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IDS : Trente Ans Plus Tard

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Depuis novembre 2011, le Comité pour la République du Canada a publié et mis en circulation six éditoriaux et de nombreux textes pour alerter la population du danger qu’un conflit thermonucléaire risque d’éclater à partir de l’effondrement du système financier de la zone transatlantique.

Lyndon LaRouche, le fondateur du mouvement politique international qui mobilise les gouvernements afin qu’une alternative économique à la guerre soit urgemment mise en place, a été fortement critiqué et traité de Cassandre pour avoir affirmé en 2012 qu’une guerre thermonucléaire aurait déjà probablement eu lieu sous Obama, n’eut été des efforts soutenus du général Martin Dempsey, chef d’état-major des forces armées américaines, pour éviter à tout prix un tel affrontement.

Fin novembre 2011 le président russe Dimitri Medvedev avertissait les États-Unis contre l’escalade nucléaire lors d’une allocution télévisée. À la même période, le chef d’état-major des forces armées russes, Nikolaï Makarov et autres haut-gradés russes y allaient également de leurs mises en garde fréquentes et cela était connu des spécialistes militaires occidentaux.

Eh bien voilà qu’une nouvelle étude, The New Era of Nuclear Weapons, Deterrence and Conflict , parue aux États-Unis dans le journal de stratégie de l’Armée de l’air américaine vient confirmer les avertissements de M. LaRouche que «  l’utilisation d’armes nucléaires lors d’un conflit futur a nettement augmenté. »

Les auteurs de l’étude, les professeurs Lieber et Welsch argumentent « que l’innovation technologique a accrue de façon dramatique la capacité des États de lancer des attaques dites de counterforce [première frappe incapacitante] c’est-à-dire des frappes visant à désarmer un adversaire en détruisant ses armes nucléaires ». La base de l’argument reposant sur : « des systèmes de lancement très précis, des nouvelles technologies de reconnaissance et la réduction des arsenaux par rapport aux niveaux de la guerre froide ont rendu des frappes incapacitantes conventionnelles et nucléaires contre les arsenaux beaucoup plus faisable que jamais  ».

Lyndon LaRouche et Edward Teller

Le 23 mars 1983 le président Ronald Reagan dans une adresse télévisée à la nation et au monde annonçait une « nouvelle doctrine stratégique capable de rendre désuet et impuissant l’arsenal nucléaire ». Dans ce message télévisé, le président avait formulé une offre de collaboration aux dirigeants soviétiques afin de construire ensemble les diverses composantes de ce système de défense aux lasers appelé Initiative de Défense Stratégique (IDS). Les influences majeures sur la décision du président Ronald Reagan d’adopter une nouvelle doctrine stratégique défensive furent Edward Teller et Lyndon LaRouche.

Trente Ans Plus Tard

Sergueï Ivanov, l’ancien ministre de la Défense russe et depuis décembre 2011 le directeur de l’administration du président de Russie, a déclaré le 5 mars, selon Komsomolskaya Pravda, que Moscou n’est pas prêt pour une nouvelle ronde de réduction des armes nucléaires et ne voit aucune chance d’arriver à une entente avec Washington concernant les plans américains de construire un bouclier antimissile en Europe. Il a précisé que le système prévu en Europe par les Américains « ne semble pas être en mesure de répondre à des menaces en provenance de Corée du Nord ou de l’Iran. Ceci affecte la stratégie nucléaire russe et compromet l’équilibre des forces. Dans ce cas Moscou ne peut se permettre une nouvelle ronde de réduction des effectifs nucléaires, puisque les armes nucléaires américaines sont actuellement plus nombreuses que les armes nucléaires russes. »

Pour sortir de cette impasse, Ivanov a renouvelé l’offre russe et appelé «  toute la communauté mondiale » à « construire ensemble un système de protection contre les menaces de l’espace, puisque aucun pays n’est en mesure sur une base individuelle de réaliser un tel objectif  » :

Aucun pays, ni même les États-Unis, ne peut résoudre ce problème à eux seul. Cela ne peut être fait que de manière collective. Et même dans ce cas, il n’est pas sûr qu’il y ait une solution technologique, aujourd’hui. Si nous parlons de gros astéroïdes pouvant être détectés par les télescopes et autres systèmes de surveillance, il faudrait alors qu’il ait un diamètre d’au moins 30 mètres. Et même si un astéroïde pouvait être intercepté, il n’y a aucun système ou technologie pouvant l’affecter. Pour ce qui concerne les plus petits, – il est impossible de les détecter. Mais si nous mettons nos moyens en commun, c’est un projet qui prendra des décennies. Et il coûtera probablement des milliards de dollars.

«  Un engin spatial en orbite doit non seulement regarder vers la Terre pour envoyer un signal d’alerte, mais également autour de lui pour détecter les dangers. Peut-être des superordinateurs seront-ils capables de le faire, de calculer l’orbite de l’astéroïde à une vitesse sans-précédent, et pendant qu’il s’approche de la Terre, déterminer où il se dirige. Et comment le détruire. Ou au moins le détourner de sa trajectoire. »

Chelyabinsk

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Edward Teller à Chelyabinsk en 1991, sa main sur la super-bombe soviétique de 75 mégatonnes.

En fait, c’est immédiatement après l’explosion de la météorite au- dessus de Chelyabinsk en Russie que le premier ministre-adjoint et ancien ambassadeur de Russie à l’OTAN Dimitri Rogozin avait annoncé qu’il soumettrait une proposition au premier ministre Dimitri Medvedev sur la manière de prévoir et prévenir les désastres en provenance de l’espace. Il a également réitéré sa proposition de 2011 pour une Initiative internationale visant à créer un système capable de prévenir ce type de menace. Rogozine a rappelé sur Twitter que « l’ essentiel de notre idée consiste à réunir les efforts intellectuels, technologiques et industriels des nations » comme la Russie, les États-Unis, le Canada, la Chine, les nations européennes et l’Inde en particulier.

Ironie du sort, c’est dans cette même ville de Chelyabinsk, qui avait été à l’époque soviétique une ville fermée (et secrète) dédiée au développement d’armes nucléaires, qu’en 1991 Edward Teller et sept autres américains [1] rencontrèrent 200 soviétiques pour explorer les façons que les savants nucléaires pourraient désormais travailler conjointement sur une stratégie pour la défense planétaire contre les astéroïdes.

Trente ans plus tard, Lyndon LaRouche, un des co-auteurs de l’Initiative de Défense Stratégique, invite les savants, diplomates, politiciens et citoyens concernés à une conférence internationale qui se tiendra le 23 mars à Washington. Le but immédiat de la conférence est de convaincre les représentants du Congrès à répondre favorablement à l’appel lancé le 12 mars par de nombreux participants à une session spéciale du Conseil de la Fédération Russe, la chambre haute du parlement russe, pour une collaboration internationale pour la défense de la Terre : identifier d’abord la menace outre-espace, tels les astéroïdes et les comètes, et par la suite construire et déployer conjointement les moyens technologiques de contrer cette menace.

Assurons-nous que ce nouveau projet ne soit pas sabordé, comme fut l’IDS à l’époque par des agents d’influence britannique tels que Kissinger et Andropov. La survie des nations requiert la mise en place immédiate d’un système Glass-Steagall global et un engagement ferme à procéder au développement de l’IDT. L’histoire jugera le président Obama et le premier ministre Harper sur ces deux perspectives désormais existentielles pour l’espèce humaine.


[1Louis D. Friedman : Vermin of the Sky- The Society’s Long History with Asteroids. Friedman était l’un des sept scientifiques américains qui accompagnèrent Edward Teller à Chelyabinsk en 1991. Il collabore aujourd’hui avec The Planetary Society.