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« L’empire américain » est un mythe

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« Commençons donc par abattre un préjugé : l’impérialisme n’est pas le fait des États-nations. Un empire n’est pas une nation qui en domine d’autres. Dans l’histoire, la dictature impériale a toujours tendu à dominer les peuples ou les États-nations en les utilisant au profit d’une caste oligarchique qui se considère comme des “dieux de l’Olympe”. Depuis le traité de Paris de février 1763, c’est l’empire britannique qui domine le monde, sous diverses formes : aujourd’hui la “mondialisation”. Tous les impérialismes qui se sont succédé depuis l’Antiquité ont le même modus operandi : diviser pour mieux régner, en orchestrant des guerres perpétuelles, piller les richesses existantes, réduire en esclavage explicite ou déguisé les hommes, en général en pratiquant une forme ou une autre de génocide.

« Cette oligarchie fonde son pouvoir sur le monétarisme : sa mainmise sur l’émission de l’argent comme valeur en soi et instrument de domination. Aujourd’hui, Londres et sa City, première place financière du monde, domine avec Wall Street la zone euro et la totalité du système monétaire international. » (1)

Vous vous objectez : « Il existe depuis 1947 », me dites-vous, « le très libéral ‘Commonwealth of Nations‘ (2) qui a succédé à l’empire britannique ! »

Vous insistez : « C’est pourtant bien les États-Unis qui lancent des guerres impériales (3) depuis bon nombres d’années, non ? »

La Genèse de la République Américaine : Nicolas de Cues, le Massachusetts Bay Colony et Benjamin Franklin

Après de longs débats, le Congrès de Philadelphie clôtura ses travaux le 17 septembre 1787 avec la rédaction finale de la Constitution des États-Unis d’Amérique. À sa sortie de la Convention Benjamin Franklin fut interpelé par des citoyens préoccupés :

« Docteur Franklin, qu’est-ce que vous nous avez donné ? »

L‘illustre savant octogénaire répondit :

« Une République, si vous pouvez la sauvegarder. »

Depuis cette période où Benjamin Franklin prononça cette phrase prémonitoire, il ne s’est pas écoulé une seule journée sans que la république américaine ne devienne la cible d’hostilités, parfois meurtrières, de la part de l’empire britannique !

Deux philosophies de l’homme, deux systèmes d’économie politique irréconciliables se sont opposés au niveau planétaire depuis 1787. Les véritables historiens, contrairement aux chroniqueurs, vous diront que ce conflit est millénaire et qu’il est possible de remonter dans le temps, minimalement, jusqu’à l’époque de Platon : Raphaël Sanzio, au XVIième siècle, illustre dans sa grande fresque l’École d’Athènes, ce conflit fondamental entre la vision de Platon d’une république et la vision oligarchique d’Aristote. Plus tard, le poète républicain Friedrich Schiller reprend ce thème dans son essai sur la législation de Lycurgue et de Solon.

Ce conflit millénaire entre républicains et oligarchies est désormais entré dans une phase existentielle. Les humanistes, qui au cours des siècles ont oeuvré afin qu’une communauté de principe d’État-nations souverains puisse prendre forme un jour, verront peut-être bientôt l’ « Utopie » se réaliser. Ce riche legs d’humanistes européens incluait, principalement, les réseaux de Nicolas de Cues, d’Érasme de Rotterdam, de Thomas More et de Gottfried W. Leibniz.

En fait, nous devrions dire que le véritable « père fondateur » de la république américaine fut le Cardinal Nicolas de Cues, celui qui jeta les bases de l’État-nation moderne dans son ouvrage intitulé Concordance Catholique et qui établit la science moderne avec son traité la Docte Ignorance.

À la fin du XVIIième siècle, les figures dominantes de la « Massachusetts Bay Colony », (4) Increase et Cotton Mather avaient déjà assimilé les principes d’économie politique de Jean Bodin en France, et de Thomas Gresham en Angleterre. Dès 1690, le « Massachusetts Bay Colony » « avait autorisé l’émission de “bills of credit”, la première monnaie-papier d’Amérique. » (5) Cette colonie avait donc établi, dès ses débuts, un système de crédit qui favorisait le développement de la science et des machines ce qui permettait une augmentation de la productivité, par capita et par kilomètre carré.

Au début du XVIIIième siècle, ces cercles Bostonnais envoyèrent le jeune Benjamin Franklin établir, à Philadelphie, des réseaux philosophiques et scientifiques voués à la cause républicaine. Benjamin Franklin, surnommé à juste titre « le Prométhée moderne », organisa l’appui international sans lequel la victoire militaire de 1781 des treize colonies américaines contre l’empire britannique eut été impossible.

La Déclaration d’Indépendance Américaine de 1776 a été inspirée par de nombreux textes républicains publiés en Europe au cours des siècles précédents. Ces textes ont trouvé leur consécration, onze ans plus tard, à Philadelphie lorsque fut rédigée la Constitution des États-Unis d’ Amérique qui établissait la première république moderne.

L’économiste et conseiller principal du Président Abraham Lincoln, Henry C. Carey, (6) fut le grand responsable de la diffusion à travers le monde des principes économiques du « système américain » fondé par le premier Secrétaire au Trésor des États- Unis Alexandre Hamilton.

Au Canada, le principal correspondant d’ Henry Carey et défenseur du « système américain » fut Isaac Buchanan (7).

Seulement huit grands Présidents américains

George Washington, James Monroe, John Quincy Adams, Abraham Lincoln, William McKinley, Franklin Roosevelt et, potentiellement, les Présidents assassinés James Garfield et John F. Kennedy : voilà la très courte liste de Présidents des États-Unis qui qualifie ce que devrait être un Président des États-Unis.

Pourquoi seulement huit Présidents sur quarante-quatre ?

Parce que chacun de ces grands Présidents exerçait un leadership alimenté par une connaissance relativement approfondie de ce que l’issue de ce combat entre l’empire britannique et la république américaine représentait pour le futur de l’humanité. À l’instar du Président Lincoln, et de son proche collaborateur Henry Carey, tous ces grands Présidents agissaient sur la politique internationale sachant que « le monde disposait de deux systèmes et que [...] L’un tend à accroître la nécessité du commerce ; l’autre à accroître le pouvoir de le maintenir. L’un vise à exploiter le travail des Hindous, et à abaisser le reste du monde à son niveau ; l’autre à élever au nôtre le niveau de vie des hommes à travers le monde. L’un vise la pauvreté, l’ignorance, la dépopulation, et le barbarisme ; l’autre à accroître la richesse, le confort, l’intelligence, la combinaison d’action, et la civilisation. L’un tend à la guerre universelle ; l’autre à la paix universelle. L’un est le système Anglais ; nous pouvons être fier d’appeler l’autre le système Américain, car c’est le seul jamais réalisé dont la tendance est l’élévation en même temps que l’égalisation de la condition de l’homme à travers le monde. Telle est la mission réelle du peuple des États-Unis. » (Henry Carey - L’Harmonie des Intérêts).

Les Présidents américains qui ont appliqué les préceptes du « système américain » ont empêché les réseaux financiers de Londres et de Wall Street de piller et ruiner leur nation. Pour plusieurs Présidents, cette guerre courageuse fut menée au prix même de leur vie. Les Présidents Buchanan, Lincoln, McKinley et Kennedy (8) furent assassinés par l’empire britannique pour avoir osé s’opposer à sa politique impériale.

Une erreur fatale en temps de guerre

La façon la plus rapide de perdre une guerre est de mal identifier l’ennemi et de mal choisir son terrain de bataille.

Au Canada, toute personne politiquement engagée qui persiste à parler d’ « empire américain » sera non seulement inefficace politiquement, mais contribuera à nous faire perdre la guerre qui a désormais pris un tournant critique.

La seule stratégie viable à ce point-ci consiste à appliquer un critère Glass-Steagall (9) à l’ensemble des banques du système monétaire international et d’initier à travers une « Alliance des Quatre Puissances » (la Russie, l’ Inde, la Chine et les États-Unis), (10) un système de crédit international de type hamiltonien, afin de mettre en faillite la City à Londres et Wall Street, et de relancer l’économie physique par une politique de grands projets d’infrastructures.

Le directeur du service des renseignements britanniques pendant plus d’un demi-siècle, l’historien Arnold Toynbee, avait fait une remarque choquante, à l’époque, pour les Canadiens-français, lorsqu’il avait affirmé que si jamais un conflit nucléaire mondial anéantissait la planète, il ne survivrait probablement que deux peuples : les Chinois et les Canadiens-français !

Toynbee connaissait intimement l’historique des coups bas de l’empire contre le peuple Chinois : que l’on songe aux guerres d’opium lancées par l’empire britannique contre la Chine au XIXième siècle. Toynbee était très au fait de la raison du voyage de Lord Bertrand Russell en Chine en 1920 et de son livre Le Problème de la Chine : comment inculquer aux Chinois, à la fois, l’idéologie britannique de libre-échange et, également, les amener à adopter des politiques marxistes-léninistes ! (11)

Quant aux Canadiens-français, Toynbee faisait allusion à la manipulation britannique du mouvement nationaliste de Lionel Groulx qui prônait un retour massif des citadins sur les terres agricoles : comment à partir d’une idéologie artificielle, un paysan madré peut-être amené à s’accomoder de peu de choses et apprendre ‘la survivance’ sur son petit lopin de terre !

Il est temps de rejeter le système impérial de libre-échange et, avec lui, sa politique de dépopulation et de génocide !

Reprenons le flambeau d’Isaac Buchanan, et bâtissons un avenir meilleur au Canada à travers le « système américain » d’Alexandre Hamilton, d’Henry Carey, et de Franklin Delano Roosevelt.

Aujourd’hui, avec le plan d’« Alliance des Quatre Puissances » de Lyndon LaRouche, l’occasion d’enterrer l’empire britannique n’a jamais été aussi proche de se réaliser.

Gilles Gervais
Fondateur du Comité pour la République du Canada
ecrivez@comiterepubliquecanada.ca

Notes :

1. Éric Sauzé : La France Face à L’Histoire — Le principe anti-oligarchique de l’exception française, dans « La Substantifique Mouelle », le dossier culturel de Nouvelle Solidarité No 7 du 9 avril 2010.

2. voir From Venice to British Imperialism Today : It’ s the British Empire, Stupid ! (qui est un résumé du EIR Special Report de 1997 The Coming Fall of the House of Windsor.)

3. Voir l’article 28 : La Guerre en Afghanistan : un piège britannique.

4. Voir l’article 153 la vidéo : The Two Massachusetts.

5. Voir l’article 143 de Benoit Chalifoux du 17 mai, 2008 : De l’indépendance des banques centrales.

6. Voir La Vraie Amérique Face Aux Mythes, la citation d’Henry Carey tiré de son ouvrage : L’Harmonie des Intérêts.

7. Voir (www.lymcanada.org) Isaac Buchanan : The American System in Canada.

8. Voir l’article d’Anton Chaitkin : Why the British Kill American Presidents.

9. Voir dans la section Les Écrits de Lyndon Larouche : Un ‘Glass-Steagall’ global.

10. Voir dans la section Glass Steagall et Crédit productif
A) Signer l’Appel : Mettre le Plan LaRouche sur la Table pour Sauver l’Économie Mondiale et
B) Le Plan LaRouche pour Sauver l’Économie Mondiale.

11. Voir dans Fidelio, Vol. 3 No. 3. Automne 1994, l’article de Michael Billington : The Taoist Perversion of Twentieth-Century Science. http: //www.schillerinstitute.org/fid_91-96/943_tao.html