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Syrie : point tournant ? les USA et la Russie s’accordent sur une résolution à l’ONU

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S&P—Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité une résolution prolongeant le mécanisme onusien d’aide humanitaire transfrontalière à la Syrie. Soumise par les Etats-Unis, la Russie, l’Irlande et la Norvège, elle est le fruit du processus de dialogue russo-américain débuté ce printemps et surtout lors du sommet du 16 juin entre Biden et Poutine à Genève. Les deux présidents se sont de nouveau entretenus par téléphone le 9 juillet, durant près de quatre heures. Bien que très fragile, ce dialogue porte un grand espoir pour la Syrie, ainsi que pour la région et pour le monde entier.

Un « moment historique »

Vendredi, le Conseil de sécurité a adopté à 15 voix contre zéro un prolongement de six mois du mécanisme d’aide humanitaire de l’ONU pour la Syrie, autorisant le passage du point d’accès de Bab al-Hawa, à la frontière nord-ouest de la Syrie avec la Turquie. Le fait nouveau est que la Russie soutienne la résolution. Jusqu’à présent, elle s’opposait aux programmes d’aides soutenus par les Occidentaux, estimant qu’ils violaient la souveraineté syrienne.

" C’est un moment historique, a déclaré Vassily Nebenzia, l’ambassadeur russe aux Nations unies. Pour la première fois, la Russie et les Etats-Unis ont réussi non seulement à se mettre d’accord, mais à élaborer une résolution et à trouver le soutien auprès de nos partenaires du Conseil de sécurité. Espérons que ce scénario sera un point tournant dont bénéficieront non seulement la Syrie et le Moyen-Orient, mais également le monde entier."

Au lendemain du vote, le ministre syrien des Affaires étrangères Faisal Mikdad a approuvé la résolution, saluant le fait qu’elle inclut les conditions que les pays occidentaux avaient précédemment refusé d’inclure, et soulignant que l’acheminement de l’aide humanitaire doit également se faire depuis l’intérieur de la Syrie et pas seulement depuis les points de passage. M. Mikdad a déclaré que la résolution renouvelle la foi des Nations unies dans l’unité du territoire et du peuple syriens.

Outre l’autorisation de droit d’accès, la résolution évoque la nécessité de prendre des mesures pour aider la population syrienne à faire face à l’impact socio-économique de la pandémie de Covid-19. Elle encourage les 193 nations membres de l’ONU à apporter une aide concrète aux Syriens, en termes humanitaires mais également en termes de projets d’eau, d’hygiène, de santé, d’éducation et de logement.

Soulignons néanmoins qu’au milieu de ces avancées positives, les Français se sont distingués par leur hystérie à continuer de réclamer le départ du président Bashar al-Assad. Comme l’a rapporté Nebenzia, l’ambassadeur français à l’ONU Nicolas de Rivière a menacé de couper toute aide française à la Syrie à moins qu’il y ait un changement politique. « A cela, nous répondons que l’aide humanitaire n’est pas destinée au gouvernement mais au peuple syrien, a dit Nebenzia. Quoi que vous pensiez du gouvernement, le peuple syrien ne doit pas souffrir ».

Le dialogue Biden-Poutine se poursuit

La résolution sur la Syrie est le résultat de la reprise du dialogue personnel entre les présidents américain et russe, initié en avril par Joe Biden, au moment où les tensions autour de l’Ukraine menaçaient de dégénérer en une escalade entre les deux principales puissances nucléaires. Comme les lecteurs de cette chronique ont pu le suivre, Biden avait alors fait marche arrière, ordonnant aux deux destroyers entrés en mer Noire de faire demi-tour, et avait appelé Poutine pour lui proposer de se rencontrer à Genève.

L’agence de presse russe Tass cite un responsable anonyme de l’administration américaine :

"Nous sommes convaincus que seul un engagement au niveau des dirigeants, tel qu’il s’est déroulé lors du sommet de Genève, a permis d’obtenir cette prolongation et de garantir cet accès à un moment où la Syrie connaît une grave détresse humanitaire."

Le 9 juillet, tandis que le Conseil de sécurité votait la résolution, Biden et Poutine se sont de nouveau entretenus par téléphone durant près de quatre heures. La discussion a porté non seulement sur la Syrie, mais également sur la coordination des efforts des deux pays dans la lutte contre la cybercriminalité, faisant suite à la décision prise à Genève de créer un comité conjoint visant à partager les informations sur la cybersécurité.

Tandis que la caravane de la diplomatie passe laborieusement, les chiens des médias aboient. Les journalistes occidentaux, dans le réflexe pavlovien du gentil « démocrate » contre le méchant « autocrate » russe, se sont fixés sur les cyberattaques prétendument menées depuis la Russie, en cherchant à coincer Joe Biden dans cette ornière. L’un d’entre eux s’est en effet obstiné à lui demander si les Etats-Unis envisageaient des mesures en réponse à ces cyberattaques ; ce à quoi le président américain a répondu « oui », sans toutefois en dire davantage. Et, plus tard, alors qu’un autre journaliste lui posait la même question, il a répondu : « Et bien, nous avons créé un comité conjoint ; ils vont se rencontrer le 16 juillet, et je pense qu’une coopération va se mettre en place ».

L’agence Tass rapporte que Biden a effectivement insisté auprès de Poutine pour qu’il agisse contre ces opérations cybernétiques, qui ont lieu depuis son pays, mais en admettant qu’elles ne sont pas pour autant soutenues par l’Etat. De son côté, le président Poutine a souligné qu’en dépit des accusations contre son pays à ce sujet, aucune institution judiciaire américaine n’a à ce jour adressé de recours auprès de la Russie.

Espoir fragile

Ce processus de dialogue est vital. On peut se rappeler en effet combien il avait été difficile – et finalement impossible – à l’administration Trump de le faire, en raison de l’opposition systématique des éléments va-t-en-guerre qui dominent au Pentagone, dans les agences de renseignement américaines et au gouvernement. Mais il reste extrêmement fragile.

Les manœuvres militaires gigantesques de « Sea Breeze 21 », conduites par les Etats-Unis, l’Ukraine et une trentaine de pays, viennent de se tenir en mer Noire. Pour la Russie, il s’est agi d’une véritable provocation à leurs portes – «  Que diriez-vous si nous faisions des manœuvres dans le Golfe du Mexique ?  » a lancé l’ambassade russe à Washington. Et, tandis que les exercices prenaient fin, une série de déclarations est apparue dans la presse occidentale sur « le danger de la Chine ».

Même un vieux dinosaure de la géopolitique impérialiste comme Henry Kissinger met en garde contre le danger d’une escalade contre la Chine, et appelle à négocier avec elle. Le 9 juillet, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue de l’Union européenne Josep Borrell se sont entretenus à propos des relations bilatérales Chine-UE ; mais au même moment, le Parlement européen votait une motion condamnant la Chine à propos de Hong-Kong.

Le 8 juillet, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réitéré l’appel de Poutine en faveur d’un sommet des cinq puissances (P-5). Il a déclaré que si la Chine et la France ont soutenu la proposition russe d’une réunion au sommet des dirigeants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies,

"les États-Unis n’ont pas encore répondu à nos rappels. Mais ils examinent cette initiative. Le Royaume-Uni, je pense, attend, comme d’habitude, ce que les États-Unis vont dire. Nous sommes habitués à cela, ce n’est pas nouveau."