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Coronavirus : la Chine vent debout contre l’épidémie
28 janvier 2020
Christiane Bierre L’épidémie de pneumonie provoquée par le nouveau coronavirus en Chine, baptisé depuis « 2019-nCoV », se répand rapidement dans ce pays et à travers le monde. Dimanche 26 janvier, la Chine a signalé 1 975 cas confirmés dont 324 dans un état critique. Cela représente 688 nouveaux cas confirmés dans la journée. L’épidémie a fait pour l’heure 56 morts, mais 49 personnes se sont pleinement rétablies. Dans les régions administratives spéciales de la Chine des cas ont été répertoriés à Hong Kong (5), à Taïwan (3), et à Macao (2). A l’étranger, on décompte des malades en Thaïlande (4 dont 2 guéris), au Japon (2 dont un guéri), dans la République de Corée (2), au Vietnam (2), à Singapour (3), dans la Malaisie (3), au Népal (1), en France (3) en Australie (1) aux États-Unis (2) et au Canada (1) . Contagiosité NS—Même si la mortalité n’est pas aussi élevée que pour le SRAS - Syndrome respiratoire aigu sévère qui a frappé la Chine en 2003, contaminant plus de 8 000 personnes dont 774 sont mortes -, la contagiosité de ce nouveau virus, dont le génome est proche à 80 % du SRAS, s’avère particulièrement élevée. Et la crainte est que les virus, cherchant toujours à accroître leur possibilité d’exister, ne mutent vers des formes de plus en plus virulentes de la maladie. C’est pourquoi à l’heure actuelle, un vaccin n’étant pas attendu avant l’été, la stratégie de la Chine est tout à fait pastorienne : il s’agit de stopper, par des mesures de santé publique dont la mise en quarantaine des populations, la propagation de ce virus en dehors de son foyer initial, la ville de Wuhan dans la province du Hubei et une douzaine des villes voisines. 56 millions de personnes seraient concernées par cette quarantaine, probablement la plus importante à jamais avoir été tentée dans l’histoire de l’humanité. La mise en œuvre d’une telle quarantaine comporte aussi des risques. Psychologiques d’abord, car les populations se sentant piégées, paniquent et se ruent sur les hôpitaux. Réelles ensuite, car les urgences et les hôpitaux manquent cruellement de places et d’équipements : lits, bien évidemment, mais aussi masques et combinaisons pour faire face à cette affluence. Des médecins urgentistes, étaient ainsi confinés aux blocs opératoires, car toute sortie exigeait le port de nouvelles combinaisons qu’ils n’avaient pas… La Chine déclare la guerre au virus Pour faire face à ces difficultés, le gouvernement chinois a, dans l’urgence, lancé la construction de deux hôpitaux totalement nouveaux, permettant de traiter 2300 malades supplémentaires. On voit dans les images, des dizaines des tractopelles qui se consacrent à cette tâche à Wuhan, pour construire deux hôpitaux de campagne en une dizaine de jours ! Sous la direction du Président Xi Jinping, c’est toute la structure du Parti communiste chinois qui a été mobilisée pour arrêter la progression de cette épidémie. Un volontarisme destiné non seulement à sauver un maximum de vies en Chine, mais aussi à protéger la communauté internationale de ce virus. Ce dimanche, un responsable du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a annoncé que la Chine a amorcé le développement de vaccins. « Le centre a isolé le virus et est en train d’identifier sa souche, a fait savoir Xu Wenbo, directeur de l’Institut national de contrôle et de prévention des maladies virales dépendant du centre, ajoutant que le criblage des médicaments ciblant la pneumonie causée par le nouveau coronavirus est en cours. » Origine du virus Tous les grands laboratoires internationaux, dont l’Institut Pasteur, ainsi que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), travaillent actuellement sur des vaccins, mais aussi sur l’origine du nouveau virus, ce qui permettra de mieux l’enrayer. On sait que la plupart des patients hospitalisés au début étaient des travailleurs ou des clients du grand marché aux poissons de Wuhan. Cependant, comme les coronavirus n’ont jamais été repérés chez les animaux aquatiques, les chercheurs se tournent vers d’autres espèces vendues, vivantes ou mortes, sur le marché de Wuhan, parmi lesquelles volailles, ânes, moutons, porcs, chameaux, renards, blaireaux, rats, chauve-souris, hérissons, reptiles. L’origine du coronavirus du SRAS avait été retracé à des chauve-souris qui l’avait transmis à l’homme, par l’intermédiaire des civettes sauvages, dont les Chinois, paraît-il, raffolent. « C’est d’ailleurs en interdisant la consommation des civettes et en fermant les fermes d’élevage qu’on avait pu prévenir toute réintroduction du virus », rappelle le Pr Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur à Paris. Or, le directeur du Centre national chinois de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, a reconnu le 22 janvier que des ventes illégales d’animaux sauvages se déroulaient au marché de Wuhan. Interdite, la civette figurait pourtant sur une liste de 112 produits offerts à la vente par un des commerçants du marché de Wuhan. Une équipe de chercheurs chinois, viennent, quant à eux, de présenter des données dans le Journal of Medical Virology, qui pourraient incriminer le serpent, dans la transmission du nouveau virus à l’homme, à partir, encore une fois des chauves-souris. « Les résultats de notre analyse phylogénétique suggèrent pour la première fois que le serpent est le réservoir animal le plus probable pour le 2019-nCoV », explique l’équipe. Plus exactement, du Bongare rayé, une espèce très venimeuse endémique dans une grande partie de la Chine centrale et méridionale et en Asie du Sud-Est. D’autres chercheurs comme le Dr Ian Mackay du Centre de recherche des maladies infectieuses de l’Université du Queensland en Australie, restent cependant prudents. Ils soulignent que pour l’instant, « il ne s’agit pas d’une détection du virus chez le serpent, mais d’une modélisation montrant des points de convergences des données génétiques disponibles ». Il convient donc, dit-il, de « rester sceptiques ». La Chine ne devra-t-elle pas cependant tirer les leçons de ces épidémies à répétition et procéder à des réformes importantes dans sa politique de commercialisation de viandes et d’animaux ? En effet, sur ces marchés sont vendus, côté à côté, des animaux non seulement vivants, mais sauvages - des chauves-souris connues pour être de véritables réservoirs à virus, dont on boit régulièrement la soupe – ainsi que des viandes fraîches. Outre le risque de pandémies liées à la faune sauvage, comme avec les coronavirus, on connaît aussi les épidémies de grippe aviaire, où le virus est d’abord transmis par des volailles aquatiques d’Asie à des mammifères (le porc et les chauve-souris) qui ensuite le transmettent à l’homme. N’est-il pas de bon sens d’établir une séparation étanche dans la commercialisation des différentes filières ? D’autres incriminent aussi, comme autre source de danger, le goût des Chinois pour la consommation d’une viande fraîchement abattue, ce qui oblige les producteurs à transporter des quantités très importantes de bêtes vers les lieux de vente ou d’exportation. Bien sûr, les animaux sont contrôlés à de nombreuses reprises au cours de ces trajets. Mais, ne serait-il pas plus sage, d’introduire de plus en plus la chaîne du froid, dont l’efficacité a été pleinement démontrée, partout dans le monde ? Pour l’heure cependant, l’urgence est d’apporter tout notre soutien au défi colossal que s’est fixé la Chine, de stopper net la progression de l’épidémie sur son territoire. Nous espérons que la France fait tout son possible pour apporter une aide concrète à ces efforts à Wuhan et ailleurs. |