, ou même stagnantes, ne sont pas une solution viable ni pour l’humanité ni pour la biosphère. »

Gilles Gervais (*)

(* l’auteur remercie Karel Vereycken pour les citations tirées de son excellent article Le Projet Myrrha : L’avenir de l’humanité passe par la transmutation des déchets nucléaires.)

Notes :

1- Christine Bierre : Notre révolution technologique contre leur transition écologique.
http://www.committeerepubliccanada.ca/article2232.html

2- Helga Zepp-LaRouche : Gleichschaltung* anti-nucléaire ? NON, merci !
http://www.committeerepubliccanada.ca/article532.html

3-WWF : La télévision publique allemande dénonce l’écologie oligarchique.
http://www.committeerepubliccanada.ca/article721.html

4-Benoit Chalifoux : Enquête sur la densité de flux d’énergie.
http://www.committeerepubliccanada.ca/article511.html

5-Karel Vereycken : Le Prince Philip, le WWF et la conspiration Bénédictine
http://www.committeerepubliccanada.ca/article386.html

6- Christine Bierre :
http://www.committeerepubliccanada.ca/article2232.html

7-Karel Vereycken : Le projet Myrrha : L’avenir de l’humanité passe par la transmutation des déchets nucléaires.
http://www.solidariteetprogres.org/Le-projet-MYRRHA-l-avenir-de-l-humanite-passe-par-la-transmutation-des_05909

8-Krafft Ehricke : L’héritage d’Apollo, discours prononcé en 1974, traduit par Benoit Chalifoux.
http://www.solidariteetprogres.org/Krafft-Ehricke-Il-n-y-a-pas-de-limite-a-la-creativite-humaine_08748#T3