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DE TOUT NOUVEAU PRESIDENT DES ETATS-UNIS QUI PENSE EFFECTIVEMENT
Ces fous qui cherchent à avoir un contrat même avec Dieu

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Par Lyndon H. LaRouche
7 mars 2004

1-un enseignement tiré de l’histoire

Il y a plus de mille ans, un accord abject fut conclu entre l’oligarchie financière vénitienne, les religieux de Cluny aux enseignements irrationnels, la chevalerie normande et Mathilde de Toscagne, la fondatrice de cette dynastie Welf (Guelph) qui allait dominer l’Europe. C’est cette « coalition des volontaires » médiévale qui est responsable des Croisades, de l’Inquisition et de tous les autres fléaux ultramontains du même type qui ont affligé l’humanité durant le moyen-âge européen. Cet accord malfaisant engendra alors ces atrocités qui, au bout du compte, menèrent fatidiquement au Nouvel Âge des ténèbres que connut l’Europe au 14ième siècle, où, en l’espace de deux générations, il est estimé que près de la moitié des communautés locales disparurent de la carte politique de l’Europe, et que périt près d’un tiers de la population. Une catastrophe du même type peut se produire à nouveau. En fait, bien qu’on puisse espérer que ce ne soit pas encore inévitable, c’est pourtant, en ce moment, au moins une possibilité hautement probable. Aujourd’hui, ce même type de fous arrogants, comme notre panoplie contemporaine de « fondamentalistes religieux de droite », ces fous qui placent leur foi dans l’interprétation inculte que font de la bible Mel Gibson ou d’autres fanatiques de droite, lesquels imaginent la Bible comme un contrat de ce type, risquent de provoquer une nouvelle catastrophe qui, implicitement, sera systémiquement mondiale.

Le Créateur de l’univers ne négocie pas de contrats avec ceux qu’on appelle les « fondamentalistes ». Jésus Christ a été judiciairement assassiné sur l’ordre de Ponce Pilate, procureur d’une Judée sous occupation romaine, qui travaillait pour le compte de Tibère, le satanique empereur romain. Sous la loi impériale de Rome, il était la seule personne en Judée habilitée à ordonner une crucifixion publique. Jésus ne s’est jamais donné pour mission de passer un contrat avec quelque peuple que ce soit, et certainement pas avec cette incarnation du mal qu’était l’Empire romain ou ses empereurs ; il s’est plutôt donné pour mission d’inspirer l’humanité dans son ensemble, à se racheter, à se libérer des illusions et des folies qui ont dominé l’esprit mesquin de l’homme de l’antiquité et celui de l’homme moderne, et ce, en particulier pour sauver nos enfants, notre postérité.

Les apôtres Pierre et Paul ont été judiciairement assassinés, en Italie, par l’autorité impériale romaine, de la même façon, et en raison de la même accusation portée par cette même autorité impériale romaine. Ce sont les Mel Gibson et leurs semblables qui, comme le personnage du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamasov de Dostoïevski, représentent la version synarchiste-martiniste contemporaine de la Rome impériale de l’antiquité ; qui salivent à l’image de la torture et du meurtre de Jésus Christ, assassiné par Rome en tant que « Roi des Juifs ». Ils salivent, comme Mel Gibson le fait, dans l’esprit du Grand Inquisiteur Torquemada, qui, comme un cannibale, savourait la torture et l’immolation monstrueuses des chrétiens, et d’autres victimes, dont il dirigeait le meurtre judiciaire.

Le Nouvel Âge des ténèbres du 14ième siècle que causa Venise en reprenant l’héritage des politiques et des pratiques de la Rome impériale, affaiblit aussi les intérêts financiers médiévaux de la coalition dominante qu’elle présidait. Venise et ses banquiers Lombards aux pratiques usurières, comme les Bardi de Florence, furent ainsi temporairement affaiblis, au point de rendre possible pour d’autres de lancer cette grande Renaissance du 15ième siècle, la Renaissance qui produisit la civilisation moderne en posant les fondements de la science moderne, en restituant les principes classiques de la raison, et en fondant l’état-nation moderne sur les principes constitutionnels qui furent plus tard incorporés dans la Déclaration d’indépendance américaine de 1776 et dans le préambule de notre Constitution fédérale.

Cependant, lorsque Venise, dans la seconde moitié du 15ième siècle, commença à recouvrer la plus grande partie de son ancienne puissance, grâce, entre autres, à son orchestration réussie de la chute de Constantinople, elle utilisa cette puissance pour tenter de détruire la civilisation européenne moderne grâce aux effets combinés de deux fléaux sataniques qu’elle déploya entre 1511 et 1648 : l’Inquisition, et une vague de guerres surtout religieuses. C’est seulement en 1648, après que l’Espagne esclavagiste des Habsbourg et d’autres nations, furent exsangues en raison de leur participation à ces folies malveillantes, qu’une Europe menée par le Cardinal Mazarin de France négocia ce grand traité de Westphalie dont ont dépendus depuis lors les principes centraux de toutes les formes civilisées de la civilisation européenne, et ce jusqu’à aujourd’hui.

Pour comprendre la menace qui pèse aujourd’hui sur les institutions américaines et le degré de corruption qui affecte l’opinion populaire de notre nation, il est urgent que nous considérions le sujet de ce présent rapport : apprendre les enseignements de ce 16ième siècle, où la marionnette de Venise, l’Espagne de l’Inquisition et des Habsbourg, a œuvré à faire retourner l’Europe en arrière, créant, pour la période de 1511 à 1648, ce que certains historiens modernes ont classifié, de façon appropriée, comme étant un petit « Nouveau Âge des ténèbres ». Pour atteindre cet objectif, considérons les cas d’une série de grands héros de ce 16ième siècle, notamment Érasme de Rotterdam, Sir Thomas More d’Angleterre, François Rabelais de France, Cervantès d’Espagne et ce grand étudiant de l’œuvre historique de Thomas More, Shakespeare d’Angleterre. La caractéristique la plus remarquable de l’œuvre qu’ont publié ces grands intellects de cette période, et qui est toujours efficiente aujourd’hui, est l’attention qu’ils portaient à la Folie et à ses fous.

Nous devons tirer les leçons, pour aujourd’hui, des effets qu’eut une telle folie sur l’histoire des civilisations passées.

Quand les fous se prennent pour Dieu aujourd’hui

Ne blâmez pas les fous de Virginie, bien que ces bonnes gens nous offrent des exemples cliniques fort pertinents de la folie généralisée de notre époque.

Considère, chère Virginie, cette variété dangereusement bizarre de populistes locaux à qui tu as donné asile, y compris le genre timbré qu’on trouve parmi les admirateurs de ces sadiques tortionnaires du Christ que sont l’acteur Mel Gibson et ses semblables. Ce sont là les pauvres hères qu’on trouve soit parmi les gnostiques pro-fascistes aux yeux hagards, qui se disent catholiques quoiqu’ils détestent souvent le pape ; ou soit parmi leurs plus proches confédérés, le genre « Nashville Agrarian », ces fous soi-disant protestants qui sont aussi férocement de droite.

Pour assumer mes responsabilités exemplaires en tant qu’historien et patriote sur ce trait de la vie courante virginienne, je dois présenter brièvement le contexte de l’attentat terroriste qui vient de frapper l’Espagne (l’attentat à la bombe commis contre un train à Madrid le 11 mars 2004 -ed.) .

Comme je l’ai décrit dans mon bref compte-rendu sur le point tournant que connaît l’histoire mondiale depuis 1763, le grand combat que mène notre république pour sa survie l’a placée dans un conflit perpétuellement récurent où nous avons dû agir de façon répétée pour contrer les méfaits orchestrés sur cette planète par ce nouvel empire romain, la Compagnie britannique des Indes orientales, qui était dirigée à l’origine par la personnalité la plus satanique de cette époque, Lord Shelburne. Ce qu’il faut souligner, dans le contexte immédiat de ce présent rapport au sujet de la folie, c’est la création toute nouvelle par les Britanniques d’une secte franc-maçonnique en France, connue à cette époque comme les Martinistes de Joseph de Maistre, cet admirateur satanique de l’Inquisiteur Torquemada. C’est ce réseau franc-maçonnique d’oligarques financiers et leurs hommes de main, connus plus tard en tant que l’Internationale synarchiste, qui lancèrent les tyrannies fascistes de 1922-1945 en Europe continentale.

A l’époque de ces tyrannies fascistes, le bureau berlinois du Parti Nazi avait utilisé son instrument espagnol, l’Espagne de Franco, pour établir un réseau synarchiste sous la direction des nazis parmi les admirateurs de l’Empereur Maximilien du Mexique, comme la faction Cristero dans ce pays, ainsi que parmi d’autres factions du même type en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Jusqu’en 1941, approximativement, le renseignement militaire américain et d’autres agences qui lui étaient associées avaient essentiellement extirpé ce réseau nazi au sud de la frontière américaine, et avaient percé à jour l’oligarchie financière derrière le consortium de la banque Worms, un allié des nazis en France durant la guerre. Cependant à l’époque de la mort du Président Roosevelt, la faction pro-synarchiste de droite à l’intérieur du commandement américain, telle que caractérisée par les frères Dulles et James Jesus Angleton, opéra un virage à droite radical en fonction d’une guerre qu’elle projetait contre l’Union soviétique. Le changement d’attitude dont fut l’objet Mgr Montini du Vatican, et qui se perpétua jusqu’à son élection en tant que pape Paul VI, est une réflexion de ce tournant pro-nazi dans les activités des Dulles, d’Angleton et d’autres qui a suivi presque instantanément la mort de Franklin Delano Roosevelt.

Pour atteindre cet objectif, ces cercles anglo-américains de droite adoptèrent et protégèrent un noyau dur de l’appareil de sécurité nazi qui incluait le mari de la nièce de Hjalmar Schacht, Otto “le balafré” Skorzeny. Ces nazis, centrés alors dans l’Espagne de Franco, furent transférés et réinstallés en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, de même qu’à l’intérieur de ce qui est devenu l’appareil de sécurité secret de l’OTAN. Il s’agit du réseau qui a orchestré les opérations de terrorisme et de trafic de drogue connues sous le nom de « stratégie de tension » ou de « Compass Plot » à travers l’Europe durant la période 1969-1980, et aussi, plus tard, à travers l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud.

Cette faction synarchiste de l’ancienne organisation nazie associée à Franco, a maintenant lancé une forme de terrorisme de type « stratégie de tension » contre l’Espagne sur le modèle de l’attentat de la gare de Bologne en 1980. Il existe des organisations dirigées par l’Internationale synarchiste qui sont ainsi prêtes à entrer en action en Italie, en France, en Espagne, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, des organisations bâties à partir des racines des services de sécurité nazi, et qui sont maintenant déployées en fonction de cibles multiples, mais en particulier contre les Amériques, y compris le territoire des États-Unis. Seul un amateur naïf ou un de ces fonctionnaires fous qui mentent simplement par habitude, paraissent croire que l’attentat terroriste en Espagne a été l’œuvre de l’ETA ou d’al-Qaeda [1].

L’orchestration de La Passion de Mel Gibson reflète l’association directe de Gibson et d’autres, avec ces réseaux synarchistes associés à l’Espagne qui sont présentement basés, d’une façon significative, dans le diocèse d’Arlington en Virginie. Ces restes encore opérationnels de l’organisation de sécurité nazie qui continuent de faire surface, ont été l’ennemi principal que j’ai adopté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qui m’a réciproquement choisi comme son principal opposant ; c’est un ennemi synarchiste, une relique du carnage fasciste de la période 1922-1945, qui a été principalement derrière la guerre menée contre moi ces trente dernières années à l’intérieur des régions polluées du Département de la Justice américaine, du Washington Post d’André Meyer, et de la faction Manatt-Fowler du Comité national du Parti démocrate, entre autres. Il existe un exemple, dans les annales de la Virginie contemporaine, d’une association étroite avec ces connexions nazies ou d’autres du même type, et c’est le cas du juge associé de la Cour suprême, Antonin Scalia, qui est depuis longtemps associé aux pires fous de ce genre, avec sa doctrine pro-satanique de l’interprétation littérale, et qui est depuis longtemps résident de cette poche du Dr Faust de Christopher Marlowe, laquelle ressemble aussi à la tabatière de M. Scratch du The Devil and Daniel Webster de Stephen Vincent Benet. Scalia doit déjà connaître la sombre destination que son âme a choisie en raison de son dogme de l’interprétation littérale implicitement pro-Confédérée. De tels fous, ou démons, qui interprètent la constitution fédérale américaine comme un contrat passé dans le dos du créateur par une conspiration de populistes, menacent de mener à sa ruine toute personne suffisamment naïve pour croire un seul mot de ce qu’ils s’entendent dire.

Il faut comprendre ceci. Les principes qui prédéterminent les conséquences de nos actions, sont universels. Ce sont les lois de l’univers, qui existent en tant que lois naturelles, que nous les choisissions ou non. Par conséquent, les humains ne peuvent pas négocier un contrat d’affaire avec Dieu. Ils doivent découvrir les lois qui composent l’univers dont nous faisons partie, et utiliser nos découvertes de ces lois comme des pouvoirs aux moyens desquelles nous améliorons l’univers selon l’intention incorporée dans ces lois qui ont fait l’objet de découvertes. Nulle autre créature vivante ne peut effectuer un tel acte intentionnel. Seule la capacité de découvrir un principe physique universel, et d’améliorer notre comportement selon ce que ce principe implique, comme Platon, Kepler, Leibniz et d’autres l’ont fait, rend l’humanité capable, si elle veut le faire, de jouer le rôle assigné aussi bien à l’homme qu’à la femme dans le premier chapitre de la Genèse. Petit mortel, tu ne peux pas marchander avec le créateur de l’univers ; tu peux, au mieux, trouver ta place dans cet univers, comme Platon l’a montré, en découvrant et en maîtrisant les lois qui y sont déjà incorporées, comme Kepler et Leibniz l’ont fait.

Tu es le pire des fous, si tu t’imagines que l’interprétation soi-disant littérale d’une partie du texte de ce que tu considères un quelconque contrat écrit, communiquera magiquement, comme l’a allégué le juge associé de la Cour suprême des États-Unis, Antonin Scalia, l’intention du créateur dans ta vie. La connaissance de principes universels ne s’apprend pas dans le type d’école que fréquente typiquement le populiste américain aujourd’hui. Tels sont pourtant les fous qui tentent de pénétrer dans un paradis sans frais, en forçant leurs pauvres enfants à mémoriser des réponses insignifiantes, portant sur des sujets isolés, qui leur seront nécessaires pour passer un test à choix multiples, évalué par ordinateur et conçu par Diebold : tout cela en raison du décret d’un homme que les fous surnomment, de façon hilarante « le Président de l’éducation », George W. Bush, Jr.

Cependant, lorsque nous découvrons une loi de l’univers, comme le montre le Théorème fondamental de l’Algèbre de Carl Gauss - une attaque contre les populistes écrite en 1799 que j’ai utilisée comme exemple avec des étudiants d’âge universitaire- nous augmentons notre pouvoir sur l’univers ; nous sommes désormais capables de choisir volontairement d’invoquer ce principe, et nous gagnons ainsi un degré de contrôle sur nos vies qui nous manquerait autrement.

La Déclaration d’Indépendance des États Unis de 1776 et le préambule de notre Constitution fédérale de 1787-1789 sont des expressions de ce genre de principes de l’univers découverts par les êtres humains. Ces deux piliers constitutionnels de notre république fédérale contiennent 4 principes universels de ce type qui ont fait l’objet de découverte et qui sont intégrés en un nouveau tout qui les surpasse. Ces 4 phases de lois naturelles universelles sont :

1-Le droit à la poursuite du bonheur, telle que définie par Gottfried Leibniz dans, entre autres, sa réfutation de John Locke, Les Nouveaux essais sur l’entendement humain. Ce texte de Leibniz, qui a éduqué les cercles du plus important scientifique de notre jeune nation, Benjamin Franklin, est la fondation de l’existence de notre nation, un principe de loi naturelle qui rejetait le principe soutenu par Locke et les états confédérés des États-Unis et qu’on appelle aujourd’hui “valeur pour les actionnaires”.

2-La souveraineté nationale du peuple, à travers son gouvernement, sur lui-même et sur son territoire.

3-La promotion de l’intérêt général (par exemple, le bien commun, l’ « agapé » du Socrate de Platon et de l’apôtre Paul dans la première épître aux Corinthiens section 13), obligation qui doit être remplie pour qu’un gouvernement soit défini comme légitime.

4-L’avancement de la postérité, sans lequel un peuple n’agit pas en conformité avec les lois de l’univers.

Le reste de notre constitution, et sa loi, doit être interprété dans la pratique comme un engagement envers l’intention d’atteindre ces quatre standards obtenus grâce à la découverte par l’être humain de lois naturelles universelles. Ainsi tout ce qui peut être admis comme loi se situe à l’intérieur des limites de ces exigences constitutionnelles qui sont exposées dans la Déclaration d’Indépendance de 1776 et dans le préambule de la Constitution fédérale de 1787-1789. A ce jour, aucune autre nation n’a une constitution qui soit explicitement délimitée par des principes vivants de lois naturelles comme ces 4 principes essentiels.

Pourquoi alors notre république a-t-elle abandonné ces principes éprouvés dont dépend tout ce que nous avons fait de grand ? Pourquoi nos compatriotes ont-ils été fous au point d’échanger ce noble héritage pour le proverbial plat de lentilles par lequel leur nation et eux-mêmes ont été menés à la ruine, en particulier ces 40 dernières années : c’est-à-dire depuis le début de la transformation de notre nation, de société agro-industrielle la plus productive au monde, au présent état de décadence qu’a atteint notre société romanesque, détruite et ruinée, avec son économie post-industrielle et sa culture de « du pain et des jeux » ? Pour connaître la réponse à ce type de questions, regardez, d’abord, l’esprit des grands penseurs de ces époques passées, alors que les habitudes de la population avaient mené une fois de plus des sociétés puissantes, comme la Florence du milieu du 14ième siècle, à la faillite et aux épidémies, durant le carnage de la peste noire du 14ième siècle pendant laquelle Boccaccio composa son fameux Decameron. Puis tournez-vous vers une époque postérieure, l’époque d’Érasme, More, Rabelais, Cervantès et Shakespeare et de cette grande folie de la période 1511-1648, dont la civilisation fut rescapée par le traité de Westphalie de 1648, lequel posa aussi les fondements de ce qui est devenue cette création unique qu’était la république des États-Unis sous l’impulsion de Benjamin Franklin. De ces enseignements, extrayez la notion des principes qui doivent nous mener en lieu sûr, loin de la folie politique qui s’est emparée de notre nation.

2- Au sujet de la folie

Dans les œuvres d’Érasme, More, Rabelais, Cervantès et Shakespeare, le mot “folie” a un sens profondément ironique et ambiguë. Dans l’usage qu’ils en font, il réfère à une époque où la démence s’est emparée d’une nation et de ses membres, une période de folie, comme celle que vivent les Etats-Unis ces dernières décennies, où la folle opinion populaire de ce temps est incitée à considérer comme fous ses sages contemporains plutôt qu’elle-même.

Prenons le cas du meurtre judiciaire de Sir Thomas More par Henri VIII d’Angleterre, un roi follement obsédé par les femmes. Le Méphistophélès que Kit Marlowe mettra en scène dans son Docteur Faust, se présenta dans la vie réelle comme un diable dans l’habit d’un moine ; en tant que le maître espion vénitien Francesco Zorzi, un moine dont le rang dans la hiérarchie vénitienne approchait celui de Satan lui-même, et un ennemi acharné de l’œuvre du grand cardinal Nicolas de Cuse. Par ses intrigues, ce Zorzi devint le conseiller matrimonial de ce débauché d’Henri, un monarque mené à un royal état de rage masturbatoire par Anne Boleyn, la courtisane offerte mais élusive.

Sous le père d’Henri, le grand Richmond qui détrôna le monstrueux Richard III, l’Angleterre s’était engagée dans la voie du modèle établi par la France de Louis XI, devenant ainsi le second état-nation au monde à prendre la forme de commonwealth moderne, et faisant ainsi merveilleusement progresser l’Angleterre alors que, sous ce roi, l’intérêt général, l’économie et la puissance du pays s’améliorèrent grandement. Ces deux pays, la France et l’Angleterre au siècle de Nicolas de Cuse, comptaient parmi les principaux exemples de l’œuvre de cette Renaissance du 15ième siècle qui éleva toute la civilisation européenne, de la Russie jusqu’aux lointaines frontières d’une Espagne qui, sous l’empire de l’Inquisition, perpétra des actes malfaisants qui laissaient déjà présager la cruauté satanique d’Hitler envers les juifs. Cette Renaissance fit émerger ces parties de l’Europe du cauchemar qu’avait été le Nouvel Âge des ténèbres du 14ième siècle.

Comme l’oeuvre de Shakespeare reflète ce fait jusqu’à aujourd’hui, l’Angleterre, sous l’influence de Richmond et Thomas More, introduisit dans le commonwealth anglais les richesses culturelles héritées de la Grèce classique qui avaient été ressuscitées et rétablies par la grande Renaissance dont le centre était en Italie. Les améliorations apportées à la langue anglaise qui furent empruntées de l’enseignement de l’oeuvre italienne de Dante Alighieri, comme on peut observer ce processus chez Shakespeare, servirent de modèle aux grandes réformes qui transformèrent des dialectes grossiers en des langues modernes propres à communiquer des conceptions classiques en science, en art, ainsi que dans l’art de gouverner, comme dans les cas de l’Allemagne de Leibniz et celle de Kästner (1719-1800), et ce jusqu’à aujourd’hui.

Malheureusement, l’alliance de l’Europe moderne contre la malfaisance médiévale de l’oligarchie financière vénitienne fut victime d’un acte de haute trahison et la ligue de Cambrai fut dissoute. Ainsi, à partir de 1511, Venise déploya la tyrannie espagnole, minée par l’Inquisition, comme son instrument principal pour inciter chacun des anciens alliés de la ligue de Cambrai à s’entredéchirer.

A cette fin, Venise travailla, par subversion et d’autres moyens du même type, à rompre l’élan vers l’unité fraternelle de la Chrétienté qui avait été un des fruits du grand Concile de Florence de 1439. La première cible de son complice, la tyrannie espagnole, fut la France. La seconde fut l’Allemagne (et, en conséquence, les Pays-Bas). L’Angleterre fut ensuite ciblée par l’Espagne, qui avait été son alliée en vertu d’un pacte scellé par un mariage royal. C’est ici qu’entre en scène, sous les traits de Zorzi, le conseiller matrimonial d’Henri VIII, le véritable Méphistophélès que Marlowe mettra en scène dans sa tragédie. Le rôle de Zorzi dans le meurtre judiciaire du martyr Sir Thomas More, de connivence avec deux agents vénitiens, le prétendant Plantagenet au trône, le Cardinal Pole, et le méprisable Thomas Cromwell, fut une partie importante du changement d’orientation de l’Europe à partir d’approximativement 1511, où commença le règne prolongée de guerres particulièrement abominables, les guerres de religion, qui persistèrent jusqu’au traité de Westphalie en 1648.

Une lettre de Boccaccio

Imaginez le petit « Nouvel Âge des ténèbres » de 1511-1648 comme un lieu où résonnent l’écho des fantômes de la vie Florentine de l’époque de Boccaccio.

Dans l’Europe moderne, on peut faire principalement remonter la notion classique de folie en tant que principe de communication ironique, à l’œuvre et à l’influence de Dante Alighieri (1265-1321), ainsi que, à un moindre degré, celles de Pétrarque (1304-1374). Les compositions de Giovanni Boccaccio (1313-1375) associées à la Florence du Nouvel Âge des ténèbres, sont un reflet de la tradition influente de Dante et Pétrarque, dont la résurgence a joué un rôle important dans la création subséquente de la Renaissance du 15ième siècle. Imaginez que vous êtes en 1350 après J.C. sur une colline qui surplombe l’Arno ainsi que, un peu plus loin, la cité de Florence. Boccaccio, devenu à cette époque un maître des principes de l’ironie classique qu’il a appris des œuvres de Dante et Pétrarque, se présente, en tant qu’auteur du Decameron, comme regardant Florence de l’autre côté du fleuve, là où la peste noire terrasse alors les résidents, qu’ils soient nobles ou roturiers.

A cette époque où la peste noire faisait des hécatombes aussi bien parmi les plus riches que parmi les pauvres de la cité, Boccaccio a dépeint à la fois un écho du passé dégénéré, le châtiment qui en découle dans le présent, et, implicitement, un futur pour cette cité qui en serait ironiquement l’opposé. Le côté sordide, le désastre, ainsi que, aussi, l’esprit d’optimisme qui imprègne implicitement l’ensemble des contes en tant que prescience, sont tous exprimés dans une composition qui se présente comme ayant été écrite en quelques jours.

Puis, l’illustre Florence, qui avait été un centre du pouvoir jusqu’au moment de la célèbre faillite de l’organisation bancaire lombarde des Bardi, dont le déclin brutal marqua l’arrivée en force du Nouvel Âge des ténèbres, devint un demi siècle plus tard, comme à la suite d’une seconde naissance, la véritable capitale de la Renaissance du 15ième siècle. Ainsi Boccaccio et son Decameron apparaissent à une époque, qui correspond au coeur d’un Nouvel Âge des ténèbres, à mi-chemin entre la mort du grand Dante et le début de cette Renaissance de Florence où des chapitres de la Commedia de Dante seront utilisés pour enseigner à chaque semaine aux Florentins du 15ième siècle un niveau de langue raffiné sur les places publiques de cette ville où régnait la beauté du Bel Canto. Parmi cette population, le cycle de l’enfer, du purgatoire et du paradis des cent années précédentes, était compris du point de vue de la nouvelle Renaissance où l’achèvement du dôme de la cathédrale de Florence par Filippo Brunelleschi et la réunion à cet endroit du grand concile œcuménique de 1439, marquaient l’émergence tardive de la civilisation européenne moderne des précédents cauchemars, en apparence cycliques, qui avaient marqué l’histoire de l’antiquité et du moyen-âge.

Puis, alors qu’approchait le seizième siècle, les temps funestes revinrent, alors que la Renaissance fut trahie et livrée aux malveillances du pouvoir maritime impérial de l’oligarchie financière vénitienne et à ses pratiques usuraires prédatrices. Les sombres décennies qui suivirent 1511, constituent le contexte de la collaboration entre Thomas More et Érasme et de la résurrection subséquente par Rabelais, Cervantès, Marlowe et Shakespeare de l’art de la Commedia de Dante, et des œuvres de Pétrarque et Boccaccio, qui avait été développé durant une époque cauchemardesque similaire. Les œuvres de ces écrivains, bien qu’écrites dans cette nouvelle époque agitée, étaient façonnées par l’esprit d’époques plus heureuses de l’histoire de l’humanité : elles annonçaient le retour prochain de la civilisation européenne à l’optimisme de ces périodes de l’histoire passée où s’était produite une convergence de développements qui engendre, comme le poète Shelley l’écrira plus tard, dans son essai « En défense de la poésie », des moments « où existe une augmentation du pouvoir de communiquer et de recevoir des conceptions profondes et passionnées à propos de l’homme et de la nature ».

Ces grands intellects qui vécurent durant la folie de l’Europe de 1511 à 1648, devinrent les meneurs typiques du combat pour faire renaître la civilisation, des meneurs dont les œuvres contribuèrent beaucoup à ce qui allait se révéler indispensable à la revitalisation répétée de la civilisation européenne moderne dans les siècles subséquents.

Ce qui caractérise principalement l’œuvre de tous ces grands humanistes chrétiens, c’est le rôle que joue un sens omniprésent de l’immortalité personnelle de l’individu humain. Un individu peut vivre dans les conditions les plus adverses, s’il peut s’élever au dessus des périls d’une mortalité animale, pour fournir une connexion active entre les meilleures aspirations de l’époque qui a précédé sa naissance et le futur qui existera pour le reste de l’humanité après sa fin mortelle. Pour les fous qui contemplent de tels esprits artistiques, c’est le poète qui apparaît fou ; mais en réalité, ce sont ses critiques qui sont les fous, eux dont la soumission inutile à l’opportunisme crasse de leur époque fera verser des larmes à leur âme comme dans l’enfer ou le purgatoire de la Commedia de Dante, lorsque la futilité de leurs intentions sera enterrée avec eux.

La fonction essentielle de l’artiste classique, comme on peut le voir par les dialogues de Platon, ou par les enseignements de Jésus Christ et des apôtres de l’époque de Pierre, Jean et Paul, et plus tard par ceux d’Augustin, est de communiquer à ceux qui peuvent le comprendre, une notion de l’étendue de ce qui est quelque fois représenté faussement comme les cycles oscillatoires de l’histoire. Ce dévouement qui gouverne le comportement est l’essence du caractère personnel et de l’œuvre des véritables hommes d’état de toutes les époques connues, comme cela a été le cas pour moi, et comme cela l’est toujours.

Par conséquent, c’est bel et bien de la folie de se contenter de commenter ou, pire, d’interpréter, les grandes oeuvres classiques comme celles de Dante et Pétrarque, ou celles des grands esprits modernes d’époques agitées comme Érasme, More, Rabelais, Cervantès, Marlowe et Shakespeare. Ou, dans la même veine, les œuvres de Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Mendelssohn, Schumann, et Brahms. L’art et la science ne sont pas des vêtements maniérés, faits pour être portés par des singes ; Il s’agit de simples uniformes indiquant un rang, et qui rend le rang lui-même ridicule, si l’utilisateur ne possède pas les distinctions essentielles qui caractérisent adéquatement un esprit humain. Autrement, la soi-disant érudition acquise prouve n’être qu’un charabia prétentieux. Comme Jonathan Swift le dit de diverses façons : aux funérailles de grammairiens, les pédants pratiquent l’art de dire de nombreuses phrases plus ou moins érudites, à propos de nombreuses choses, des commentaires par exemple, à propos de choses auxquelles ils ne connaissent essentiellement rien. Ils disent moins que rien, mais ils le disent grammaticalement- comme certains dirigeants mis en scène dans Les Voyages de Gulliver de Swift.

Le Principe d’ironie

Comme je l’ai déjà indiqué ailleurs, près de 6 décennies se sont écoulées depuis mon étude critique du Seven Types of Ambiguity de William Empson, et d’autres livres d’intérêt sur le même sujet. Je proposais alors, comme je le fais encore, que le sens de toute déclaration conceptuellement significative doit être assigné, principalement, à deux aspects de cette déclaration qui ne sont pas explicitement inclus dans cette déclaration même. Le premier exprime le principe de spécificité historique ; le second, le contexte fonctionnel immédiat à l’intérieur duquel l’argument implicite est posé. Toute communication significativement compétente et intelligente, et qui évite les sophismes, dépend d’une maîtrise plus ou moins adéquate de ces principes dans la pratique. S’écarter des exigences implicites très strictes de ces deux considérations contextuelles est une imposture, un sophisme dans la tradition de l’école des Éléates dont le caractère frauduleux fut démasqué par Platon dans son dialogue Parménide.

La façon la plus simple de communiquer une importante notion de principe, comme les principes de spécificité historique et de contexte, est d’utiliser un paradoxe ontologique pertinent. Il doit être ontologique par sa forme et par sa conception (c’est-à-dire qu’il doit être physique, plutôt qu’arithmétique au sens où l’entend ce charlatan de Bertrand Russell) ; autrement la discussion dérive vers le mode de sophisme académique que nous voyons généralement aujourd’hui. Par ontologique, je fais référence aux implications ontologiques de la réfutation dévastatrice que fit Carl Gauss en 1799 des sophismes d’Euler, Lagrange et d’autres avec son Théorème Fondamental de l’Algèbre. Je fais référence à la notion de puissance telle qu’utilisée par Platon et Leibniz, et par la formulation du théorème fondamental de Gauss, en opposition à la folie exprimée par la supercherie sophiste de la notion d’énergie d’Aristote. J’explique l’importance de cette distinction. La notion de spécificité historique, définie d’un point de vue physique, est caractérisée par cette même distinction absolue entre l’homme et la bête qui est implicitement au cœur de la méthode utilisée par Gauss pour démasquer les impostures de Euler, Lagrange et d’autres auxquels nous avons déjà fait référence ici. Si l’humanité était un membre de l’espèce animale, notre potentiel de densité démographique n’aurait jamais dépassé celui des grands singes, et ce, dans les conditions climatiques qu’on estime être celles des deux derniers millions d’années. Le maximum serait de quelques millions d’individus vivants. Or aujourd’hui, la population mondiale est estimée à plus de 6 milliards d’êtres humains.

Cette qualité spécifique qui consiste à augmenter la puissance d’accroître le potentiel de densité démographique relatif, est unique à l’espèce humaine ; c’est une qualité de changement qui n’appartient qu’à Dieu et à l’être humain. La notion pertinente de ce pouvoir qui nous caractérise de façon unique est la notion de puissance adoptée par les Pythagoriciens et par Platon ; c’est la notion de puissance physique exprimée dans la réfutation que fit Gauss de Euler, Lagrange et d’autres sur la question du Théorème Fondamental de l’Algèbre.

Cette puissance est exprimée comme la puissance d’une hypothèse platonicienne expérimentalement vérifiable, comme la découverte de tout type fondamental de principe physique universel. C’est le fait de reproduire la création d’une de ces hypothèses expérimentalement vérifiables, en tant que mode de transmission d’une telle puissance, d’un esprit à l’autre, qui est le trait qui caractérise de façon déterminante le comportement mental distinctif d’un spécimen sain de l’espèce humaine.

La source essentielle de l’augmentation du potentiel de densité démographique relatif de l’espèce humaine, est la transmission de ce genre de principes découverts non seulement d’un esprit humain à l’autre, mais à travers une succession de générations. L’augmentation ainsi obtenue, aussi bien par la découverte que par son application appropriée, exprime la nature de tous ces principes physiques universels et pertinents en tant que principes de changements en soi. En d’autres mots, un changement de cette qualité n’est pas une question d’une connexion entre deux états successifs ; c’est le générateur d’une telle série d’états.

D’où la différence fondamentale entre le calcul d’Euler, Lagrange, Cauchy et d’autres, et le calcul axiomatiquement et ontologiquement infinitésimal qu’avait requis Kepler, et qui fut développé, principalement, par étapes successives, par Leibniz et Bernhard Riemann. (par exemple, le principe physique universel de moindre action de Leibniz-Bernouilli)

Physique et Art

Comme je l’ai déjà souligné (et d’autres avec moi) dans divers textes où la chose était pertinente, le concept de l’ironie artistique classique est une expression des principes qu’ont en commun l’univers physique et l’esprit humain, lesquels sont à la base de tous les accomplissements durables de la science physique moderne. Ce sont là les principes que défendait Gauss contre Euler, Lagrange et d’autres en 1799. Il est important de reformuler ici brièvement l’argument qui s’y rapporte.

Les perceptions sensorielles sont des ombres de l’impact que causent les actions de l’univers réel sur notre appareil sensoriel biologique, un arrangement fragile de sensations particulières qui sont aisément détruites, et qui, en tant qu’ensemble, meurt avec nous. Ces ombres, que nous associons avec ce que les matérialistes (les empiristes par exemple) appellent la « certitude sensorielle », reflètent l’univers réel, comme des ombres le font, mais sans nous montrer directement cet univers que les ombres reflètent quelquefois. Par conséquent, la vérité ne nous est pas montrée sous la forme de perceptions sensorielles, mais seulement à travers la capacité de l’esprit humain individuel de faire l’hypothèse de certains principes physiques universels qui sont expérimentalement vérifiables et qui sont reflétés, en tant que connaissance, à travers des anomalies qui révèlent la qualité ontologique essentielle de la fausseté de la perception sensorielle comme telle. La découverte initiale que fit Kepler d’un principe de gravitation universelle à partir de l’évaluation d’une anomalie qui avait été observée dans l’orbite de Mars, est un exemple classique de cet arrangement.

Par conséquent, on ne connaît directement le véritable univers qu’à travers des principes physiques universels expérimentalement vérifiables que nous ne pouvons percevoir, directement, avec nos sens, mais seulement par cette faculté que les dialogues de Platon associent au principe d’hypothèse. C’est pourquoi en physique mathématique moderne, depuis les découvertes successives de Leibniz, Gauss et Riemann, principalement, la relation fonctionnelle entre perception sensorielle et réalité, est représentée en utilisant la forme du domaine complexe. Dans ce dernier arrangement, le principe physique qu’on ne voit pas est traité comme agissant de façon continue sur les ombres perceptibles de la perception sensorielle. Par conséquent, l’efficience des principes exprimés par le domaine complexe, n’est pas un facteur “imaginaire”, mais plutôt la réalité pour laquelle ce qui est perçu par les sens est simplement l’ombre de ce qui n’est pas visible.

Telle est la forme d’expression la plus simple du principe d’ironie, tel qu’il se trouve en physique mathématique moderne. Néanmoins, les mathématiques ne sont qu’un aspect spécial du langage : dans toutes les utilisations du langage où il s’agit de faire référence aux types de questions dont traite la physique mathématique de Leibniz, Gauss, et Riemann, le même principe d’ironie représenté par le domaine complexe se trouve reporté dans le discours ordinaire sur ces mêmes sujets. Le discours littéral est, au mieux, la simple ombre de la véritable idée réelle.

Par exemple, dans la science de l’économie physique de Leibniz, telle qu’elle existe aujourd’hui avec les nouvelles dimensions que je lui ai adjoint, le dispositif requis pour tester, correctement, si l’hypothèse d’un nouveau principe physique universel est valide ou non, doit nécessairement contenir dans sa conception un trait fonctionnel qui correspond à ce principe d’une façon unique, similaire à une ombre. C’est pourquoi un tel test se nomme une expérience unique. Cet aspect du dispositif pour le test indique la voie par laquelle le principe prouvé peut être appliqué pour générer une panoplie de technologies, comme les technologies qui sont reflétées dans la conception de machines-outils ou d’instruments comparables.

Ces principes validés par l’expérience, qui proviennent de ces pouvoirs supérieurs qui caractérisent l’esprit humain et qui sont invisibles à la perception sensorielle en tant que telle, sont ainsi traduits sous la forme d’un produit que nous appelons la “technologie”, laquelle est dérivée d’une découverte validée d’un principe physique fondamental. Cette application de la technologie exprime une puissance découverte au sens où Platon utilise le terme « puissance » (dynamis). L’application de cette puissance est la seule source de marge de gain dans le rendement physique qui correspond à un réel profit plutôt qu’à un « profit » fictif qui ne serait que comptable.

Si le langage était simplement considéré comme un agencement de mots prononcés selon un quelconque ensemble de règles scolaires, alors le langage serait absolument incapable de reconnaître l’existence d’un principe physique universel expérimentalement prouvé, ou bien encore la connexion causale entre ce principe et le gain manifeste en productivité qui a été visiblement généré à l’aide du progrès technologique. Cependant l’esprit de scientifiques et d’autres personnes du même type, lorsqu’il est correctement éduqué, doit traiter principalement de ce genre de concepts que le discours littéral ne peut reconnaître. D’où les cas de haine fréquente et brutale de l’homme soi-disant pratique mais ignorant, vis-à-vis d’une réelle pratique de la science, parce que c’est quelque chose qu’il regarde, craint et déteste comme n’étant que de la théorie. D’où l’appel qu’a la cause luddite parmi les travailleurs misérablement ignorants, quelquefois connus sous le nom « d’écologistes » ou même de « partisans de la croissance-zéro ».

D’où l’incompétence professionnelle intrinsèque de la plupart des économistes et des comptables aujourd’hui, et en particulier des opérateurs financiers, à propos du rôle à long-terme des facteurs physiques dans la formation de capital. Ce qui devrait devenir plus ou moins évident, par conséquent, c’est que cette utilisation compétente du langage, qui va au-delà de la compréhension des grammairiens, est organisée autour de ce que les simples grammairiens détestent et craignent, l’organisation de déclarations dont le sujet essentiel s’exprime seulement par ambiguïté, par l’ironie qui se cache dans les fissures de notions mécanistes de vocabulaire et de syntaxe. Nous savons, par exemple, que la plupart des grammairiens modernes ne savent pas penser, par la façon dont ils insistent sur leurs règles contemporaines de ponctuation.

Mon jugement sur cette question, basé sur des réflexions approfondies de cet ordre, s’est montré, en général, quasi infaillible. La façon dont la plupart des gens aujourd’hui ponctuent, composent et prononcent leur discours, comme s’ils suivaient certaines règles de ponctuation, révèle les expressions cliniques les plus répandues aujourd’hui des distorsions névrotiques affectant les processus créateurs de l’esprit humain. Ces traits apparemment élusifs (ou, allusifs) des modes supérieures de communication intelligente, opèrent dans le discours d’une façon qui est parallèle aux fonctions du domaine complexe. Dans ce qu’on appelle la science physique, comme telle, ce rôle interchangeable est plus facile à comprendre.

Cependant, lorsque l’investigation scientifique se concentre sur la façon dont sont générées des questions de principes mêmes, la question devient qualitativement plus complexe, plus sophistiquée. Ici, le point de vue de la poésie classique et de la musique doit enseigner aux mathématiciens comment penser. Défini de façon étroite, le sujet de la science physique est la relation entre les pouvoirs parfaitement souverains de l’esprit humain créateur, en tant qu’individu, et les processus vivants et abiotiques comme tels. En art classique, comme dans la pratique effective de l’art de gouverner et de l’étude de l’histoire, nous devons nous concentrer à la fois sur l’ordonnancement des pouvoirs créateurs de l’esprit humain et aussi sur la façon par laquelle cet ordonnancement définit la capacité de la société de coopérer avec succès au développement et à l’application appropriés des principes universels qui ont été découverts.

Ici, l’ambiguïté est presque tout, comme l’attestent les ironies des plus hautes formes classiques de poésie, de théâtre et de musique. Toute pratique humaine, y compris la pratique scientifique d’un point de vue physique comme telle, est rendue efficiemment compréhensible, seulement à travers ces principes d’ironie (d’ambiguïté) qui définissent le sujet réel de la question étudiée, cette partie qui se situe dans les fissures du dogmatiquement littéral. Ainsi, l’existence humaine, qui est l’existence des sociétés dans lesquelles les individus agissent, se trouve toujours concrètement dans un lieu fonctionnel qui est historiquement unique dans l’existence en développement de l’univers en tant que tout. Ainsi, la réalité essentielle d’une action sur ou par une personne individuelle dans un endroit de l’espace-temps historique, ne peut être transportée comme si elle s’était produite dans quelque lieu différent de l’espace-temps universel.

Spécificité historique

C’est là, par exemple, le rôle le plus important du principe de spécificité historique dans la mise en scène d’une pièce classique de Shakespeare, Schiller et d’autres du même genre. Une pièce de théâtre qui n’est pas une pièce classique, est essentiellement un tas d’inepties ne méritant pas d’être mis en scène pour une audience réellement saine d’esprit. Un drame classique de Shakespeare ou Schiller, par exemple, mettant en scène certains événements mais avec des costumes d’une autre culture, ou dans des circonstances historiques différentes, est une imposture dégoûtante, un mensonge digne de ceux qu’émettait la bouche écumante de haine de Bertolt Brecht, le prophète de la scène de l’existentiellement absurde.

Des pièces classiques, comme le Prométhée enchaîné d’Eschylle, ou les pièces de Shakespeare et Schiller, ne sont jamais des œuvres de fiction. Elles sont bien sûr conçues pour la scène, mais ce qui est ajouté ou soustrait à la réalité discutée, n’enlève rien et n’ajoute rien qui ne soit en accord avec une compréhension véridique de la caractéristique historiquement spécifique de l’occasion traitée par la pièce. La fonction du dramaturge, du metteur en scène et des acteurs, est d’atténuer tout ce qui peut distraire de la réalité essentielle des processus considérés, de façon à amener l’audience à un état de concentration passionnée à propos de la convergence des influences qui déterminent, et évaluent la décision historiquement significative et essentielle de cette occasion historique réelle. Le défi est d’évoquer chez les acteurs aussi bien que dans l’audience, une prescience de la réalité fantomatique, comme le fantôme d’Hamlet, qui dirige ce qui apparaît comme des ombres projetées sur l’appareil de perception sensorielle. Cette exigence qui doit gouverner aussi bien l’auteur, que le metteur en scène ou l’acteur classiques, est aussi le principe de l’exigence qui anime l’historien compétent, et le point de vue historique du jugement que porte le dirigeant politique compétent d’une république.

L’œuvre de l’historien et de l’auteur de pièces classiques, consiste essentiellement à rendre vivante la réalité du processus historique dans l’imagination de la population. Cela doit se faire, en rendant la population capable de revivre l’histoire réelle dans ses caractéristiques les plus essentielles à propos de changements qui étaient en cours ou qui devaient être apportés. Le spectateur assis au balcon du théâtre pour assister au Jules César de Shakespeare doit être un témoin de la véritable représentation de ce processus historique, non pas telle qu’elle est sur la scène visible, mais sur la scène de l’imagination du spectateur. Le spectateur revit l’histoire réelle de cette façon, en observant, comme par dessus leur épaule, l’esprit de certaines personnalités-clés de l’histoire, au moment où celles-ci prennent, ou n’arrivent pas à prendre les décisions dont dépend le destin de la société réelle qui est représentée. En jugeant l’esprit d’un personnage historique amené ainsi à la vie dans l’imagination de l’audience, le spectateur est saisi par un sens de responsabilité personnelle qui le porte à prendre les décisions qui amèneront les dirigeants de la société à trouver une façon d’éviter une tragédie nationale dans la vie réelle. Le sentiment qu’éprouve le spectateur, à savoir qu’il ou elle doit prendre la responsabilité de façonner la sélection des dirigeants de cette société, et de contribuer à façonner les décisions déterminantes de ces dirigeants, l’élève moralement et intellectuellement.

C’est ce sens de responsabilité personnelle, que ce genre de pièce développe chez le spectateur, qui constitue l’amélioration morale du citoyen décrit par Schiller, qui quitte le théâtre meilleur qu’il n’y était entré. Toute autre historiographie généralement en usage aujourd’hui, quelque soient ses qualifications académiques, est incompétente en ce qu’elle est incapable de définir la question morale historiquement spécifique d’une culture qui devrait être traitée d’une façon qui va au cœur de la question morale à laquelle Schiller fait référence de façon répétée en ce qui a trait aux relations entre la scène classique et l’historiographie. Tout historien qui s’éloigne du standard auquel je viens de faire référence, sera un sophiste, ou bien par intention, ou en raison de l’indifférentisme politico-moral dont il fait preuve en traitant de la parfaite façon de mastiquer, ni trop longuement, ni trop brièvement, alors qu’il rumine sur la façon de digérer correctement des faits localisés individuellement.

La pertinence déterminante du contexte complète le rôle de la spécificité historique. Ni définitions de termes tirés d’un dictionnaire, ni simples règles grammaticales, ne pourront jamais pointer explicitement vers une question de fait réel auquel on fait référence de façon pertinente. Par conséquent, l’essence d’une communication intelligente est l’insertion d’une ambiguïté bien dirigée à l’intérieur de toute tentative de déclaration à propos d’un fait important. Tout comme les anomalies des caractéristiques de l’orbite de Mars pointent vers l’ironie qui a mené Kepler à découvrir le premier aspect du principe de gravitation universel, ce sont les anomalies intentionnelles introduites en parlant ou en écrivant, qui sont le seul moyen par lequel une idée importante impliquant une notion de principe peut être communiquée.

Par exemple, des calembours faits simplement pour l’amour de jeux de mots, ne sont que des jeux puérils. L’image d’un dignitaire Nazi caressant le chat qu’il tient dans ses bras alors qu’il discute « objectivement » de tel ou tel assassinat, satisfait l’intention de l’ironie classique. Dans le Jules César de Shakespeare, la remarque de Cassius à Brutus exprime avec une simplicité contraignante et concise une ironie bouleversante qui concerne la nature de l’histoire réelle, et qui s’applique aussi, bien sûr, à la pièce de Shakespeare « … La faute mon cher Brutus n’est pas dans nos étoiles mais en nous-mêmes, dans le fait que nous sommes des sous-fifres ». La même chose pourrait être dite des dirigeants généralement acceptés du Parti démocrate aujourd’hui, ou des dirigeants européens ; mais il y a aussi une distinction historiquement spécifique entre le contexte de la Rome de César et le monde aujourd’hui. Nous reconnaissons les similarités ; mais nous sommes choqués et nous gagnons un sens plus élevé des distinctions qualitatives. C’est le choc des parallèles combinés et pourtant des différences absolues dans les cas historiques et dans les différences de caractéristiques contextuelles qui nous incite à réentendre ces propos de Cassius d’une façon qui ranime notre compréhension de l’écheveau continu de l’histoire qui sépare et lie les moments séparés de l’histoire.

Il y a quelque chose qui est justement, et nécessairement très choquant pour le citoyen d’aujourd’hui dans le contraste entre les implications de ces propos du Cassius de Shakespeare et ceux qui pourraient être émis aujourd’hui par un dirigeant politique européen ou américain typique à propos de lui-même. Un principe très important se situe dans cette exemple d’ironie.

3- En éloge à la folie

La classe des cas de spécificité historique que représentent de façon typique les œuvres d’Érasme, More, Rabelais, Cervantès et Shakespeare, est celle de l’état de la société entre 1511 et 1648, où la société dans son ensemble, ses dirigeants aussi bien que la population en général, est, de façon prédominante, effectivement folle. Dans le contexte historiquement spécifique d’une telle culture de fous, par exemple celle de l’Espagne Habsbourgeoise des personnages de Cervantès, Sancho Pancha et Don Quichotte, l’Espagne des hommes irascibles, inaptes à se gouverner eux-mêmes, c’est le sage qui est considéré comme fou par l’opinion populaire dominante.

Malgré l’amertume qu’aurait pu provoquer la vue d’une folie aussi excessive que celle de la culture dominante de l’Espagne du 16ième siècle chez un patriote dégoûté par la décadence de ses concitoyens, le Don Quichotte de Cervantès est une œuvre sublime, où Cervantès regarde la folie de cette Espagne en l’observant à travers les yeux et l’esprit ironiques de son témoin, le Maure. Se battre pour sauver d’elle-même, une nation ou une culture, comme Cervantès l’a fait, est ainsi le labeur d’une folie comparable à celle de Dante, Pétrarque, Boccaccio, Rabelais ou Shakespeare. La seule façon de sauver d’eux-mêmes une nation et ses individus, est que de grands penseurs exceptionnels les inspirent par leur exemple. S’il est impossible de sauver les vivants, que les efforts se portent sur les générations à venir dont les réformes sociales et culturelles justifieront la vie de leurs ancêtres.

Par conséquent, louons la Folie Noble, et admiratifs, inclinons-nous devant les merveilles qu’elle engendre quelquefois pour secourir une nation ingrate dont les membres sont devenus fous, comme c’est le cas des États-Unis depuis quarante ans, c’est-à-dire depuis l’assassinat du Président John F. Kennedy. Admirons ces personnalités singulières, et leurs œuvres, non seulement parce que nous le leur devons, mais parce que leurs enseignements constituent une partie essentielle de l’héritage culturel qui servira de référence pour le futur sauvetage de notre culture, ou d’une autre culture. Voyez, du point de vue d’aujourd’hui, par delà les siècles qui nous en séparent, les fous de la Florence de Boccaccio, ou encore la bestialité généralisée qui a dominé une si grande partie de la culture européenne entre 1511 et 1648, et comparez le monde imaginaire de Don Quichotte et celui typique de la génération des « Baby Boomers » qui en est venu à dominer les États-Unis, les Amériques et l’Europe au cours des quatre dernières décennies. Pensez au « Baby Boomer » dans la cinquantaine ou la soixantaine aujourd’hui, avec ses crises de déni, et ses fuites de la réalité à laquelle il ou elle ne veut pas faire face, vers un assortiment kaléidoscopique de « zones de confort » psychopathologiques. L’époque et le contexte sont différents, mais le virus de décadence, qui infecte une autre culture possédant des spécificités différentes, a des résultats comparables, quoique fonctionnellement différents. Ainsi, les personnages de Cervantès sont spécifiques à l’Espagne de cette époque, mais, les virus des anciennes maladies, bien qu’ayant évolués, affectent les plus vulnérables d’aujourd’hui d’une façon similaire ou même pire. Regardez ainsi la France du prédécesseur de Cervantès, Rabelais, sans oublier la folie dépravée du règne d’Henri II, ou encore l’Angleterre de l’obsédé sexuel Henri VIII, ou de la folie d’Elisabeth I, qui joua le rôle de dupe dans des folies comme l’affaire Essex, et permit ainsi à un étranger, Paolo Sarpi, de prendre le contrôle de l’Angleterre grâce à des agents comme cet homme bestial et infiniment corrompu, Francis Bacon ou encore comme l’Orwellien Thomas Hobbes.

Tels sont seulement les aspects caractéristiques de l’époque de ces fous bienveillants, Érasme, More, Rabelais, Cervantès, Marlowe et Shakespeare. Connaître leur époque, c’est revivre l’histoire comme ils l’ont vécue à travers les yeux de la Folie Noble. Aujourd’hui, nous avons, à nouveau, « nos moutons de Panurge » ; ils constituent une espèce distincte appelée « Baby Boomers », mais, dans ces jours décadents de l’horrible période que nous traversons présentement, il existe un parallèle aux échos modernes de Don Quichotte et Sancho Pancha. Beaucoup de choses ont changé radicalement, alors qu’une place spécifique dans l’histoire d’une société vivante succède à une autre et en engendre d’autres, mais l’horreur de la mort et de la décadence, de ce qui nous ôte la vie humaine, demeure en tant que juge ultime de ceux qui se permettent de rester fous comme les dirigeants de l’Espagne des inquisiteurs, ou les dupes des successeurs d’Hermann Goering, comme les Synarchistes d’aujourd’hui.

Un peu plus loin, je reviendrai de façon plus détaillée sur le sujet des différences spécifiques ayant des effets comparables similaires.

La qualité spécifique la plus distinctive de chacun de ces fous bienveillants, est non seulement qu’ils rejettent et ridiculisent la folie, mais aussi qu’ils la comprennent. Ils expriment d’une façon nouvelle l’objection spécifique faite par Platon envers les tragédiens classiques de l’Athènes de son époque. Mis à part le cas du Prométhée enchaîné d’Eschyle et celui du personnage d’Ulysse dans l’œuvre d’Homère, le manque de ce sublime que Friedrich Schiller réclame, constitue en général le problème moral déterminant que rencontrent les pédagogues, les critiques et les imitateurs incompétents sur le sujet de la tragédie en général. Le sublime (en allemand : Erhabene) n’est en rien différent des vues de Platon sur les exigences nécessaires pour l’étude de l’histoire, et à la notion apparentée de l’immortalité de l’âme, telle que cette conception a été ravivée par Moïse Mendelsshon. Les cas que j’ai mentionnés ici, chacun d’entre eux, sont des expressions de ce principe du sublime. C’est le rire sublime d’Erasme, More, Rabelais, Cervantès, Marlowe, et Shakespeare comme, auparavant, dans le Prométhée enchaîné d’Eschylle et, dans les dialogues de Platon, qui sont le modèle pour l’étude et la représentation véridique de l’histoire véritable de l’humanité.

J’explique maintenant cette question dans les sections finales de ce rapport. La façon dont j’utilise la fable du « bocal de poisson » est un exemple du principe qui sous-tend l’efficience du Sublime. Je commence la partie suivante de la discussion pédagogique avec l’aspect relativement plus simple du Sublime, tel que vu du point de vue de la géométrie physique. Après quoi, je discuterai dans le reste de cette section, et dans la section finale qui lui succède, de l’expression plus subtile du même principe, qu’on trouve dans la pratique artistique classique et dans la pratique de l’art de gouverner.

« Les Règles du jeu »

J’utilise la fable du « bocal de poisson », pour attirer l’attention sur la folie intrinsèque d’une forme déductive de géométrie euclidienne basée sur l’adoption arbitraire de définitions, d’axiomes et de postulats qui iraient soi-disant de soi. Dans un tel cadre, celui adopté par Descartes, Newton, et les aristotéliciens et les empiristes en général, on assume que rien ne peut exister à l’extérieur des limites de l’échafaudage déductif de théorèmes qui contredise cet ensemble de postulats a priori. Pour l’infortuné qui croit dur comme fer en un tel ordre de choses, ces postulats définissent par conséquent sa notion d’un type fonctionnel spécifique de frontière logique de l’univers.

Les notions absurdes et très répandues « d’infinité mathématique » associées à ce genre d’idéologies réductionnistes, sont typiques, d’un point de vue clinique, de l’état d’esprit psychopathologique commun aux aristotéliciens, aux empiristes-positivistes et aux existentialistes d’aujourd’hui.

Ce genre de mécanisme propre au réductionniste rend possible l’existence d’un sous-univers, à l’intérieur duquel des objets et des formes de comportements ayant une existence logique peuvent exprimer un ensemble de limites encore plus étroites pour ce qui est de cette prison mentale dans laquelle s’enferme la victime, en raison de l’adoption de certaines règles du jeu qui sont choisies axiomatiquement. Ainsi, les 40 dernières années de décadence morale, sociale et économique aux États-Unis et au Royaume-Uni, sont associées à un ensemble particulier de règles acceptées, comme la présomption selon laquelle la « société post-industrielle » serait quelque chose de positif, et aussi celle selon laquelle des formes empiristes d’actions monétaires plutôt que des actions vis-à-vis de l’économie physique, conviendraient mieux pour augmenter le bien-être de la société dans son ensemble. Les résultats des 40 dernières années ont été exactement le contraire des résultats espérés par ceux qui avaient adopté de telle présomptions arbitraires et aprioristes, ou quasi-aprioristes, et qui avaient agi dans ce sens. Un résultat aussi navrant illustre bien la question de l’importance des principes dans les tragédies de la vie réelle en général. La façon dont les enfants, par exemple, sont induits à jouer à des jeux prescrits, « selon les règles », nous montre ces vulnérabilités de l’esprit par lesquelles la population dans son ensemble peut être induite à agir, sous l’influence de ses efforts pour jouer et gagner à ce jeu enfantin qu’est un tel univers inadéquatement imaginé, plutôt que dans l’univers réel dans lequel elle se trouve. C’est là le mécanisme à l’origine des tragédies qui frappent quelquefois même des nations entières. Telle est l’importance de la déclaration du Cassius de Shakespeare à Brutus que « nous ne sommes que des sous-fifres ». Ils œuvrent à l’intérieur de l’idéologie existante ; et, de cette façon, même lorsqu’ils tentent de réorganiser les meubles de cette maison idéologique, plutôt que d’éliminer l’erreur dominante de cette culture, ils rendent simplement les choses pires, comme l’illustre avec justesse le Jules César de Shakespeare en utilisant l’histoire réelle.

Pourtant, même lorsque la ruine frappe à la porte du domaine où règne l’illusion, comme dans celui du plus stupide président de l’histoire des États-Unis jusqu’à maintenant, Dummo (l’idiot), qu’il ne faut pas confondre avec quoique ce soit d’aussi utile qu’un membre de la famille d’humoristes Marx-ist (Chico, Harpo, Groucho et Zeppo - trad) rétorque que puisque ses politiques qui, dans les faits, ont eu des effets désastreux, sont les meilleures du monde, le remède à l’insuffisance des résultats est précisément de mettre encore plus d’emphase sur ces politiques. Si la majorité de la population refuse de faire face à la réalité littéralement soi-évidente que cet occupant de l’institution de la présidence est non seulement un idiot au discours incohérent, mais aussi une personne très mesquine et souvent sadique, et qu’elle l’élit une seconde fois, alors les gens n’auront qu’eux-mêmes à blâmer pour les conséquences de leur folie. La tragédie n’est pas qu’ils aient un tel président, mais qu’ils soient si affectés par la folie de leur mentalité « bocal de poisson », qu’ils ressentent le besoin de faire un choix aussi désastreux.

Des jeux ! Des jeux ! Des jeux joués par des fous puérils comme Dummo. Dummo est un symptôme écoeurant de cette honteuse décadence de notre culture nationale qui dégoutte le monde entier aujourd’hui ; mais, c’est moins un jugement sur le président Dummo, que sur la folie de la masse nationale de fous qui est prête à soutenir, tolérer, ou même à préférer sa réélection pour un nouveau mandat.

Le fiasco de la forme d’économie assumée par le modèle dominant de postulats ces quatre dernières décennies, montre que le monde réel s’est comporté selon une forme de postulats où les relations de cause à effet contredisent les bénéfices présumés du plan aprioriste idéal qui avait été adopté. Une indication de ce type montre que l’univers réel existe « en dehors » de l’univers des suppositions dominantes que cette société avait adoptées durant la période précédente. Par conséquent, de cette façon, cette société est vouée à la ruine par ses propres postulats, et ne peut être rescapée, à moins d’agir d’une façon implicitement « révolutionnaire », en sortant des limites de ces postulats qui dominent la société. Sinon, si la société choisit de défendre les règles aprioristes erronées de ses jeux enfantins, plutôt que de les remplacer d’une façon qui supprime les politiques qui sont la cause de la crise imminente, la société se condamne à l’échec par sa propre décision. A moins qu’elle choisisse de renverser l’élément pathologique en question de ses croyances axiomatiques les plus chères, il se pourrait même qu’elle ne survive pas.

Donc, en d’autres mots, nous avons ceci. Comme le montre notre présent président Dummo, la réaction du véritable croyant consiste à agir selon son ensemble fixe de règles axiomatiques fantaisistes, plutôt que de former des conclusions, à propos d’un jugement ontologique crucial sur la qualité de ces règles mêmes, à partir d’une évaluation scientifique des indices disponibles. Si le « libre échange » ne fonctionne pas, pour lui, il faut utiliser les « principes du libre échange » encore plus vigoureusement. Pourquoi ? « Parce que cela doit toujours fonctionner ». Même lorsque cela a exactement l’effet contraire. Si le « libre échange » abaisse les prix, c’est bon, parce que « des prix plus bas aident toujours l’économie », même lorsque les prix tombent au dessous du coût réel de production ! Lorsque réduire les taxes sur les spéculateurs les plus riches met la nation en faillite, il faut réduire ces taxes encore plus, parce que « éliminer les taxes entraîne toujours une plus grande prospérité ». « Nous soixante-huitards, nous n’accepterons pas qu’on nous force à revenir aux façons de faire de la génération de nos pères ». C’est ainsi que, comme notre pauvre Dummo, George W. Bush Jr, les enfants de la ville d’Hamelin suivent le joueur de flûte et qu’ils ne rentreront peut-être jamais plus chez eux. Jouer à de tels jeux enfantins, a été le comportement collectif d’une majorité croissante des électeurs américains, et d’autres aussi, ces 40 dernières années où ils ont suivi les illusions populaires généralement acceptées.

Traitons la série d’exemples pédagogiques qui vient d’être offerte comme étant exactement cela, et récapitulons maintenant l’argument essentiel dans les termes suivants. Considérons d’abord la signification exemplaire de l’œuvre de Bernhard Riemann pour une science de l’économie physique.

Riemann entre en scène

Les contributions majeures du scientifique éminent qu’était Bernhard Riemann (1826-1866), sont principalement l’aboutissement de celles de Nicolas de Cues, Johannes Kepler, Gottfried Leibniz, et Carl Gauss (ainsi que de nombreux autres contributeurs à cette tendance durant cette période). Son importance révolutionnaire fondamentale pour l’ensemble de la science physique moderne, est définie, paradigmatiquement, sur les questions essentielles, par sa fameuse dissertation d’habilitation de 1854, sur le sujet des « hypothèses qui sous-tendent la géométrie ». L’avancée essentielle qui se trouve présentée dans ce texte, est l’idée que la notion de dimensionnalité dans les processus physiques, doit être réservée aux principes physiques universels découverts (qu’il nomme Geistesmasse en allemand), qui ont été validés en tant qu’universels, et ce en raison d’une preuve physique expérimentale d’une qualité suffisamment unique. Les notions populaires d’espace, de temps et de matière se trouvent ainsi désormais exclues par la science moderne compétente, cédant la place à la notion d’espace-temps physique de Riemann. Cette notion d’espace-temps-physique ne doit pas être comprise comme étant la définition finale, immuable de l’univers connu. C’est plutôt, pour dire les choses dans un choix de langage concis, que de nouvelles découvertes de cette qualité vont élargir la définition de l’univers, une expansion dont il faut s’attendre qu’elle résultera en une nouvelle valeur pour une « unité d’action » correspondant à la définition géométrique-physique que donne Leibniz de la moindre action physique universelle à l’intérieur d’un domaine complexe implicite. En langage plus simple, la signification pratique de ceci est que nous connaissons l’univers seulement dans la mesure où nous avons découvert et maîtrisé une partie de l’ensemble des pouvoirs qu’il contient. Ces pouvoirs (puissances) connus sont les principes d’actions physiques universels qui ont été expérimentalement validés, aux moyens desquels la puissance de l’homme sur son univers, au sens où Platon définit la puissance, est augmentée causant implicitement une augmentation du niveau du potentiel de densité démographique relatif de l’espèce humaine.

Le scientifique qui en est venu à comprendre cela à propos de l’univers, sait aussi que le tableau reste incomplet ; il y a toujours des anomalies troublantes dans l’ensemble de la preuve, telle que l’existence de puissances additionnelles jusqu’à maintenant inconnues, comme la chose est simplement caractérisée par des indices de l’existence de réactions matière\anti-matière. Ce que nous savons, c’est que, en ce qui regarde les objectifs que nous poursuivons, l’univers est organisé de la façon qu’implique le domaine complexe, et que le progrès résulte en une augmentation de la puissance de l’être humain, comme cela est exprimable par la notion leibnizienne de moindre action physique universelle.

Le fait que nous soyons certains que notre connaissance de l’univers réel est d’une portée limitée, nous force à penser en termes de ce que nous nommons « espace de phase ». Il y a par exemple l’univers réel que personne ne connaîtra peut-être jamais complètement, lequel est distinct de ce que nous connaissons présentement avec un degré raisonnable de certitude. Par conséquent, nous disons que l’univers tel que nous le connaissons, est pour nous, comme pour Riemann, d’un point de vue fonctionnel, seulement un espace de phase de la dimensionnalité implicite de l’univers réel. Nous employons aussi le terme « espace de phase » d’une façon légèrement différente. Par exemple, nous pouvons distinguer expérimentalement entre les processus abiotiques, vivants et cognitifs (noétiques). Ce dernier terme fait référence aux pouvoirs de l’esprit humain individuel de découvrir, grâce à ses pouvoirs créateurs, de nouveaux principes physiques universels. Cette division entre trois types d’espace de phase était déjà connue dans la Grèce classique de l’antiquité, et le célèbre bio-géochimiste, V. I. Vernadsky lui a donné une signification plus riche grâce à ses découvertes. Ces sortes d’espaces de phases sont respectivement distincts, puisqu’ils sont définis par des modes expérimentaux uniques, mais ils interagissent néanmoins d’une façon universelle, d’où une relation multiconnexe.

Le Sublime dans l’art classique

Après avoir considéré l’arrière-plan, revenons à la question d’espaces de phases psychologiques, le domaine de la composition artistique classique et le côté scientifique de la politique. Nous devons considérer trois grandes classes principales. Il y a, d’abord, celle qui comporte des principes connus qui constituent le savoir réel mais limité que nous avons de l’univers véritable. Il y a aussi celle dont les principes présumés sont faux. Et troisièmement, il y a la classe dont les principes portent sur l’expansion de la connaissance présente des principes de l’univers réel, incluant aussi les principes qui sont encore inconnus. Dans toute civilisation, il y a un certain mélange des deux premières. Dans quelques rares cas, en autant qu’on puisse en juger jusqu’à maintenant, il y a une compréhension des implications de la troisième classe, comme je vais l’indiquer ici et maintenant. La troisième de ces classes est l’endroit où se situe le sublime de Schiller.

Généralement, la combinaison de portions des deux premiers types d’espaces de phase, définit un espace de phase socio-psychologique caractérisé par ce que j’ai défini, pédagogiquement, comme un bocal de poisson culturel (c’est-à-dire socio-psychologique). L’importance pratique de faire cette distinction, et d’autres du même type, apparaît clairement si on considère deux types opposés d’effets historiques modernes résultant de ce genre de combinaisons de suppositions axiomatiques relativement valides et relativement fausses. Prenez le cas de la transformation des traits caractéristiques de l’économie américaine, qui est passée des pratiques relativement viables héritées de Franklin Delano Roosevelt pour la période entre 1933 et 1963, aux tendances de l’intervalle 1964-2004 dont la caractéristique systémique est d’être non-viable. Durant l’intervalle de 1945-1963, le système post-Franklin Roosevelt avait de graves défauts d’un point de vue moral et à d’autres points de vue aussi. Néanmoins, la tendance sous-jacente de l’économie suivait une trajectoire ascendante, reflétant ainsi les changements introduits ou réintroduits à cet effet sous le président Franklin Roosevelt. Néanmoins, après le début officiel de la guerre d’Indochine, et de la contreculture qui lui était associée dans la période 1964-1972, un changement complet dans le caractère systémique de l’économie a été introduit et a été quelque peu consolidé en tant que tendance. Depuis le début de cette dernière phase, en particulier depuis les changements radicaux apportés au système financier et monétaire en 1971 et 1972, auxquels se sont ajoutés d’autres changements radicaux, comme la politique de « dérégulation » de l’économie physique effectuée entre 1977 et 1982 et plus tard, les économies interconnectées des Amériques et de l’Europe se sont engagées sur une voie qui mène de façon systémique à leur autodestruction, comme dans une véritable tragédie classique.

Pour comprendre le comportement de masse de la population américaine aujourd’hui, nous devons nous concentrer directement sur les effets principaux de la vie qu’ont connu 4 générations adultes successives : la première, née approximativement à la fin du 19ième siècle, la génération adulte des bébés nés après la Première Guerre mondiale, la génération adulte des bébés nés après la Seconde Guerre mondiale, et la génération des jeunes adultes d’aujourd’hui. Je me concentre ici principalement sur l’importance du groupe des 18-25 ans aujourd’hui.

Les illusions prédominantes de la plupart des adultes de l’époque de Wilson, Coolidge et Hoover, ont gravé sur le caractère mental de leurs enfants les expériences successives de la dégoûtante décadence de « l’ère Flapper » et sa conséquence, le terrible paiement psychologique à payer pour cette « ère », le choc de la Dépression de 1929-1933.

La génération de leurs enfants a vécu, sous l’impulsion de Roosevelt, la fin de la dépression et la reprise économique, ainsi que la victoire de la Deuxième Guerre mondiale où les États-Unis ont joué un rôle prédominant, mais elle a aussi vécu le terrifiant virage à droite dans la vie quotidienne, qui coïncida avec la nomination d’Harry S Truman comme successeur d’un Président Franklin Delano Roosevelt déjà très malade. Elle a vécu le début de ce cauchemar des utopistes de droite que fut l’adoption par Truman dans les années 40 de la doctrine de guerre nucléaire préventive de Bertrand Russell ; mais ils ont aussi connu un doux répit avec le président Eisenhower, militaire traditionaliste et anti-utopiste, quoiqu’à ce répit aient été mêlées les folies utopiques des politiques économiques d’Arthur Burns.

Leurs enfants, les membres de la génération des légendaires « Baby Boomers », ont appris à être futés, mais à ne jamais dire aveuglément la vérité, ni non plus à agir spontanément par rapport à elle (« de peur que le FBI vienne manger ton père à cause de ce que tu as dit à l’école ou devant ton fouineur de voisin »). Suite aux retombées de « la bombe » et à l’héritage laissé par la progéniture de Truman, appellé « McCarthisme », nous avons élevé ces enfants et en avons fait une génération adulte de sophistes voués à l’autodestruction. L’accession à l’âge adulte de la génération des sophistes juvéniles et adolescents des années 50 fut annoncée par une série de chocs successifs caractérisés par l’aventure utopiste de droite d’Allen Dulles, la Baie des Cochons, par le résultat des négociations sur la crise des missiles de Cuba de 1962 par les réseaux de Krushchev et Bertrand Russell, par l’assassinat du président John F. Kennedy par la droite, par le lancement du plongeon utopiste de droite dans la folie qu’était la guerre officielle du Vietnam, et par les assassinats de Martin Luther King et du pré-candidat présidentiel Robert Kennedy. Ces actes de terreurs et d’autres du même type, ont préparé la voie à la prise de pouvoir du gouvernement américain par les utopistes groupés autour de la « stratégie du sud » de Richard Nixon. Après quoi, ce qui était encore sain dans l’économie mondiale fut anéanti en raison des mesures successives prises entre 1971 et 1972 qui menèrent à la destruction du système monétaire de l’après-guerre. Cette succession de chocs de 1961 à 1972 produisit ce qui devint connu comme la contreculture de la jeunesse du milieu des années 60. Cette éruption de folie collective, qui frappa la génération de ceux qui entraient à l’université durant cette période, était en grande partie le fruit d’une orchestration soignée. Certes, tous ne sombrèrent pas dans les profondeurs de l’orgie contreculturelle de cette époque, mais les activistes politiques associés à ce changement de paradigme culturel, devinrent le fer de lance des innovations les plus sauvages qui finirent par être défendues ou tolérées par la majorité de la strate la plus influente de cette génération.

Ce qui est arrivé à la génération des « Baby Boomers » est le produit d’une fuite psychotique de la réalité, par les masses, sous l’effet de la peur, où cette génération est passée de la réalité de la culture la plus productive au monde, une réalité caractérisée par les États-Unis suite à la reprise économique de Franklin Roosevelt, à une utopie post-industrielle, armée de missiles nucléaires, et formée à l’image des fantaisies perverses de H. G. Wells et Bertrand Russell, ainsi que de celles des pervers encouragés par Russell, comme les frères Huxley, George Orwell et certains adeptes de Russell, comme ceux de la secte « cybernétique » de ses disciples, comme cette sorcière, la défunte Margaret Mead à la canne cornue, de même que par d’autres de la même espèce [2]. Les « enfants de la maison » qui se prenaient pour la plus merveilleuse génération à avoir jamais existé, la « génération d’or », furent tournés, grâce à ce genre de lessivage de cerveau, en un monstre collectif dionysiaque voué, volontairement ou non, à la destruction de la maison même. La science elle-même fut remplacée par la secte irréaliste de science-fiction appelée la « cybernétique ».

Considérons ces effets psychologiques en termes de référence physique : aussi longtemps que la tendance à la baisse des changements moraux et intellectuels ne fait que diminuer le taux de moindre action physique universelle requis dans l’économie, le système, quelque soit par ailleurs ces défauts, est viable. C’est lorsque cette direction s’est trouvée inversée de façon systémique par les actes de terreur de 1961-72 et par les développements d’après 1963, que nous avons eu un de ces cas typiques du « bocal de poisson » destiné à une fin tragique, comme dans le cas du présent système monétaire qui est aujourd’hui condamné à la ruine.

Par exemple, la quasi-totalité de la génération qui a atteint l’âge adulte après la crise des missiles de Cuba de 1962 et l’assassinat de John F. Kennedy, c’est-à-dire la génération des Baby Boomers, est vicieusement incompétente dans ce qui étaient anciennement considérés comme les rudiments de la compétence administrative pour la pratique économique. Il est important de noter que le côté physique de l’augmentation de la production de richesse nette par tête leur échappe complètement. Le sujet les ennuie au point qu’une allusion répétée aux faits pertinents sur cette question évoque un accès de colère qui ressemble à « pour la dernière fois, arrêtez de parler de cela. Ne parlez pas de produire de la richesse ; apportez l’argent ». Ce genre de réflexe impulsif des gestionnaires de la classe de 68 est un des marqueurs cliniques de la façon dont une phase pathologique de la culture se reflète dans le comportement personnel de l’individu. C’est un symptôme de ce que le Dr. Lawrence S. Kubie de l’université Yale identifiait comme « la distorsion névrotique des processus créateurs ». Ce processus créateur, généralement absent de la culture générale de la génération des Baby Boomers, (comparée par exemple à la génération précédente qui n’était pourtant pas sans problème), est le lieu où se situe la qualité spécifiquement humaine que l’argument de Schiller associe avec le concept du sublime.

La pathologie de la période de 1964 à aujourd’hui, est comparable à la fois à la culture décadente du code de l’empereur Dioclétien (tel que reproduite par la mentalité « croissance zéro » associée avec la plus réactionnaire des guildes moyen-âgeuses, les luddites), et à celle des corporations d’artisans les plus ardemment rétrogrades aujourd’hui. Parmi les luddites et leurs semblables dans la société de l’antiquité et du moyen-âge, la caractéristique psychopathologique correspondait à des expressions comme « je fais strictement ce que mon père et mon grand-père faisaient avant moi ». Ainsi les pères et mères des jeunes adultes d’aujourd’hui dévorent leurs enfants, en répandant les idéologies pathologiques des Baby Boomers vieillissants. L’hostilité entêtée vis-à-vis de l’innovation créatrice exprimée en termes de principes d’actions physiques, telle que reflétée dans des cas comme celui des « écologistes » Baby Boomers et de leurs dupes aujourd’hui, est l’état d’esprit « croissance technologique zéro » communément reflété, en particulier, dans le comportement collectif (entre autres), de la génération des « Baby Boomers » aujourd’hui. Cet état d’esprit et ces mœurs pathologiques induits, sont non seulement le trait de comportement caractéristique du soi-disant « mouvement écologiste » ; c’est aussi, plus largement, une conséquence générale de ces autres formes pathologiques de comportements collectifs associés au syndrome « bocal de poisson » qui affectent les Baby Boomers qui sont présentement aux postes de commande de notre société. Dans tout ceci, la caractéristique la plus dangereuse des illusions qui se sont emparées de la génération des Baby Boomers qui dominent les Amériques et l’Europe est le fait que cette génération n’est pas un véritable ensemble d’individus ; Elle a une mentalité collectiviste. C’est une génération collectiviste et conformiste convergeant à l’extrême vers Le meilleur des mondes d’Aldous Huxleys et sur le 1984 de son compère George Orwell. Leur notion extrême et extrêmement variable de « démocratie » en tant que règne d’une tendance d’opinion de masse qui serait affranchie de toute vérité nous présente une image réellement orwellienne de la culture des États-Unis et de l’Europe aujourd’hui. Ce qui rend les choses encore pires pour les États-Unis que pour l’Europe, c’est l’illusion que les États-Unis seraient nécessairement corrects simplement parce que nous sommes les États-Unis et non pas parce que nous avons réellement raison. Le rôle quasi-imbécile du Président George W. Bush, Jr reflète ce genre de démence. Le fait qu’un grand nombre de citoyens puissent même considérer réélire un individu aussi évidemment idiot comme président est la preuve d’une démence de masse similaire dans la population en générale.

Par conséquent, nous avons maintenant atteint les limites de l’existence ininterrompue d’une civilisation européenne qui continue de tolérer la folie collective qui a été ainsi induite dans ce qu’on appelle la génération des Baby Boomers.

Pourtant la situation n’est pas désespérée. Le fait que l’effondrement imminent du présent système financier et monétaire mondial soit désormais inévitable, étouffe la source de subsistance psychique dont dépend le règne confiant de cette psychose collective. Des moments de ce type dans l’histoire mondiale ont toujours été monstrueusement dangereux ; la menace d’un âge des ténèbres planétaire est aujourd’hui aussi grande ou plus grande qu’à tout autre moment de l’histoire. C’est aussi un moment où le discrédit qui résulte de l’illusion prédominante aux États-Unis s’accumule sur notre nation, ce qui signifie que la perception populaire de la présente dépression mondiale amoindrit la confiance collective en cette illusion dominante qui gouverne l’élite de la génération des Baby Boomers. Cela ouvre la porte à un nouveau changement de paradigme culturel, où on reviendrait vers le meilleur de ce que nous avons connu durant la période 1933-1964, tout en nous débarrassant de ces influences qui ont détourné notre culture vers ce qui est devenu les folies du règne de la génération des Baby Boomers. C’est aussi un temps de grave danger pour la civilisation en général, parce que les porte-paroles des idéologies Baby Boomers sont maintenant désespérément désespérés. En saisissant l’opportunité de déraciner et d’éliminer complètement ces suppositions axiomatiques fictives qui définissent le règne des Baby Boomers comme étant la vie à l’intérieur d’un vaste bocal de poisson transportant son contenu vers une fosse septique culturelle, et en reconnaissant les impacts transmis par cette histoire qui se trouvent incorporées dans l’expérience culturelle transmise à travers la succession des générations précédentes, nous serons capables de retrouver notre chemin vers la réalité, et aussi, d’apprendre les leçons qui ouvriront pour nous les perspectives d’un avenir meilleur que celui que l’humanité a connu jusqu’à maintenant.

Cet objectif ne peut-être atteint que grâce à un sens du sublime. Le pouvoir du sublime est là ; mais nous devons œuvrer à libérer son potentiel pour qu’il devienne actualisé pour les générations en train d’émerger. Dans les processus sociaux, comme dans toutes les découvertes valides de principes universels en science physique, c’est en détectant et maîtrisant les anomalies cliniquement définissables de l’opinion et de la pratique populaire, qu’est provoquée la nécessité d’une découverte d’un changement bénéfique, exactement comme Kepler a fait l’hypothèse du principe universel de gravitation à partir d’une anomalie paradoxale dans l’orbite normalisée de Mars. Reconnaître que l’affliction de la génération Baby Boomer est la source d’une maladie aiguë et dangereuse, est le premier pas vers un remède pour guérir notre culture d’une maladie culturelle qui pourrait, de façon imminente, être mortelle. Rabelais serait d’accord. Cette découverte doit mener à l’étape suivante, la découverte de la cure.

4-Le Sublime en tant que principe

Pour compléter le tableau que nous avons entrepris ici, commençons par deux exemples du rôle du sublime dans l’histoire politique. Le premier, le compte-rendu que firent von Schliefen et quelques autres sources complémentaires de la défaite infligée par Frédéric le Grand aux Autrichiens à Leuthen le 5 décembre 1757 ; et le second, le rôle, noté par mon épouse Helga Zepp LaRouche, que jouèrent les études approfondies de Schiller sur la Guerre de Trente Ans et la guerre de l’Espagne dans les Pays-Bas, dans le plan des Prussiens pour triompher de l’invasion de la Russie en 1812 par Napoléon Bonaparte. Lorsqu’on compare ces deux cas cliniques et ce que Schiller comprenait profondément des véritables caractéristiques des guerres de religions orchestrées par Venise entre 1511 et 1648, y compris « la Guerre de Trente Ans », on voit des repères essentiels qui forment un tout, lequel permet d’appréhender la nature du principe du sublime et du rôle qu’il peut jouer aujourd’hui. Voyons d’abord les implications de la bataille de Leuthen. La guerre que menait Frédéric se faisait dans le contexte plus vaste de ce qu’on a appelé la « Guerre de Sept Ans », laquelle était une expression de la lutte de la Compagnie des Indes orientales, alors dirigée par le jeune Lord Shelburne, afin d’établir les bases d’un nouvel empire mondial qui puisse régner sans interruption, au-delà du point où l’Empire romain s’était écroulé. Le jeu typiquement vénitien des Britanniques, consistait à créer une situation sur le continent européen, où le continent serait incapable de s’unir pour résister au pouvoir maritime et financier de l’Empire britannique qui était alors en pleine formation. L’isolation de la France, et le fait que la Prusse, la Russie et l’Autriche-Hongrie s’épuisaient dans les conflits prolongés où ils étaient engagés, comptaient parmi les caractéristiques principales de la politique de “diviser pour régner” que menait l’oligarchie néo-vénitienne de Londres à l’encontre de ses victimes continentales et américaines.

Durant la période de transition de George II à George III, en particulier à partir de l’époque du traité de Paris en 1763, les principaux objectifs de Shelburne étaient d’étouffer les aspirations des colonies britanniques d’Amérique du Nord, et de détruire la France. La défaite de l’alliance continentale contre la Prusse, fut utilisée par le Londres de William Pitt l’ancien, comme une opportunité de créer un processus qui culminera en deux guerres mondiales sur le continent européen, mais, à plus court terme, le but était de distraire l’attention de la France des entreprises impériales des Britanniques en Amérique du Nord et en Inde.

En ce qui concerne notre investigation ici, ce qu’il faut noter de la victoire de Frédéric à Leuthen, est la façon par laquelle celui-ci, faisant face à une force autrichienne parfaitement entraînée et presque deux fois plus nombreuse que la sienne, a réussi à la mettre en déroute deux fois ce jour-là grâce à deux attaques sur le flanc. Notamment, les forces autrichiennes commandées par Charles de Lorraine étaient déployées contre celles de Frédéric dans une opération d’attaque sur le flanc semblable à celle classique de Cannes ; Ainsi, Frédéric a surpris ceux qui tentaient de le surprendre selon un plan de bataille classique, en attaquant sur leur flanc ceux qui voulaient l’attaquer sur son flanc.

Se fiant non seulement à la qualité de ses troupes et de leurs commandants, mais aussi sur la certitude que ses troupes se fiaient à lui, il les déploya soudainement dans une opération où les rangs étaient brusquement rompus et où les soldats se lançaient dans une grande course pour se regrouper en force sur le flanc de l’ennemi autrichien. Frédéric utilisait ainsi ce qui devint connu plus tard, sous Scharnhorst et Moltke l’ancien, comme le principe volontariste d’Auftragstaktik (des tactiques élaborées en fonction de la mission ), la très importante doctrine sur laquelle l’excellence de l’entraînement et de la discipline militaire allemande a été basée, jusqu’à ce que la pratique de cette doctrine soit récemment interdite. En utilisant cette dimension supplémentaire de la capacité de son armée, il a fait que celle-ci, qui ne faisait approximativement qu’une moitié de celle de son opposant, valut plus que le double en ce qui concerne les résultats de cette bataille ce jour-là. Il ne s’agit pas là d’un principe strictement militaire. Il s’agit de l’application au domaine de la pratique militaire du principe le plus fondamental du progrès scientifique et des chefs-d’œuvre artistiques –un principe que mes associés du Mouvement jeunesse de LaRouche pratiquent en tant que force politique et qui les rends plus de deux fois plus efficaces, par tête, que tout autre organisation politique impliquée dans le domaine des campagnes politiques aujourd’hui.

Pour ce qui est des questions stratégiques et tactiques, le principe illustré par le cas de Frédéric à Leuthen consiste à reconnaître qu’un adversaire, sous d’autres aspects bien entraîné, se montrait victime de sa propre mentalité de « bocal de poisson » dans la mesure où il était incapable de considérer la possibilité d’une réalité à l’extérieur des limites définies par sa mentalité de « bocal de poisson ». Dans le cas comparable de Lazare Carnot, l’auteur moderne du concept de défense stratégique, qui a mené la France à la victoire contre la masse supposément invincible de toutes les armées d’invasion européennes, le même principe s’applique, y compris le rôle capital qu’il joua dans la révolution de la technologie militaire qu’avaient rendue possible ses associés de l’école polytechnique Française alors qu’elle était sous la direction de Gaspard Monge et avant que Cauchy n’en prenne le contrôle. Cette tradition initiée par Carnot et Scharnhorst a trouvé un écho imparfait dans le fameux écrit militaire classique de von Schlieffen sur la théorie de l’attaque sur le flanc et, avant cela, dans la pratique, alors que William T. Sherman jouait le rôle de l’enclume et que Ulysse S. Grant jouait celui du marteau, pour livrer l’attaque sur le flanc qui accula les Confédérés à leur défaite finale.

Comme les recherches de Helga Zepp-LaRouche l’ont montré, l’élément déterminant qui a mené à la défaite de l’expédition de Napoléon contre la Russie, provenait de la contribution d’un membre de la belle-famille de Schiller, von Wolzogen, qui imagina le plan proposé par la Prusse pour vaincre Napoléon, en se servant des études historiques minutieuses de Schiller sur la guerre de l’Espagne aux Pays-bas et sur le cas de la « guerre de Trente Ans » qui lui était associée. Cette approche fut adoptée par les cercles de Scharnhorst et présentée au Czar Alexandre I par les conseillers de la Prusse vom Stein, von Clausewitz et d’autres. C’est ce qui devint la défense stratégique classique de la Russie. C’est ce qui mena Napoléon Bonaparte à sa perte, et c’est aussi ce qui a été employé par l’Union soviétique durant la Seconde Guerre mondiale.

Il s’agit du même concept de défense stratégique que j’avais proposé comme stratégie des États-Unis vis-à-vis de l’Union soviétique, durant ma campagne pour devenir le candidat démocrate à la présidence américaine en 1980, et que j’avais recommandé, avec un succès mitigé, aux conseillers proches du Président Ronald Reagan, que j’avais rencontré auparavant lors d’un débat électoral au New Hampshire. C’est ce que le président Reagan nomma « l’Initiative de Défense Stratégique ». Le refus des Soviétiques, par l’entremise des secrétaires généraux Andropov et Gorbachov, mena, comme j’en avais averti le gouvernement soviétique, à la désintégration du pacte de Varsovie et de l’Union soviétique en 1989-91. En février 1982, j’avais averti, à travers des canaux de communication informels, les représentants du gouvernement soviétique, que le rejet de l’offre du président Reagan, dans le cas où celle-ci était bientôt faite, aurait pour conséquence que l’Union soviétique se désintégrerait dans un délai d’environ 5 ans. Cela en prit 6. Plutôt que de se préparer à livrer une guerre impossible, il faut attaquer le problème sur le flanc, selon le même principe politique qui a si bien réussi au Cardinal Mazarin, pour obtenir la paix apparemment impossible du traité de Westphalie en 1648. Chacun de ces exemples est une illustration de la façon dont fonctionne le principe du sublime de Schiller.

Lycurgue contre Solon

Friedrich Schiller était un immense génie, dépassant de loin tous ses contemporains, y compris ces nombreux collaborateurs qui dépendaient de sa sagesse pour les questions artistiques, y compris pour ce qui est de leurs plus importantes productions en poésie, théâtre, et historiographie. Ses tragédies sont les excellents fruits d’une compréhension profonde des mécanismes de l’histoire appliquée à la recherche. Les fameux cours qu’il donna à l’université d’Iéna en tant que professeur d’histoire universelle permettent d’accéder de façon simple à son génie. En particulier, ses thèses sur le sujet des constitutions opposées du tyran Lycurgue et du noble Solon sont typiques de sa pensée. Comme Schiller le soulignait à cette occasion, l’histoire européenne est faite d’une seule pièce depuis le début, et peut être vue comme le déroulement du conflit entre les forces opposées qui sont représentées, respectivement, par Solon et par le Lycurgue dont le système tyrannique, basé sur la brutalité, fut surtout, historiquement, le produit de la malfaisante secte d’Apollon située à Delphes.

Riemann a dû sourire de contentement en voyant l’approche de Schiller qui définit la culture européenne comme un type spécifique d’organisme. C’est une approche qui s’accorde avec le concept de Geistesmasse qu’avait proposé un admirateur de Schiller, un opposant du Kantisme, Herbart, qui influença Riemann sur cette question. En bref, cela signifie que cette approche de la culture européenne est similaire à l’approche de la nature des principes physiques universels où il est reconnu qu’une découverte d’un principe physique universel, validée de façon expérimentale, est un objet de l’esprit, un objet qui souvent, de façon appropriée, porte le nom de l’auteur en question. La civilisation européenne, définie dans l’optique de Schiller, comme le conflit entre les traditions de Solon et Lycurgue, est un processus social qui doit être vu comme un organisme singulier et distinct, qui dans son développement en tant que processus possède des types distincts de caractéristiques spécifiques fondées sur des principes.

Cette intégrité de la culture européenne est définie principalement par ses qualités positives, mais ce sont des qualités positives en combat organique et mortel contre son infestation par un courant pernicieux contraire. Ce conflit entre le bien et le mal dans la Grèce historique de l’antiquité opposait les traditions de personnes telles que Solon, Thalès et Pythagore, Socrate et Platon et leurs principaux adversaires, le Dyonisos Phrygien et l’Apollon de Delphes. Le culte de Dionysos est la racine du fascisme moderne, c’est-à-dire du synarchisme, et quant aux différentes manifestations historiques du sophisme à l’intérieur de la culture européenne, comme par exemple la forme moderne de l’empirisme parlementaire libéral de type anglo-hollandais, elles proviennent essentiellement du culte de Delphes et des prêtres d’Apollon. C’est la manière et la méthode déployées par le meilleur de la culture européenne contre les forces insolentes du mal, qui définissent la continuité de la culture européenne comme un objet de l’esprit fonctionnellement distinct dans l’histoire de notre planète. Opposer Solon et Lycurgue comme Schiller le fait, saisit l’essence de la question.

Le conflit auquel je viens de faire référence, émane naturellement d’un conflit inévitable entre mortalité et immortalité. L’individu humain, en vertu de son aptitude à découvrir des principes qui se situent au-delà de l’accès direct de la perception sensorielle, comme des principes physiques universels validés expérimentalement, est, à ce titre, implicitement immortel. Néanmoins, l’individu habite une existence mortelle. La véritable santé morale s’exprime comme la qualité de réconciliation fonctionnelle des deux polarités. Supprimer ou même atténuer le premier, le spirituel, l’aspect immortel, en faveur de demandes gloutonnes des sens vulgaires, est la racine de la bestialité humaine, la racine de ce qui est correctement appelé le mal.

Ainsi, la civilisation européenne, en raison de cet accent qu’elle met sur la découverte de la connaissance de principes physiques universels, que nous associons avec la méthode des dialogues socratiques de Platon, place la civilisation en conflit avec le côté goinfre de la mortalité (c’est-à-dire du péché originel), d’une façon spécifique. Ceci s’accorde absolument avec la caractéristique centrale du Christianisme tel que définie, par exemple, par l’apôtre Paul dans Corinthiens I,13. Il n’y a pas là de quoi nous étonner, puisque le Christianisme s’est développé autour de la personne du Christ dans le contexte d’une tradition grecque classique, en opposition à la malfaisance de l’Empire romain. Dans le Christianisme, l’homme ne négocie pas un contrat d’affaire avec le créateur ; l’homme rompt plutôt avec le besoin de ces clôtures qui préservent les goinfres de la folie dévergondée, de façon à être plutôt gouverné par cet amour de la mission immortelle de l’individu qui est l’expiation de l’homme mortel vis-à-vis du créateur, comme le Timée de Platon l’impliquait déjà , et comme le Socrate de Platon supportait cette qualité d’agapé en opposition à des personnes comme Glaucon et Thrasymaque.

Ce conflit constitue la véritable nature de l’homme dans sa condition mortelle. C’est le conflit que l’individu humain et la société doivent résoudre de façon à ce que l’immortel gouverne toujours le mortel. C’est l’essence fonctionnelle de la situation de la culture européenne à ce jour. Regardez à nouveau les champs de batailles dont nous avons parlé de ce point de vue.

Le côté immortel de l’homme s’exprime seulement par la découverte et l’utilisation de ces principes universels par lesquels l’homme agit sur l’univers, plutôt que de simplement réagir aux ombres sensorielles projetées par l’invisible. Voilà qui souligne la nature prométhéenne de l’homme, comme on peut le voir avec le Prométhée d’Eschyle qui était en conflit perpétuel avec le tortionnaire maléfique, Zeus, l’oligarque de l’Olympe. En empêchant l’homme d’accéder à la découverte de principes physiques universels, Zeus, « l’écologiste fanatique » tente de confiner l’humanité à son statut de troupeau de bétail plutôt qu’à celui d’hommes et de femmes. C’est en participant à l’utilisation efficiente du potentiel créateur humain pour la découverte et l’utilisation de principes physiques universels, que l’humanité exprime sa nature spirituelle, son immortalité, sa libération des bornes de la goinfrerie éternelle.

C’est pourquoi, dans la culture européenne, le conflit essentiel est entre Prométhée, d’un côté, et les êtres malfaisants de l’autre, Apollon et Dionysos, qui cherchent à dégrader l’être humain en une version de la bestialité sensuelle du matérialiste et de l’existentialiste. C’est ici que se dresse le sublime.

La solution à tout problème systémique de la société, est d’éveiller les gens aux remèdes qui ne peuvent être trouvés que dans ce domaine spirituel exprimé en tant que découvertes de principes universels dans le domaine de l’art classique ou dans celui de la science physique. L’accomplissement apparemment miraculeux que représentait la fin du cycle de guerres de religion qui a détruit l’Europe entre 1511 et 1648, grâce aux principes essentiels d’accords qui furent incorporés dans le traité de Westphalie de 1648, est caractéristique d’ un tel remède. L’utilisation du sublime, en tant qu’expression d’un principe d’action supérieure, par Frédéric à Leuthen, ainsi que par Wolzogen et d’autres contre Napoléon, et la réaction de Schiller à la Révolution américaine de 1776-1789 dans ses conférences de Iena sur la civilisation européenne, sont typiques de l’œuvre du principe du sublime.

Dans son aspect le plus simple, le sublime est la transformation que subit l’esprit individuel lorsqu’il passe des règles de comportement arbitraires qui règnent dans le domaine de la certitude sensorielle, aux facultés humaines supérieures caractérisées par une découverte originale d’un principe universel dont on a fait l’hypothèse et qui est expérimentalement validée.

Ce phénomène a un aspect émotionnel, une certaine qualité de passion qui ne ressemble à rien d’autre. Schelley, dans son essai « En défense de la poésie », fait référence à une qualité de disposition pour une telle passion, où il identifie cette passion comme étant associée à des époques où il y a une augmentation du pouvoir de comprendre et de faire comprendre des conceptions profondes et passionnées à propos de l’homme et de la nature. La qualité distinctive des œuvres de Dante Alighieri, Pétrarque, Boccaccio, Érasme, More, Rabelais, Cervantès et Shakespeare à leur époque et Lessing, Mendelssohn, Schiller, Mozart, Beethoven et d’autres, plus tard, est qu’elles stimulent les pouvoirs de compréhension créatrice qui résident dans le domaine immortel, ce qui provoque la passion qui peut élever une personne, et une nation tout entière, même à des époques d’horreur comme celle du règne de l’Inquisition ou de son successeur, Adolf Hitler. C’est cette passion qui met un sourire sur le visage du persécuté et des autres opprimés des pires périodes ; c’est ce sourire qui rend un peuple infortuné capable de poser les fondations pour créer un avenir meilleur.

C’est en recourant ainsi au sublime, que les grandes avancées dans le pouvoir de l’homme sur la nature ont été accomplies, et, par les mêmes moyens, on peut remporter des victoires dans des guerres qui sont apparemment impossibles à gagner.

Traduit par François Lépine

L’article originale est en anglais
FROM ANY NEW U.S. PRESIDENT WHO ACTUALLY THINKS
Those Populist Fools Who Would Seek a Contract Even With God


[1Les allégations portant sur l’implication d’Al-Qaïda dans l’attentat du 11 septembre 2001 aux États-Unis ou, en Espagne plus récemment, rendent nécessaire d’éduquer le lecteur sur l’abc des opérations secrètes post-Hitler menés par la progéniture des dispositifs NAZI-SS qui avaient été divertis et protégés par les Anglo-américains. Ce dispositif dont la propagation est liée après la Seconde Guerre mondiale à l’itinéraire de Hjalmar Schacht et du mari de sa nièce, Skorzeny, a été organisé sur le modèle des NAZI-SS Allgemeine contrôlé par des banquiers nazis, entre autres. Il s’agissait d’une force multinationale possédant des actifs dans diverses parties du monde, qui recoupent les éléments d’Al-Qaïda employés par les Anglo-américains. Les modalités communes qu’impliquent l’utilisation de véhicules aériens le 11 septembre 2001 et celui de l’utilisation de trains dans les opérations de terreur synarchiste de la piazza Fontana de Bologne et, maintenant de Madrid, n’excluent pas l’utilisation d’actifs anglo-américain provenant des cercles d’Al-Qaïda pour fournir des corps qu’on puisse exposer sur les sites appropriés d’attentats terroristes comme le 11 septembre. Pourquoi des canailles américaines incluraient-ils des éléments d’Al-Qaïda dans le 11 septembre ? Contentons-nous de dire qu’ils ne disposaient pas d’Irakiens plausibles pour servir de viande pour cette occasion.

[2Je fais ici référence à des occasions précises comme la conférence sur le contrôle démographique tenue à Bucarest, pendant laquelle, Dame Mead, claudicant, se lança en brandissant son bâton de sorcière à la poursuite d’une Helga Zepp (aujourd’hui Helga Zepp-LaRouche) athlétique, agile et riant joyeusement. Une ennemie de longue date de LaRouche à partir de ses repaires de l’Université de Columbia, et du musée d’Histoire naturelle de New York (manifestement en exhibition), la bestiale Dame a, à l’occasion, été observée par des témoins qui ont rapporté avoir constaté l’existence de ce même tempérament et la même utilisation de son bâton.