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Sergey Glazyev On the 100th Anniversary of Lyndon LaRouche’s Birth / Pourquoi Lyndon LaRouche a été un visionnaire

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Sergei Glazyev, the distinguished Russian economist and currently Minister in charge of Integration and Macroeconomics of the Eurasian Economic Commission of the EAEU, gave this speech honoring the 100th Anniversary of Lyndon LaRouche’s birth.

Video

  • Transcription en français et traduction en français de la vidéo, ci-dessous.



Sergey Yurievich Glazyev (né en 1961 à Zaporijia, en République socialiste soviétique d’Ukraine) est un homme politique et un économiste russe, membre du Conseil financier national de la Banque de Russie et, depuis 2008, membre à part entière de l’Académie des sciences de Russie.

Il a été ministre des Relations économiques extérieures dans le cabinet de Boris Eltsine de 1992 à 1993, membre de la Douma (parlement) de 1993 à 2007, l’un des leaders du bloc électoral Rodina de 2003 à 2004, candidat à la présidence de la Fédération de Russie en 2004 et conseiller du Président de la Fédération de Russie sur l’intégration économique régionale de 2012 à 2019.

Son livre Genocide : Russia and the New World Order a été publié en 1999 par l’hebdomadaire américain Executive Intelligence Review (EIR) et est disponible en accès libre sur Archive.net.

En tant que député, il a dirigé le Comité de la politique économique de la Douma. A ce titre, en 2001, il avait invité Lyndon LaRouche (1922-2019) à s’exprimer lors d’auditions qu’il avait organisées sur la manière de protéger et de développer l’économie réelle face à une crise financière mondiale.

Depuis 2021, il est le commissaire à l’intégration et à la macroéconomie au sein de la Commission économique eurasiatique, l’organe exécutif de l’Union économique eurasiatique (UEE).

A l’occasion du centenaire de l’anniversaire de Lyndon LaRouche, il a envoyé ce message à titre personnel.

Sergei Glaziev : pourquoi Lyndon LaRouche a été un visionnaire

Transcription en français

Cette année, des hommes de progrès, dans le monde entier, célèbrent le centenaire de la naissance du brillant penseur et, je n’hésiterais pas à le dire, d’un prophète de notre temps, Lyndon LaRouche.

Malheureusement, nous ne pouvons plus converser avec lui, et il est dommage qu’il n’ait pas vécu pour voir le jour où ses avertissements sur le crash du système financier mondial se sont réalisés.

Il y a 30 ans déjà, et peut-être même avant, Lyndon LaRouche attirait l’attention sur le fait que le gonflement des bulles financières, notamment les bulles de produits financiers dérivés, et la création de « pyramides » financières entraîneraient inévitablement l’effondrement du système financier mondial. Et il a proposé d’adopter des mesures opportunes pour éviter cet effondrement.

Si les dirigeants des nations du monde avaient écouté la voix de Lyndon LaRouche, nous aurions peut-être réussi à éviter les bouleversements sociaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui à cause de l’effondrement du système financier et économique mondial, qui repose sur l’émission illimitée de dollars et autres monnaies de réserve occidentales.

Ces bulles financières ne diminuent pas. Nous avons vu que les tentatives de les dégonfler se terminent par le gonflement de nouvelles bulles. Même le krach de 2008, qui a effacé des dizaines de milliers de milliards de dollars d’épargne des gens, y compris les fonds de pension, n’a pas empêché les bulles financières de croître à nouveau en raison de l’émission illimitée des monnaies de réserve mondiales, à la faveur du dispositif appelé assouplissement quantitatif (QE).

Lyndon LaRouche a proposé une annulation mutuelle de ces dettes, en respectant le principe d’équité et d’efficacité.

En fait, ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que les émetteurs des monnaies de réserve mondiales refusent tout simplement d’assumer leurs responsabilités. On aurait pu prévoir que si les pays qui ont pris la voie du gonflement des bulles financières, abusant de leur monopole sur le droit d’émettre une monnaie mondiale, se retrouvaient dans une situation où l’ampleur de ces pyramides financières dépassait largement la capacité du pays à en assurer le service, la question se poserait inévitablement de savoir comment répudier ces dettes. Déclarer simplement faillite face au monde entier ou trouver d’autres moyens d’effacer leurs obligations - les répudier ?

Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’UE et le Japon ont emprunté cette deuxième voie. Ils ont saisi et bloqué unilatéralement les réserves de la Russie libellées en devises étrangères. Cela signifie qu’ils refusent de remplir leurs obligations envers la Russie.

La Russie a investi – en fait, elle a accordé un crédit à ces pays pour un montant de plus de 400 milliards de dollars (il s’agit de la composante du secteur public et des réserves en devises du gouvernement) – plus environ un autre trillion de dollars appartenant à des acteurs privés, situés dans les juridictions des émetteurs occidentaux de devises de réserve mondiales.

Les tentatives de blocage de ces fonds signifient essentiellement un défaut de paiement, mais sur ce qui est dû à l’un de leurs créanciers. Jadis, on appelait cela de la piraterie, ou du vol.

Bien entendu, ces mesures extraordinaires, qui sont totalement contraires au droit international et violent toutes les règles de décence imaginables, ainsi que les normes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et du Fonds monétaire international (FMI), peuvent être contestées devant les tribunaux. Mais, d’une part, on se heurterait à la volonté nationale du pays émetteur, qui peut être celle d’un pirate ou d’un bandit, comme nous le constatons actuellement.

D’autre part, leur action ne sauvera pas le système, car même si les USA et leurs alliés européens refusent de remplir leurs obligations envers la Russie, cela ne représente qu’un faible pourcentage des obligations financières que les émetteurs de la monnaie de réserve mondiale ont envers le monde entier et leurs propres marchés intérieurs.

Le monde est donc en train de plonger dans le chaos, conformément au scénario, le scénario négatif, dont Lyndon LaRouche parlait dans les prévisions qu’il a faites il y a 30 ou 40 ans.

À l’époque, il proposait qu’au lieu de gonfler les bulles financières, les pays émetteurs de la monnaie de réserve mondiale, avec leurs partenaires et d’autres pays, investissent dans la construction d’infrastructures mondiales, ce qui réduirait le coût du commerce, augmenterait l’efficacité des liens économiques internationaux et, globalement, contribuerait à accroître la connectivité dans le monde. Il voyait donc le processus de mondialisation comme un processus d’expansion de la coopération entre les pays, plutôt que comme une tentative de certains pays d’exploiter les autres.

Quant à la mondialisation libérale qui conduit aujourd’hui à l’effondrement du système financier mondial, LaRouche la critiquait sévèrement. Il proposait un modèle différent de mondialisation, basé sur les principes de l’économie physique : en particulier, le fameux projet que lui et sa femme, Helga Zepp-LaRouche, ont soumis à la discussion internationale, le « pont eurasiatique ». Il s’agit d’un projet splendide et intéressant qui, après de nombreuses années, a commencé à être mis en œuvre à travers l’initiative chinoise Ceinture et Route [connu comme les Nouvelles Routes de la soie, ndt.], que nous soutenons en la reliant à l’Union économique eurasiatique (UEE).

Lyndon LaRouche regardait des décennies à l’avance. Il a mis en garde les États-Unis et leurs partenaires contre l’effondrement inévitable de leur politique d’expansion financière, dans laquelle les intérêts des spéculateurs éclipsent l’intérêt national et le développement de l’économie.

Les spéculateurs mondiaux et l’oligarchie mondiale, qui sont des parasites de l’émission monétaire des monnaies mondiales, le détestaient à cause de cela. Il fut persécuté et confronté à l’emprisonnement. Il s’est présenté plusieurs fois à la présidence des États-Unis, et si Lyndon LaRouche avait été élu président, le monde se développerait aujourd’hui de manière stable. On n’aurait pas ce chaos grandissant, on n’aurait pas les guerres mondiales et les provocations faites par l’oligarchie mondiale pour effacer ses dettes.

Il y a un proverbe russe qui dit : « La guerre efface tout. » Pour effacer ses dettes envers la Russie, ainsi qu’envers l’Europe, Washington a provoqué la guerre en Ukraine et continue d’intensifier l’affrontement. Les choses en sont arrivées au point où les agents d’influence de Washington bombardent une centrale nucléaire pour faire monter la température du conflit et créer la base d’un clash entre la Russie et l’ensemble de l’OTAN : une agression de l’OTAN contre la Russie.

Ce moment cauchemardesque, avec l’effondrement de tout le système du droit international et de la coopération internationale, l’effondrement du système financier, aurait pu être évité si le Parti démocrate avait soutenu la candidature de LaRouche à la présidence il y a de nombreuses années. Mais malheureusement, l’histoire ne reconnaît pas le subjonctif. Ou, comme nous avons tendance à le dire, nul n’est prophète en son pays.

La voix de LaRouche a été parfaitement entendue. On se souvient de lui. Dans pratiquement tous les grands pays du monde qui se développent aujourd’hui avec succès - surtout l’Inde et la Chine - il y a des partisans de LaRouche. Ils ont utilisé sa pensée et ses idées pour édifier leurs miracles économiques. Ce sont les principes de l’économie physique défendus par LaRouche qui sous-tendent aujourd’hui le miracle économique chinois et la politique de développement économique de l’Inde. Les partisans de LaRouche dans ces pays exercent une influence fructueuse, très positive et constructive sur l’élaboration de la politique économique dans ces nations leaders du nouveau paradigme économique mondial.

Nous ne devons pas oublier l’héritage créatif de Lyndon LaRouche, qui démontre l’interconnexion entre les événements qui se déroulent aujourd’hui et leurs racines il y a plusieurs siècles. J’ai toujours été impressionné par l’étendue de son érudition. Lyndon LaRouche a regardé l’oligarchie mondiale parasitaire depuis ses origines et a retracé comment ces familles oligarchiques étaient des parasites du commerce, d’abord à Venise. Puis elles se réinstallèrent en Hollande et continuèrent à bâtir leur pouvoir financier, à travers le commerce international et la spéculation mondiale. Elles se déplacèrent ensuite vers l’Angleterre, avant de prendre le contrôle du système politique des États-Unis.

Lyndon LaRouche voyait toute l’histoire du monde à travers le prisme de la lutte entre le Bien - les intérêts nationaux, les intérêts d’amélioration du bien-être général - et les forces du Mal - l’oligarchie financière mondiale, qui entrave le développement des pays, s’efforce d’extraire des superprofits spéculatifs du commerce et de la coopération économique, trompe le monde entier en gonflant des bulles spéculatives, et abuse de ses positions de pouvoir dans les pays où elle domine le système politique. Nous voyons comment l’oligarchie financière américaine d’aujourd’hui déclenche une guerre mondiale hybride, allant jusqu’à risquer une catastrophe nucléaire, afin de maintenir son hégémonie mondiale.

Les avertissements de Lyndon LaRouche se réalisent. L’important, c’est que ces avertissements ne sont pas abstraits. Ce ne sont pas simplement des lignes sur un graphique. Je me souviens de la fameuse [triple] courbe où il montrait l’écart croissant entre la taille de l’économie [réelle] mondiale et la taille du système financier mondial. Il fut le premier à noter cette disproportion, qui n’était pas aussi grande il y a 30 ans ; elle aurait encore pu être surmontée en transformant les agrégats financiers excédentaires en secteur réel - en projets d’investissement réels. Aujourd’hui, c’est un abîme gigantesque. Il est impossible de transformer des millions de milliards de dollars de bulles financières en investissements dans le secteur réel de l’économie. Il n’existe tout simplement aucun mécanisme pour cela. Aucun n’a été créé, parce que l’oligarchie financière parasitaire, qui détestait LaRouche, qui a toujours essayé de le faire taire, qui l’a persécuté et a tenté de le garder enfermé, a fini par acquérir le monopole du pouvoir politique aux Etats-Unis. Et aujourd’hui, elle utilise son influence politique à Washington pour forcer tous les pays du monde à obéir à sa volonté. Elle continue à dominer le monde et à exercer son hégémonie pour extraire des superprofits d’opérations spéculatives.

Il s’avère que Lyndon LaRouche avait raison.

Aujourd’hui, nous nous appuyons sur son travail, ses écrits, pour formuler des propositions en vue d’une transition très rapide vers un nouveau paradigme économique mondial. C’est ce que nous appelons un modèle d’économie mondiale intégrée, dans lequel le capital financier sera subordonné à la tâche de développer l’économie, et dans lequel les principes de l’économie physique porteront leurs fruits. Comme on peut le constater, les pays qui empruntent cette voie connaissent le succès.

Il ne fait aucun doute que l’oligarchie financière américaine au pouvoir est en train de perdre la guerre mondiale hybride qu’elle a déclenchée contre toute l’humanité. On peut seulement regretter que le prix à payer en soit aussi élevé. Cela inclut les vies perdues à cause de la guerre que l’oligarchie financière américaine et européenne a organisée contre la Russie sur le territoire de l’Ukraine.

Nous devons rassembler toutes nos forces pour combattre ce mal, et l’héritage créatif de Lyndon LaRouche aide en cela.

Que sa mémoire vive à jamais.