Committee for the Republic of Canada
Comité pour la République du Canada
www.committeerepubliccanada.ca / www.comiterepubliquecanada.ca

 

Editorials of / Editoriaux de Gilles Gervais

Au nom de la mémoire historique

14 avril 2010

Alors que les Nazis appelaient leurs politiques « donner la mort par compassion », « Gnadentod, » ceux qui, aujourd’hui, proposent l’euthanasie appellent cela « mourir dans la dignité ». La réalité inexorable reste la même.

JPEG
Le Tribunal militaire international de Nuremberg en 1945. Au centre, Karl Brandt, médecin responsable du programme d’euthanasie.

Pourquoi le projet de loi fédéral (C-562) visant à décriminaliser l’euthanasie ou le suicide assisté doit être défait à la Chambre des Communes.

Les chefs de file du mouvement pour décriminaliser l’euthanasie affirment qu’il est faux de conclure que le projet de loi fédéral (C-562) occasionnera une dérive médicale vers des pratiques nazies.

Pour Wibren van der Burg (1), et pour plusieurs bioéthiciens associés à la décriminalisation, la notion de dérive ou un effet de « pente glissante » relève d’une « vision pessimiste de la société », d’une construction de l’esprit.

Est-il possible que le bioéthicien hollandais van der Burg considère les historiens comme des gens qui ont, eux aussi, simplement droit à leurs opinions ? Qu’il n’existerait pas une science de l’Histoire ?

En fait, van der Burg use d’artifices afin de substituer historicisme à historiographie.

Les faits historiques relatifs au Tribunal de Nuremberg sont très bien documentés (2) et sans appel. Nombre de médecins allemands ayant pratiqué l’euthanasie ont été mis en accusation à Nuremberg et furent trouvés coupables d’avoir commis des crimes contre l’humanité !

Il est évident que l’examen des faits historiques relatifs au procès des médecins à Nuremberg, en 1947, dérange au plus haut point les défenseurs du projet de loi (C-562).

D’abord, la situation en Hollande

Aujourd’hui, en Hollande, 95% des personnes âgées des foyers hollandais se disent contre l’euthanasie. Déjà, en 2001, un sondage révélait que dans plus de 25% des cas d’euthanasie, les médecins ne demandaient même pas ou n’attendaient pas de voir le « testament de vie » du patient !

Conséquemment, une majorité de personnes âgées insèrent désormais une carte dans leur portefeuille, la « carte-credo », un document qui indique de façon non ambiguë le « désir de vivre » du patient. On peut lire sur cette carte l’inscription : « Maak mij niet dood, Dokter ! » (littéralement, « Ne me faites pas mort, docteur ») !

Dans son livre intitulé Le canari éthique, Margaret Somerville, de l’Université McGill, constate l’existence de cet effet de pente glissante en Hollande :

« Nous savons que la catégorie de personnes sur lesquelles on pratique l’euthanasie aux Pays-Bas, en vertu de l’immunité juridique dont celle-ci fait l’objet, s’est progressivement étendue. Restreinte à l’origine aux adultes consentants en phase terminale et souffrant de graves douleurs, elle inclut désormais des personnes souffrant de maladies non mortelles, des handicapés, des enfants en bas âge, y compris, assez récemment, un enfant de trois ans atteint du syndrome de Down (trisomie 21) ».

Le procès des médecins au Tribunal de Nuremberg

Actuellement, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, nous assistons à la mise sur pied de « conseils indépendants de médecins et d’experts de la santé » qui décident de l’accès aux soins de santé en fonction de critères « coût-efficacité ». Le dernier conseil à voir le jour est la partie « non-négociable » du plan de réforme de la santé du Président Barack Obama : le Independent Payment Advisory Board (IPAB).

Ces conseils sont modelés sur le tristement célèbre programme d’euthanasie « T-4 » imposé en 1939, par Adolf Hitler, et pour lequel les médecins nazis furent jugés à Nuremberg.

Comme le décrit Bruno Halioua dans son livre Le Procès des Médecins de Nuremberg (3) : « Le point de départ du programme d’euthanasie (“Aktion T-4”) est un décret signé par Hitler en octobre 1939, chargeant le Reichsleiter Bouhler et le docteur en médecine Karl Brandt de permettre à certains médecins qui sont “désignés nominativement … d’accorder une mort de grâce à des malades qui, dans les limites du jugement humain et sur la base d’un examen critique de leur maladie, doivent être considérés comme incurables”. Cet ordre, qui marque le début d’un programme d’euthanasie censé demeurer secret, a symboliquement été antidaté au 1er septembre 1939, jour de l’entrée des troupes allemandes en Pologne. Ce programme, désigné sous le nom de code “T-4”, (4) est mis en place dans la continuité des stérilisations forcées et des euthanasies d’enfants. Deux accusés (Victor Brack et Karl Brandt) doivent s’expliquer au procès des médecins de Nuremberg sur les meurtres des malades psychiatriques. »

« … Il a été décidé d’accorder une mort “miséricordieuse” “Gnadentod” aux adultes considérés par le régime hitlérien comme des “enveloppes humaines vides”, des “existences fardeaux”, ou des “vies indignes d’être vécues”.

« … Dix jours après l’interruption officielle de l’élimination des malades mentaux (24 août 1941), les premières opérations de gazage débutent à Auschwitz. Tout le personnel impliqué dans l’“Aktion T4” s’investira désormais dans un nouveau programme : l’extermination des Juifs ».

Quoique les bio éthiciens, économistes, et autres architectes des coupures en santé dictées par un système financier en faillite, utilisent aujourd’hui un jargon aseptisé, il ne peut y avoir de doute sur leurs intentions pour quiconque a étudié les documents juridiques publiés à la suite du procès des médecins nazis jugés à Nuremberg.

Pour ces adeptes du cost effective research l’argent dépensé sur des patients, dont la guérison sera très lente, représente une dépense « inefficace » dans un monde de ressources limitées. Les patients visés sont les personnes âgées et ceux souffrant de maladies chroniques : les mêmes groupes qui furent ciblés par le programme nazi T-4.

Bien sûr, la politique de pillage de la santé publique doit être, au préalable, justifiée politiquement à travers un argument qui invoque l’intérêt national et un soi-disant « principe philosophique ».

Les déclarations répétées de nos gouvernements selon lesquelles ils ont l’intention de prendre des « décisions difficiles », afin de sabrer dans les dépenses médicales, incluant par des moyens qui vont éliminer les traitements pour les gens âgés ou incurables, ne laissent rien à l’imagination. Nos gouvernements sont saisis d’une mentalité « utilitariste » nazie !

La papauté contre la dépopulation et l’utilitarisme

Face à la désintégration du système financier international dirigé depuis la « City » à Londres par le groupe bancaire Inter-Alpha, l’oligarchie financière accélère sa politique de dépopulation, promue ouvertement lors de la récente conférence de Copenhague par les complices du Prince Philippe d’Édinbourg, fondateur du World Wildlife Fund for Nature.

L’exploitation des scandales qui frappent présentement l’Église Catholique est dirigée par cette même oligarchie financière dans le but, d’abord, de faire diversion à leurs projets, et surtout parce que la Papauté demeure, à ce jour, le principal obstacle aux politiques de dépopulation de l’Empire britannique. (5)

Face à une politique économique globale qui ne laisse dans son sillage que désolation, misère humaine, et un taux de mortalité grandissant, tout projet de loi voulant décriminaliser l’euthanasie et le suicide assistée doit être rejeté car il porte en lui « un germe de déshumanisation et de désintégration sociale ». (6)

Le gouvernement canadien ne doit pas adopter un projet de loi qui accélère la descente de notre pays vers ce cauchemar utilitariste que fut l’Allemagne des années 1930 et 1940.

Le docteur Leo Alexander (7) , celui qui fut le principal conseiller du procureur américain au procès de Nuremberg de 1947 qui jugea les médecins nazis pour leur rôle dans l’extermination de ceux qui étaient considérés comme des « bouches inutiles » durant la période hitlérienne, expliqua le « principe philosophique » qui mena ultimement à l’élimination de millions de personnes.

Le docteur Alexander identifia « l’utilitarisme », une doctrine Hégélienne-Benthamite qui mena à l’identification d’une population de plus en plus nombreuse à être traitée comme des animaux, et à être tuée parce qu’elle accaparait une trop grande part des « ressources limitées » de la société.

En 1949, le docteur Alexander avertissait les Américains en ces termes : « Sous toutes formes de dictature, les départements ou individus en charge affirment que tout ce qui est fait est toujours accompli pour le bien de la population dans son ensemble, et c’est pour cette raison qu’ils regardent la santé simplement en terme d’utilité, d’efficacité et de productivité. C’est donc naturel, dans un tel milieu, qu’éventuellement le principe Hégélien qui affirme que « ce qui est utile est bon » l’emporte complètement. Un centre pour tuer est le reductio ad absurdum de toute planification en santé basée seulement sur des principes de rationalisation et d’économie, et non sur la compassion humaine et la loi divine. Il est certain que les médecins américains sont encore loin de penser en termes de centres pour tuer, mais ils sont arrivés à un point dangereux dans leur façon de penser, lorsqu’ils considèrent la probabilité d’une pleine réhabilitation comme un facteur devant influencer le temps, l’effort et le coût à être consacré à un type particulier de patient au nom du corps social sur lequel repose ultimement la décision. »

Alors que les Nazis appelaient leurs politiques « donner la mort par compassion », « Gnadentod, » ceux qui, aujourd’hui, proposent l’euthanasie appellent cela « mourir dans la dignité ». La réalité inexorable reste la même.

Gilles Gervais
Président du Comité pour la République du Canada
ecrivez@comiterepubliquecanada.ca

Notes :

(1) Wibren van der Burg, “The slippery-Slope Argument”, The Journal of Clinical Ethics 3:4 (winter 1992) 256-68.Le professeur van der Burg enseigne à l’Université d’Utrecht en Hollande, au Centre pour le Droit de la Bioéthique et de la Santé. Sa recherche est financée par le Département de la Santé Publique de l’État hollandais.« Aux Pays-Bas, l’euthanasie est légalement tolérée depuis le début des années 1970. N’étant ni légale ni proscrite, elle est pratiquée sous réserve de certaines conditions, explicitées dans une loi en application depuis mars 2002. » (Bertrand Blanchet : La Bioéthique—repères d’humanité, Médiaspaul, Montréal, 2009, 222 p.)

(2) Tous les débats ont été enregistrés sur film sonore et sténographiés dans leur intégralité. Leur compte rendu comporte 11 538 pages en anglais et 11 756 pages en allemand.

(3) Bruno Halioua : Le Procès des Médecins de Nuremberg, Coll. Espace Éthique, Vuibert, 2007, Paris, 211 pages.

(4) Abréviation de l’adresse de la « commission de travail des établissements de soins et de cure du Reich », chargée d’organiser la liquidation des malades, domiciliée à la chancellerie au Tiergartenstrasse 4 à Charlottenburg, Berlin.

(5) voir (www.comiterepubliquecanada.ca) section « Les écrits de Lyndon LaRouche », march 19, 2010, « Defining Life’s Actual Purpose : The Brutish Theology of Sex ».

(6) Margaret Somerville : présentation devant le Comité sénatorial spécial sur l’euthanasie et le suicide assisté, Ottawa, le 18 juin 1994, p. 26.

(7) Leo Alexander : Doctors of Infamy : the Story of the Nazi Medical Crimes, New York, H. Schuman, 1949.